La tragi-comédie
au Togo des Gnassingbé:
La guerre des «Trois» n’aura
pas lieu!
21 avril 2009
La semaine qui vient de s’écouler a été singulièrement
marquée dans tous les médias par le Togo. Les intrigues
autour d’une affaire de coup d’Etat manqué se
sont enchaînées à une vitesse vertigineuse.
Depuis l’attaque de la maison du député Kpatcha
Gnassingbé, ancien ministre de la défense
et demi-frère du Président Togolais, Faure Gnassingbé, toutes
les folles rumeurs ont tenu en haleine l’opinion nationale
et internationale. A peine une première analyse finie,
que de nouveaux éléments viennent la remettre en
cause. Une affaire toute à fait rocambolesque que les
spécialistes de l’actualité africaine ont
du mal à décrypter.
Avant toute analyse, on pourrait résumer le scénario
de ce film à la togolaise comme suit:
Dans la nuit du 12 au 13 avril, des éléments de
la Force d’Intervention Rapide, surarmés, attaquent
le domicile de Kpatcha Gnassingbé sous prétexte
d’interpeler des proches de ce dernier à la suite
de soupçons d’atteinte à la sureté de
l’Etat. Le Colonel Félix Abalo katanga, à la
tête de cette force, crie même au député Kpatcha
Gnassingbé de se rendre sous peine d’être
tué!
Le lendemain, le Procureur de la République, Robert Bakaï entre
en jeu. Il annonce qu’une information judiciaire a été ouverte
contre de nombreuses personnes et que l’enquête suit
son cours. Il annonce l’interpellation de certains officiers
et militaires proches de Kpatcha Gnassingbé. Le même
jour, ce dernier donne une conférence de presse en son
domicile dévasté, au cours de laquelle il
affirme ne rien à voir avec ces accusations faites au «conditionnel» par
le Procureur de la République et se dit prêt à répondre à toute
convocation liée à cette affaire.
Curieux retournement de l’affaire. On apprend mardi
que les officiers arrêtés ont avoué l’existence
d’un complot pour renverser Faure Gnassingbé avec
la bénédiction de son demi-frère député.
Le mercredi, Kpatcha Gnassingbé demande l’asile à l’Ambassade
américaine à Lomé, qui la rejette. Il est
ainsi arrêté par le Lieutenant-Colonel Yark Dahemane
devant l’Ambassade et conduit à la Gendarmerie Nationale
pour interrogatoire.
Dès lors les arrestations s’enchaînent dans
les rangs de l’armée et aussi parmi des civils proches
de Kpatcha Gnassingbé. Même une réunion
de crise de la famille à la Résidence de Lomé 2, à laquelle
ont pris part certains Généraux de l’armée
proche de Feu Gnassingbé Eyadèma, n’a pas
empêché l’arrestation par la suite de certains
membres de la famille.
Dans la foulée, l’Union des forces du Changement,
(UFC) de Gilchrist Olympio a réagi sur la violation de
l’immunité parlementaire de Kpatchaa Gnassingbé.
Le Procureur de la République contre-attaque avec l’inculpation
de ce dernier de "complot" et de "tentative
d'attentat contre la sûreté de l'Etat" en invoquant
le flagrant délit qui ne nécessite pas la levée
préalable de l’immunité parlementaire.
Jeudi, le bureau de l’Assemblée nationale a
pris acte du flagrant délit qui a conduit à l’inculpation
du député.
Dans l’après-midi du jeudi, la presse togolaise
et internationale est à la Gendarmerie Nationale pour
une conférence de presse, relative à l’affaire
du présumé complot d’atteinte à la
sûreté de l’Etat, dont le député Kpatcha
Gnassingbé, demi-frère du Chef de l’Etat,
serait le cerveau. A la place de la conférence,
le Procureur de la République, Robert BAKAÏ fait
tout un exposé sur le déroulement et l’état
de l’enquête et ensuite présente l’arsenal
et d’autres moyens logistiques dont disposaient les présumés
comploteurs.
Un conseil des ministres présidé par Faure Gnassingbé ce
même jour, a condamné «avec fermeté la
tentative d’interruption du processus de réformes
engagées courageusement par le chef de l’Etat depuis
2005».
Ainsi peut-on sommairement résumer l’essentiel
de l’actualité togolaise de cette semaine.
Pour qui ne connaît pas le Togo et ses dirigeants, ces
informations arrivant à flots sont facilement digérables.
Certains spécialistes, proches du régime de Lomé, évoquent
volontiers des exemples de guerres fratricides du moyen-âge
autour du pouvoir, pour soutenir la thèse d’une
vraie tentative de coup d’Etat de Kpatcha Gnassingbé contre
Faure Gnassingbé, deux demi-frères.
Mais la réalité est toute autre. Il existe pourtant
des zones d’ombres qui laissent planer le doute sur l’existence
réelle de cette «tentative» de coup
d’Etat. Des questions toutes aussi pertinentes méritent
d’être posées.
Kpatcha Gnassingbé qui est un averti, prendrait-il le
risque de préparer un coup d’Etat à son domicile
de Kégué à Lomé? Pour comprendre
le sens de cette question il faut se rendre dans la zone où est
situé son domicile pour se rendre compte qu’il n’y
a que quelques broussailles qui séparent sa maison du
siège de l’Agence Nationale des Renseignements,
les services secrets togolais. Tout mouvement important d’officiers
au domicile du député est trop risqué et
alerterait les services secrets.
Le domicile de Kpatcha à Kara aurait pu servir de lieu
de rencontre des présumés comploteurs sans éveiller
aucun soupçon. Sa situation très retranchée
s’y prête mieux à ce genre de rencontres.
