Togo: Rumeurs et spéculations
sur la nomination de Me Boko comme Premier ministre:
Me François Boko: "...Cette supposée
tentative de coup d'Etat, c'est du bonnet blanc, blanc bonnet"
20 avril 2009
"Cette histoire (Ndlr: la supposée tentative
de coup d'Etat), ressemble à trois voleurs qui après
avoir volé, se querellent pour le partage du butin. Sur
les trois voleurs, un élimine les autres. Le premier
voleur à avoir été mis à l’écart
en 2006, c’était Pitang Tchalla, le troisième
c’est Kpatcha Gnassingbé qui vient d’être
aussi mis à l’écart". C'est par
cette ironie que Me Boko, que nous avions réussi à joindre
tôt ce matin à Paris, a commenté l'actualité politique
de ces derniers jours au Togo.
L'ancien Ministre de l'intérieur du Togo
ne croit pas qu'il y ait effectivement eu une tentative de coup
d'Etat sur la personne de Faure Gnassingbé. Car
non seulement l'arsenal de guerre présenté à la
presse et qui devrait servir à renverser les autorités
en place au Togo est insignifiant, mais aussi les contradictions
contenues dans les différentes déclarations du
procureur de la République Robert Bakaï laissent
planer le doute. Pour exemple, le flagrant délit de tentative
de coup d'Etat n'a été constaté que
trois jours plus tard. Et donc n'est plus un flagrant délit
qui pouvait s'appliquer au code pénal togolais notamment
sur l'inculpation des députés à l'Assemblée
nationale qui jouissent d'une immunité parlementaire.
L'Assemblée nationale a été prise au dépourvu
et son président Abass Bonfoh ne s'est résolu qu'à "prendre
acte" de l'arrestation du député Kpatcha
Gnassingbé. Son immunité ne sera levée que
des jours après son arrestation par la représentation nationale,
ce qui viole la Constitution tripatouillée sur laquelle
se base Faure Gnassingbé pour gérer le pouvoir.
Ancien ministre de l'intérieur du pays et forcément
maîtrisant les rouages de déstabilisation d'un pouvoir
politique, militaire de surcroît et formé à l'école
militaire de Saint Cyr en France, Me Boko voit derrière
les révélations des autorités politiques
et judiciaires, une tentative de détourner l'attention
du peuple et de la communauté internationale sur l'essentiel
des réformes politiques qu'on tarde à engager pour
assainir la vie politique au Togo avant les élections
présidentielles prochaines. Car dit-il: "Tous
les Gnassingbé sont dans la même logique de conservation
du pouvoir dans la famille. Ce qui heurte fondamentalement les
principes républicains que je nourris pour le Togo. Le
pouvoir ne s’hérite pas comme celui que se disputent
les Gnassingbé aujourd’hui. Le pouvoir est l’œuvre
d’une ambition politique qu’on nourrit pour son pays
et qui pousse l’auteur de cette ambition à développer
les meilleures approches pour convaincre le peuple d’adhérer à un
projet qu’il lui soumet dans le cadre des élections
propres".
Et Me François Boko de conclure à une nouvelle
manipulation de l'opinion à l'approche des échéances
présidentielles décisives de 2010 "pour écarter
un frère gênant et qui prend trop de pouvoir surtout
au nord du pays".
Interrogé sur les spéculations et les rumeurs
dans la presse togolaise sur l'éventualité de
sa nomination comme Premier ministre du gouvernement Kpatcha
(si la supposée tentative de coup d'Etat s'était
avérée), l'avocat au barreau de Paris "n’entend
pas répondre aux rumeurs et aux spéculations des
journalistes. J’attends plutôt fermement une déclaration
officielle des autorités togolaises pour réagir
officiellement." Pour lui, "il n’est
pas question de donner une caution à un régime
qui n’est pas sorti d’élections propres. C’est
pour cela que j’ai refusé de donner ma caution au
trio Faure Gnassingbé, Kpatcha Gnassingbé et Pitang
Tchalla qui avait orchestré le coup d’Etat de 2005". Et
il ajoute: "comment peut-on expliquer au peuple togolais
que celui qui s’est dissocié de cette manière
illégale de prendre le pouvoir et qui avait refusé de
donner sa caution au clan Gnassingbé, puisse aujourd'hui
s’associer à cette histoire rocambolesque? Cette
supposée tentative de Coup d'Etat, c’est du bonnet
blanc, blanc bonnet."
On rappelle que ce n’est pas la première fois qu’on
voit la main l'ombre de l'ancien ministre de l'intérieur
derrière toute présumée tentative de déstabilisation
du pouvoir. Ce que ne comprend pas l'opinion est qu'on ait pu
associer son nom encore cette fois-ci à cette supposée
tentative de coup d'Etat qui n'implique jusqu'à présent
que les ressortissants de la famille Gnassingbé dont
Boko n'est pas membre.
Toutefois une question: si les putschistes présumés
pressentaient une personnalité pour jouer un rôle
politique en cas de victoire de leur coup, est-ce une preuve
de l’implication du pressenti? Dans tout coup d'Etat, les
auteurs prennent d'abord le pouvoir avant de prendre des contacts
avec des personnalités pour sa gestion. Pourquoi dans
le cas du Togo où la tentative de coup d'Etat aurait échoué,
c'est seulement le nom de Boko qui est cité? Où sont
les noms des autres pressentis probables Premiers ministres?
Qu'on révèle aussi pendant qu'on n'y est, les noms
des pressentis au gouvernement de Kpatcha-Boko. Le ridicule ne
tue forcément pas et au Togo on aura tout vu.
Pour mémoire, en 2005 Kpatcha Gnassingbé et Félix
Abalo Kadanga avaient menacé d’éliminer
physiquement François Boko et l’avaient pourchassé jusqu'à lui
tirer dessus au domicile de l’ambassadeur d’Allemagne
au Togo.
Innocent Sossou, Conseiller à la
Rédaction Etiame.com
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