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Togo: Pour une transition
indispensable
22 avril 2009
Pour le Clan Gnassingbé, le 13 est un chiffre fétiche
qui porte bonheur et protection. Cette superstition n’a
pas fonctionné dans la tentative du coup d’Etat
présumé du 13 avril. Mais Faure Gnassingbé en
a profité pour embastiller ses frères: Kpatcha,
Essolizam, Bagoubadi, etc. En procédant ainsi, il révèle
au grand jour les querelles intestines et la décomposition
avancée du Clan. Il est à observer que cette tentative était précédée
par un autre coup d’Etat, symbolique, à la Cour
constitutionnelle qui a recalé le projet de reforme du
code électoral du gouvernement.
En quête d’une légitimité introuvable à la
suite de la captation sanglante du pouvoir, où surtout
Kpatcha avait joué un rôle déterminant, Faure
n’avait pas besoin de cet événement qui fragilise
son pouvoir déjà bancal. Dans ce contexte la présidentielle
de févier 2010 est incertaine quant à son organisation
et à son issue.
En effet, le parti au pouvoir est conscient de son incapacité à remporter
une élection sincère, transparente et non violente.
Dans cette optique, la tentative de coup d’Etat serait
une manœuvre dilatoire pour anesthésier les Togolais
et mettre en place une stratégie de fraude. Or la configuration
politique actuelle rend celle-ci difficile et aléatoire.
Le Clan n’a plus ses soutiens tant internes (notamment
l’armée et le corps judiciaire) qu’externes
(en l’occurrence la France). Depuis le départ
de Chirac, l’idée que le Clan Gnassingbé ne
puisse plus être au pouvoir a fait son chemin
en France, et surtout au Togo et même au sein du
Clan où Kpatcha serait le symbole manifeste. Si
la présidentielle de 2010 est organisée, elle serait
ouverte et la victoire probablement à la portée
de l’opposition. A cet égard, malgré sa popularité réelle,
le leader du principal parti d’opposition, Gilchrist Olympio,
ne rassure pas aussi bien à l’intérieur
qu’extérieur.
A l’intérieur. Par exemple, il est dommage
que Gilchrist Olympio évite cette réalité incontournable
qui est que, l’armée majoritairement composée
d’hommes du nord du pays, est l’épicentre
de la dictature des Gnassingbé. A ces militaires, Gilchrist
ne propose aucun projet concret et semble les ignorer. Considérés
comme privilégiés de la dictature Eyadema,
les habitants du nord qui veulent aussi le changement comme
tous les Togolais, s’interrogent. La composition du Bureau
national de l’UFC à l’issue de son congrès
de juillet 2008 renforce leurs interrogations et leurs
inquiétudes. La défection de Marc Palanga, d’Amah
Gnassingbé, d’Antoine Bodjona et de Seydou
Issa ne saurait justifier ce manque d’ouverture du parti
qui se traduit aussi au niveau du Groupe de réflexion
de sa Fédération internationale qu’Eric Armerding
vient de constituer au sein de la diaspora. Ce groupe est exclusivement
composé du Clan Olympio, ce qui apporte de l’eau
au moulin des extrémistes du RPT comme Gilbert Bawara.
A l’extérieur. La France est disposée à travailler avec
Gilchrist Olympio: la preuve est qu’il a été reçu
par Alain Joyandet, secrétaire d'État chargé de
la Coopération et de la Francophonie, et Bruno Joubert, «Monsieur
Afrique» de l’Elysée. Cependant, elle
n’entend pas signer à Gilchrist Olympio un chèque
en blanc à partir du moment où sa formation qui
est majoritaire dans le pays n’a pas su rassembler toute
l’opposition, ainsi que les diverses personnalités
publiques autour d’elle. Dans ces conditions, comment peut-il
convaincre nos partenaires au développement qui ne voient
en lui aucun gage de stabilité dans ses choix politiques
? L’Union européenne est également dans
ce même état d’esprit d’hésitation
que la France. Aussi longtemps que Gilchrist Olympio restera
dans une position clanique, incapable de transcender les clivages
ethniques et le mépris historique de la caste bourgeoise
côtière envers la plèbe et le pays profond,
qu’il le veuille ou non, il devient un des termes de l’équation
politique togolaise: l’alternance au pouvoir.
Après une dictature presque quinquagénaire, il
est illusoire de croire que les seules popularité et onction électorale
suffisent à jeter les bases d’un régime démocratique.
Parce qu’il y a une forte pétrification des enjeux,
des attentes et des frustrations qui peut devenir explosive et
incontrôlable si un travail sérieux n’a pas été effectué.
Jusqu’à ce jour Gilchrist Olympio, qui ne
sait pas ce qu’il veut et ne sait pas ce qu’il ne
veut pas non plus, ne semble pas conscient de cette réalité,
pourtant énorme qui devait interpeller tout homme politique
averti. Son accession au pouvoir risque d’entraîner
beaucoup de désillusions. Pour les uns ce sera
l’heure de la contre-revanche du sud, sinon du clan
Olympio, et pour les autres l’heure de la contre-action, avec
tous les ingrédients d’une implosion possible.
Dans la confusion actuelle, une transition est la voie indiquée.
Nous pensons que Jean-Pierre Fabre, secrétaire général
de l’UFC, et François Boko, ancien ministre de l’Intérieur
sont à même de la conduire. Les deux sont complémentaires
et représentent une nouvelle génération
d’hommes politiques en phase avec les réalités
de notre pays. Ce tandem a le mérite de rassurer et les
Togolais dans leur grande majorité en dépassant
le clivage nord-sud, et l’armée, et aussi
la France, voie de passage obligée pour qui veut sérieusement
accéder au pouvoir dans un pays africain francophone.
Si Faure Gnassingbé est cohérent avec son
message de somnambule à la nation du 17 avril déclarant
que «jamais plus la politique ne doit faire couler
le sang au Togo», il ne lui reste qu’une seule
chose : la démission pour que cette transition se
fasse le plus pacifiquement possible dans l’intérêt
de tous les Togolais.
Paris, le 20 avril 2009
Aregba Waste (Bordeaux)
Brassier Tido (Paris)
Comi Toulabor (Bordeaux)
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