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 La  tragi-comédie au Togo des Gnassingbé:

La guerre des «Trois» n’aura pas lieu!

21 avril 2009

Les deux frères ennemis Faure et Kpatcha Gnassingbé en se disputant un héritage paternel encombrant divise leur propre famille que les togolais qui ont compris le jeu dangereux auquel les deux frères se livrent. L'essentiel pour les populations est de veiller au parfait déroulement du scrutin présidentiel de 2010La semaine qui vient de s’écouler a été singulièrement marquée dans tous les médias par le Togo. Les intrigues autour d’une affaire de coup d’Etat manqué se sont enchaînées à une vitesse vertigineuse. Depuis l’attaque de la maison du député  Kpatcha Gnassingbé,  ancien ministre de la défense et demi-frère du Président Togolais, Faure Gnassingbé,  toutes les folles rumeurs ont tenu en haleine l’opinion nationale et internationale. A peine une première analyse finie, que de nouveaux éléments viennent la remettre en cause. Une affaire toute à fait rocambolesque que les spécialistes de l’actualité africaine ont du mal à  décrypter.

Avant toute analyse, on pourrait résumer le scénario de ce film à la togolaise comme suit:
Dans la nuit du 12 au 13 avril, des éléments de la Force d’Intervention Rapide, surarmés, attaquent le domicile de Kpatcha Gnassingbé sous prétexte d’interpeler des proches de ce dernier à la suite de soupçons d’atteinte à la sureté de l’Etat. Le Colonel Félix Abalo katanga, à la tête de cette force, crie même au député Kpatcha Gnassingbé de se rendre sous peine d’être tué!

Le lendemain, le Procureur de la République, Robert Bakaï entre en jeu. Il annonce qu’une information judiciaire a été ouverte contre de nombreuses personnes et que l’enquête suit son cours. Il annonce l’interpellation de certains officiers et militaires proches de Kpatcha Gnassingbé. Le même jour, ce dernier donne une conférence de presse en son domicile  dévasté, au cours de laquelle il affirme ne rien à voir avec ces accusations faites au «conditionnel» par le Procureur de la République et se dit prêt à répondre à toute convocation liée à cette affaire.

Curieux retournement de l’affaire.  On apprend mardi que les officiers arrêtés ont avoué l’existence d’un complot pour renverser Faure Gnassingbé avec la bénédiction de son demi-frère député.

 Le mercredi, Kpatcha Gnassingbé demande l’asile à l’Ambassade américaine à Lomé, qui la rejette. Il est ainsi arrêté par le Lieutenant-Colonel Yark Dahemane devant l’Ambassade et conduit à la Gendarmerie Nationale pour interrogatoire.

Dès lors les arrestations s’enchaînent dans les rangs de l’armée et aussi parmi des civils proches de Kpatcha Gnassingbé.  Même une réunion de crise de la famille à la Résidence de Lomé 2, à laquelle ont pris part certains Généraux de l’armée proche de Feu Gnassingbé Eyadèma, n’a pas empêché l’arrestation par la suite de certains membres de la famille.
 
Dans la foulée, l’Union des forces du Changement, (UFC) de Gilchrist Olympio a réagi sur la violation de l’immunité parlementaire de Kpatchaa Gnassingbé. Le Procureur de la République contre-attaque avec l’inculpation de ce dernier  de "complot" et de "tentative d'attentat contre la sûreté de l'Etat" en invoquant le flagrant délit qui ne nécessite pas la levée préalable de l’immunité parlementaire.

Jeudi, le bureau de l’Assemblée nationale  a pris acte du flagrant délit qui a conduit à l’inculpation du député.

Dans l’après-midi du jeudi, la presse togolaise et internationale est à la Gendarmerie Nationale pour une conférence de presse, relative à l’affaire du présumé complot d’atteinte à la sûreté de l’Etat, dont le député Kpatcha Gnassingbé, demi-frère du Chef de l’Etat, serait le cerveau.  A la place de la conférence, le Procureur de la République, Robert BAKAÏ  fait tout un exposé sur le déroulement et l’état de l’enquête et ensuite présente l’arsenal et d’autres moyens logistiques dont disposaient les présumés comploteurs.
 
Un conseil des ministres présidé par Faure Gnassingbé ce même jour, a condamné «avec fermeté la tentative d’interruption du processus de réformes engagées courageusement par le chef de l’Etat depuis 2005».

Ainsi peut-on sommairement résumer l’essentiel de l’actualité togolaise de cette semaine.
Pour qui ne connaît pas le Togo et ses dirigeants, ces informations arrivant à flots sont facilement digérables. Certains spécialistes, proches du régime de Lomé, évoquent volontiers des exemples de guerres fratricides du moyen-âge autour du pouvoir, pour soutenir la thèse d’une vraie tentative de coup d’Etat de Kpatcha Gnassingbé contre Faure Gnassingbé, deux demi-frères.

Mais la réalité est toute autre. Il existe pourtant des zones d’ombres qui laissent planer le doute sur l’existence réelle de cette «tentative» de coup d’Etat. Des questions toutes aussi pertinentes méritent d’être posées.
Kpatcha Gnassingbé qui est un averti, prendrait-il le risque de préparer un coup d’Etat à son domicile de Kégué à Lomé? Pour comprendre le sens de cette question il faut se rendre dans la zone où est situé son domicile pour se rendre compte qu’il n’y a que quelques broussailles qui séparent sa maison du siège de l’Agence Nationale des Renseignements, les services secrets togolais. Tout mouvement important d’officiers au domicile du député est trop risqué et alerterait les services secrets.

