Présumée tentative de coup d’Etat:
Le Procureur de la République
menace et parle de 29 personnes interpellées
4 mai 2009
L’affaire de «tentative à la sûreté de
l’Etat» continue d’être au centre
des discussions dans le landerneau politique togolais. Il y
a beaucoup de confusions autour de cet événement
alimentées par les contradictions dans les déclarations
officielles. C’est dans ce méli-mélo qu’est
intervenu le communiqué menaçant du Procureur
de la République.
Observations sur le communiqué
C’était jeudi dernier que le Procureur de la République
Robert Bakaï a rendu public son communiqué dans lequel
il précise le nombre de personnes interpellées
dans le cadre de la tentative de coup d’Etat au Togo. «Nous
tenons à préciser qu’à ce stade de
la procédure, les mises en cause bénéficient
toujours de la présomption d’innocence et que le
secret de l’instruction s’impose à tous», y
lit-on. Mais au même moment où on parle de la «présomption
d’innocence», il est annoncé dans le
même communiqué que «18 militaires dont
5 officiers, 10 sous-officiers et 3 hommes de rang ainsi qu’un
officier adjoint de police sont sous sanction disciplinaire de
leurs corps respectifs avant leur remise aux autorités
judiciaires». Sur ce point par exemple, les Togolais
sont en droit de s’interroger. Selon l’article 18
de la Constitution togolaise, «Tout prévenu
ou accusé est présumé innocent jusqu’à ce
que sa culpabilité ait été établie à la
suite d’un procès qui lui offre les garanties indispensables à sa
défense». Comment peut-on justifier le fait que
des présumés innocents soient «sous sanction
disciplinaire de leurs corps respectifs»? Quelle institution
a établi leur culpabilité? Est-il normal de sanctionner
des gens quand le dossier est à l’instruction? Qu’adviendra-t-il
quand ils seront innocentés?
On le voit, le communiqué en rajoute à la confusion.
Et il est fort possible qu’il se crée une situation
de non droit.
Par ailleurs, le communiqué est muet
sur le nombre de personnes relâchées: «A
la suite des interrogatoires, quelques unes ont été relâchées
pour insuffisance d’éléments à charge.
Parmi les personnes relâchées figurent aussi bien
des civils que des militaires». On n’en saura pas
plus.
Reçues en audience le lundi 20 avril par le chef de l’Etat,
les Forces armées togolaises (FAT) ont rendu publique
une déclaration dans laquelle elles font état de « l’interpellation
de certains citoyens parmi lesquels figurent malheureusement
neuf (9) militaires dont cinq (5) officiers ». Ce chiffre était
en porte-à-faux avec celui avancé par les organisations
de défense des droits de l’homme qui avaient parlé de
21 personnes dont 17 militaires et 4 civils. Aujourd’hui,
le Procureur de la République semble couper court aux
supputations sur les chiffres. «A l’heure actuelle,
10 civils ont été déférés,
inculpés et mis sous mandat de dépôt. En
revanche, 18 militaires dont 5 officiers, 10 sous-officiers et
3 hommes de rang ainsi qu’un officier adjoint de police
sont sous sanction disciplinaire de leurs corps respectifs avant
leur remise aux autorités judiciaires», précise
le communiqué. Au total, ce sont 29 personnes qui sont
officiellement poursuivies dans cette affaire de coup d’Etat
dont le cerveau se trouve être Kpatcha Gnassingbé,
demi-frère du chef de l’Etat. En dehors de lui,
trois autres membres de la famille Gnassingbé sont arrêtés
et écroués.
Menace du Procureur
Dans ce communiqué, le Procureur de la République,
Robert Bakaï met en garde contre «les spéculations
de toute nature» dans l’affaire du complot contre
la sûreté de l’Etat, et affirme que leurs
auteurs s’exposent «à la rigueur de la
loi».
«Les gens demeurent sceptiques dans le pays et pensent
que cette affaire n’est pas vraie, et qu’il faut
toutes les preuves pour situer l’opinion»,
déclarait le mercredi 22 avril dernier le Prof Léopold
Gnininvi. C’est alors aux autorités judiciaires
de faire évoluer les enquêtes et aux journalistes
de s’interroger et d’interroger les faits. Mais
ce serait une atteinte à la liberté d’expression
que de vouloir imposer l’omerta sur cette affaire qui
interpelle tout Togolais.
De fait, certains considèrent ce communiqué comme
une menace adressée aux médias qui continuent de
s’interroger sur la version officielle de la présumée
tentative de coup d’Etat et qui font d’ailleurs d’autres
révélations.
«Le Procureur n’a pas besoin de proférer
ces genres de menaces. Il doit faire en sorte que la procédure
aille jusqu’au bout. Et quand la vérité va éclater,
il n’y aura plus des rumeurs. Il lui revient également
de communiquer assez sur les différentes étapes
de la procédure. Avec ces menaces, on a l’impression
que le Procureur veut faire ce que la HAAC n’a pas pu
faire», déplore le responsable d’une
association des droits de l’homme.
Pour un acteur de la société civile, «il
faut que la vérité se fasse. Il ne faut pas que
le Procureur de la République donne l’impression
qu’on veut cacher quelque chose. Les articles des journaux
peuvent l’aider dans son enquête tout comme ils
peuvent nuire à celle-ci. C’est à lui
de faire son travail sans passion».
R. Kédjagni
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