Pourquoi Kpatcha prendrait-il le risque d’être dans
son domicile à Lomé à la veille d’un
coup d’Etat alors qu’il dirigerait mieux une telle
opération depuis Kara où d’ailleurs il vit
en permanence depuis son éviction du gouvernement togolais?
Un homme très informé comme lui, n’aurait-il
pas compris l’annulation soudaine du voyage de Faure Gnassingbé en
Chine, dimanche? Il dispose de solides relations autour du Président
pour découvrir les motifs de cette annulation! Comment
a-t-il pu alors inviter le présumé noyau
comploteur à son domicile dans la nuit du dimanche sans
s’assurer une parfaite discrétion?
Au Togo, dès qu’il y a un important mouvement d’une
force telle que la FIR, les indiscrétions mettent aussi
vite que possible la plupart des officiers au courant. Il est
surprenant qu’aucun des officiers du supposé noyau
comploteur n’ait été informé des mouvements
de la FIR en direction du domicile de Kpatcha Gnassingbé.
Et pourtant ce sont des officiers qui détiennent des branches
stratégiques de la sécurité du Togo et que
par ailleurs pour accéder au domicile de Kpatcha à Kégué,
il faut passer des barrières toutes gardées par
des militaires. Et ceux-ci sont connus pour ne pas plier facilement
pour laisser le libre passage sans l’aval du propriétaire
des lieux. Même à un général des FAT
(Forces armées togolaises).
Un autre élément qui suscite des interrogations
est le comportement même du présumé cerveau
du complot, après l’échange des coups de
feu à son domicile et l’arrestation des officiers.
Aurait-il été assez bête pour ne pas s’enfuir,
sachant bien que les officiers arrêtés le dénonceront
sous la torture? Pourquoi attendre mercredi matin soit deux jours
après l’attaque de son domicile, pour chercher refuge à l’Ambassade
américaine? Alors même que les médias avaient
déjà annoncé la veille que les officiers
arrêtés ont avoué le complot qui l’impliquait.
Sur quoi comptait-il donc? Sur la naïveté de Faure
Gnassingbé que lui-même a décrit sur les
médias comme peu communicatif?
Une autre question tourne autour du rôle joué par
le Colonel Rock Balakiyem Gnassingbé, un autre demi-frère,
commandant le sous groupement blindé des FAT. Kpatcha
Gnassingbé a dit aux médias que c’est son
frère Rock qui a demandé au Colonel Kadanga
venu l’arrêter, de se retirer avec ses hommes. Ensuite,
il est reparti en le laissant sous la garde de ses hommes. Que
s’est-il donc ensuite passé pour que kpatcha coure
vers l’Ambassade américaine?
Autant de zones d’ombres qui font planer plus de doute
que de certitude sur cette affaire de tentative de coup d’Etat.
Selon des indiscrétions de sources averties, ce qui vient
de se dérouler à Lomé n’est qu’une
farce doublée d’une tragi-comédie. Selon
ces mêmes sources, les services secrets togolais aidés
d’autres services secrets étrangers, en l’occurrence
ceux de la France, ont élaboré toute une stratégie
et tout un plan pour récupérer certains éléments
gênants des FAT et les mettre hors d’état
de nuire dans la perspective des élections présidentielles
de 2010. Par la même occasion, ils ont permis à Faure
Gnassingbé de récupérer son demi-frère
jugé trop impulsif et imprévisible. Kpatcha Gnassingbé,
non seulement faisait de l’ombre au Président, mais
pourrait compromettre la crédibilité de sa réélection
en 2010. Il pourrait être tenté d’utiliser
la méthode forte comme en 2005. Ce qui du coup enlèverait
toute crédibilité à la réélection
déjà ficelée de Monsieur le Président.
Du coup, l’arrestation de Kpatcha aurait l’avantage
de le soustraire de la justice internationale, concernant les
accusations de crimes qui pèsent sur lui. Ce qui explique
aussi l’arrestation des autres officiers et des autres
membres de la famille contre qui pèsent les mêmes
accusations.
Telle une pieuvre, les services secrets togolais
ont échafaudé
tous les scénarii possibles depuis des mois avant de passer à l’action.
Et Kpatcha Gnassingbé, à l’exemple du fameux
terroriste Carlos, est tombé les deux pieds dans le piège-à-con
qui lui a été tendu.
Les américains ont si bien compris le scénario,
et ont prudemment rejeté la demande d’asile de Kpatcha
Gnassingbé.
Cependant, le Quai d’Orsay s’est empressé de
remettre les pendules à l’heure en ramenant le débat
sur la continuité du processus électoral devant
aboutir aux Présidentielles de 2010. Une tactique subtile
pour ne pas impliquer la France dans les derniers événements
qui ont eu lieu à Lomé.
Certaines sources affirment que des scénarii sont actuellement
exploités pour prendre l’opposition togolaise de
court. Parmi ces scénarii, on évoque la possibilité que
Faure Gnassingbé remette son mandat en jeu avant la fin
officielle pour des élections anticipées. Un tel
scénario éliminerait de potentiels candidats comme
Gilchrist Olympio et Kofi Yamgnane, qui ne pourraient dans ce
cas remplir la condition de résidence telle que prévue
par la Constitution et le code électoral actuels. Et ceux-ci
ne pourraient dans un tel scénario subir des modifications
vu la nécessité de faire des élections dans
les 60 jours. La confrontation entre Faure Gnassingbé et
les deux autres candidats Gilchrist Olympio et Kofi Yamgnane,
pourrait ne pas avoir lieu. Et Abass Bonfoh pourrait donc se
remettre en scelle pour un bis repetita!
Et c’est le Togo comme il va.
Jules Symféïtchéou & R.
Valens, Rédaction Etiame.com
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