Le domicile de Kpatcha à Kara aurait pu servir de lieu de rencontre des présumés comploteurs sans éveiller aucun soupçon. Sa situation très retranchée s’y prête mieux à ce genre de rencontres.

Pourquoi Kpatcha prendrait-il le risque d’être dans son domicile à Lomé à la veille d’un coup d’Etat alors qu’il dirigerait mieux une telle opération depuis Kara où d’ailleurs il vit en permanence depuis son éviction du gouvernement togolais? Un homme très informé comme lui, n’aurait-il pas compris l’annulation soudaine du voyage de Faure Gnassingbé en Chine, dimanche? Il dispose de solides relations autour du Président pour découvrir les motifs de cette annulation! Comment a-t-il pu alors inviter  le présumé noyau comploteur à son domicile dans la nuit du dimanche  sans s’assurer une parfaite discrétion?

Au Togo, dès qu’il y a un important mouvement d’une force telle que la FIR, les indiscrétions mettent aussi vite que possible la plupart des officiers au courant. Il est surprenant qu’aucun des officiers du supposé noyau comploteur n’ait été informé des mouvements de la FIR en direction du domicile de Kpatcha Gnassingbé. Et pourtant ce sont des officiers qui détiennent des branches stratégiques de la sécurité du Togo et que par ailleurs pour accéder au domicile de Kpatcha à Kégué, il faut passer des barrières toutes gardées par des militaires. Et ceux-ci sont connus pour ne pas plier facilement pour laisser le libre passage sans l’aval du propriétaire des lieux. Même à un général des FAT (Forces armées togolaises).

Un autre élément qui suscite des interrogations est le comportement même du présumé cerveau du complot, après l’échange des coups de feu à son domicile et l’arrestation des officiers. Aurait-il été assez bête pour ne pas s’enfuir, sachant bien que les officiers arrêtés le dénonceront sous la torture? Pourquoi attendre mercredi matin soit deux jours après l’attaque de son domicile, pour chercher refuge à l’Ambassade américaine? Alors même que les médias avaient déjà annoncé la veille que les officiers arrêtés ont avoué le complot qui l’impliquait.

Sur quoi comptait-il donc? Sur la naïveté de Faure Gnassingbé que lui-même a décrit sur les médias comme peu communicatif?

Une autre question tourne autour du rôle joué par le Colonel Rock Balakiyem Gnassingbé, un autre demi-frère, commandant le sous groupement blindé des FAT. Kpatcha Gnassingbé a dit aux médias que c’est son frère  Rock qui a demandé au Colonel Kadanga venu l’arrêter, de se retirer avec ses hommes. Ensuite, il est reparti en le laissant sous la garde de ses hommes. Que s’est-il donc ensuite passé pour que kpatcha coure vers l’Ambassade américaine?

Autant de zones d’ombres qui font planer plus de doute que de certitude sur cette affaire de tentative de coup d’Etat.

Selon des indiscrétions de sources averties, ce qui vient de se dérouler à Lomé n’est qu’une farce doublée d’une tragi-comédie. Selon ces mêmes sources, les services secrets togolais aidés d’autres services secrets étrangers, en l’occurrence ceux de la France, ont élaboré toute une stratégie et tout  un plan pour récupérer certains éléments gênants des FAT et les mettre hors d’état de nuire dans la perspective des élections présidentielles de 2010. Par la même occasion, ils ont permis à Faure Gnassingbé de récupérer son demi-frère jugé trop impulsif et imprévisible. Kpatcha Gnassingbé, non seulement faisait de l’ombre au Président, mais pourrait compromettre la crédibilité de sa réélection en 2010. Il pourrait être tenté d’utiliser la méthode forte comme en 2005. Ce qui du coup enlèverait toute crédibilité à la réélection déjà ficelée de Monsieur le Président. Du coup, l’arrestation de Kpatcha aurait l’avantage de le soustraire de la justice internationale, concernant les accusations de crimes qui pèsent sur lui. Ce qui explique aussi l’arrestation des autres officiers et des autres membres de la famille contre qui pèsent les mêmes accusations.

Telle une pieuvre, les services secrets togolais ont échafaudé tous les scénarii possibles depuis des mois avant de passer à l’action. Et Kpatcha Gnassingbé, à l’exemple du fameux terroriste Carlos, est tombé les deux pieds dans le piège-à-con qui lui a été tendu.

Les américains ont si bien compris le scénario, et ont prudemment rejeté la demande d’asile de Kpatcha Gnassingbé.

Cependant, le Quai d’Orsay s’est empressé de remettre les pendules à l’heure en ramenant le débat sur la continuité du processus électoral devant aboutir aux Présidentielles de 2010. Une tactique subtile pour ne pas impliquer la France dans les derniers événements qui ont eu lieu à Lomé.

Certaines sources affirment que des scénarii sont actuellement exploités pour prendre l’opposition togolaise de court. Parmi ces scénarii, on évoque la possibilité que Faure Gnassingbé remette son mandat en jeu avant la fin officielle pour des élections anticipées. Un tel scénario éliminerait de potentiels candidats comme Gilchrist Olympio et Kofi Yamgnane, qui ne pourraient dans ce cas remplir la condition de résidence telle que prévue par la Constitution et le code électoral actuels. Et ceux-ci ne pourraient dans un tel scénario subir des modifications vu la nécessité de faire des élections dans les 60 jours. La confrontation entre Faure Gnassingbé et les deux autres candidats Gilchrist Olympio et Kofi Yamgnane, pourrait ne pas avoir lieu. Et Abass Bonfoh pourrait donc se remettre en scelle pour un bis repetita!

Et c’est le Togo comme il va.

Jules Symféïtchéou & R. Valens, Rédaction Etiame.com

 


 

 

 

 

 

 

           

           

 

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