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Démocrature monarchique en Afrique:
Un nouveau modèle de démocratie
tropicalisée et chefferisée
6 mai 2009
Le processus de démocratisation en Afrique, depuis la
fin de la bipolarisation du monde en 1990 avec la chute du mur
de la division Est-Ouest, révèle un paradoxe dans
la démocratie africaine.
En effet, pour certains pays, on observe de réelles avancées
significatives dans la consolidation des institutions démocratiques.
C’est le cas dans des pays comme le Bénin du président
Yayi Boni, le Ghana avec l’élection récente
de John Atta Mills du parti de l’opposition dénommé le
CND ou encore en Afrique du Sud avec l’élection
du très controversé Zoulou et leader de l’ANC
Jocob Zuma. Cependant, nous observons également chez une
certaine classe dirigeante africaine, un nouveau modèle
de démocratie tropicalisée influencée par
les traditions africaines de nos chefferies et de la monarchie.
Il s’agit de la démocrature monarchique ou la dictature
démocratique et monarchique. De quoi s’agit-il et
quelle est son orientation?
La démocrature monarchique est un gouvernement caractérisé essentiellement
par une classe dirigeante qui dure ou aimerait durer au pouvoir
ad vitam æternam c’est-à-dire éternellement.
Il s’agit pour ces chefs d’État, malgré plusieurs
décennies au pouvoir, d’assurer la succession à la
tête du pays à son fils, à son beau-fils, à sa
fille, à un proche parent ou à un ami de longue
date. C’est le cas au Gabon d’Omar Bongo, chef d’État
de plus de 42 ans de pouvoir qui prépare, de toute évidence,
la passation de la gestion du pays à son fils Ali Bongo, à sa
fille ou à son beau-fils, tous membres du gouvernement
ou du cercle présidentiel occupant des fonctions de premier
plan. C’est également le cas en Guinée Équatoriale
du président Obiang Nguema Mbazogo. En RDC, le chef de
guerre devenu chef d’État Laurent Désiré Kabila,
après sa prise de pouvoir, avait bien préparé la
succession de son fils Kabila à la tête du pays
malgré son assassinat.
Il s’agit là tout simplement des régimes
peu démocratiques voire dictatoriaux portant le manteau
de la démocratie. Mais, le drame est surtout d’observer
que ce syndrome s’est répandu au Sénégal
où l’alternance à la tête du pouvoir
a permis l’élection du plus grand opposant aux présidents
Senghor et Diouf à savoir Abdoulaye Wade. En effet, les
ambitions présidentielles pour 2012 de Karim Wade, le
fils du président Wade qui a reçu l’onction
de succession de son père connaît un mauvais vent
depuis sa défaite à l’élection comme
maire de Dakar. Malgré l’échec cuisant de
son fils, âgé de 40 ans, aux municipales dans la
capitale du pays, son octogénaire de père, au crépuscule
de sa vie, vient de nommer son « fils à papa » au
poste taillé sur mesure de ministre d’Etat, ministre
de la Coopération internationale, de l’aménagement
du territoire, des Transports aériens et des Infrastructures.
C’est la preuve que la démocratie sénégalaise
s’est plombée depuis l’arrivée de Wade
au pouvoir. Karim Wade devient ainsi le premier enfant d’un
chef d’État sénégalais à occuper
un porte feuille ministériel. C’est ce que l’on
peut appeler la gestion patrimoniale du pouvoir en Afrique. Le
président Wade, grand maître dans l’art de
la séduction dolosive ou à base de tromperies,
que j’ai eu l’opportunité d’interviewer
lors du sommet de la Francophonie à Québec prouve
définitivement qu’il a choisi le camp de Bongo et
de tous ceux qui refusent l’alternance au pouvoir et une
avancée significative du processus de démocratisation
en Afrique. Pourtant, cette volonté manifeste de tropicaliser
voire chefferiser la démocratie africaine en y introduisant
des éléments majeurs d’un régime stalinien
et monarchique présente le danger de plonger les populations
de nos Etats dans ce qu’il y a lieu d’appeler «le
spectre angoissant du futur». Les évènements
intervenus ces derniers jours au Togo entre les enfants du dictateur
Gnassingbé Eyadèma, à savoir le désigné président
Faure Gnassingbé et son frère Kpatcha Gnassingbé,
ancien ministre de la défense soupçonné de
complot de coup d’État contre son demi-frère
témoignent à suffisance du danger de l’instabilité du
nouveau modèle de démocratie en Afrique fortement
diluée du respect des droits de la personne, de la liberté d’opinion
ou d’association, de la liberté de presse ainsi
que de l’alternance à la tête de nos Etats.
Il est urgent que les chefs d’État qui s’arrogent
le titre de «président à vie» avec
succession à la clé arrêtent cette mascarade
qui n’honore pas du tout l’Afrique. Pour ces derniers,
la démocratie, dans ce que d’aucuns appellent la
version occidentale, n’est pas du tout bonne pour l’Afrique.
C’est une aberration sans fondement et sans justification.
Il est vrai que de nombreux politologues occidentaux ont affirmé que
l’Afrique traditionnelle ne pratiquait pas la démocratie.
Cette lecture dénuée de tout fondement d’objectivité de
cette «nuée de vautours» a été confortée
par le président français Jacques Chirac qui affirmait
que l’Afrique n’était pas mûre pour
la démocratie. Cette vision complètement fausse
de la réalité politique et historique africaines
relève de ce que j’appelle la malhonnêteté intellectuelle.
En effet, l’arbre à palabre constitue un démenti
formel à ces allégations. C’est ici le lieu
pour nous d’inviter la société civile en
Afrique et les populations à peser de tout leur poids
comme au Sénégal pour faire échec à ce
nouveau coup de vent malsain. Un mauvais vent qui veut s’enraciner
chez une certaine élite dirigeante du continent dont la
direction indique assurément qu’on veut éviter
la démocratie par l’utilisation moins ouverte mais
plus subtile de la dictature monarchique grâce à de
nombreux ingrédients connus dans des régimes totalitaires.
Ferdinand Mayega, journaliste-chercheur,
Québec, Canada
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