Observations de Synergie Togo
sur les événements récents au Togo
06 mai 2009
De la même manière que les Forces armées
Togolaises décidèrent le 5 février 2005
de confier le pouvoir d’Etat à un fils Gnassingbé,
elles sont à nouveau intervenues dans le débat
politique au Togo pour régler un «différend» au
sein d’un pouvoir explicitement clanique.
Les événements survenus au Togo les 12 et 13 avril
2009, marqués par une intervention de deux corps de l’armée
togolaise, notamment la force d’intervention rapide, dirigée
par Abalo Félix Kadanga (beau-frère des protagonistes)
et le régiment des blindés dirigé par Rock
Gnassingbé, frère du chef de l’Etat, mettent
en lumière le rôle prépondérant de
l’armée dans la vie politique togolaise. Ces événements
rappellent ainsi que la crise politique togolaise est loin d’être
résolue.
Il importe, à la lumière de cette nouvelle immixtion
violente de l’armée dans la vie politique togolaise,
de prendre la mesure des réformes nécessaires,
préconisées par :
- le rapport de l’ONU publié en août 2005,
sur les violences et les allégations de violations des
droits de l’homme survenues au Togo avant, pendant et après
l’élection présidentielle d’avril 2005.
Rappelons que ce rapport recommandait:
- la réforme démocratique en profondeur de l’armée
- la révision de la Constitution
- un accord sur les conditions et les voies et moyens de l’organisation
des prochaines élections présidentielles, législatives
et locales
- la nécessité d’une réconciliation
nationale fondée sur les principes de vérité,
de justice et de réconciliation.
- l’Accord politique global relatif aux réformes
constitutionnelles et institutionnelles nécessaires à la
consolidation de la démocratie, de l’Etat de droit
et de la bonne gouvernance.
Il convient de noter que la tentative de coup d’Etat alléguée
du 12 avril 2009 intervient à moins d’un an des élections
Présidentielles et dans un contexte où les discussions
entre les acteurs politiques togolais en vue de concrétiser
les réformes susvisées et d’aboutir à un
cadre électoral acceptable pour un scrutin transparent,
libre et démocratique sont tendues et bloquées.
Ainsi le communiqué de la HAAC du 17 avril 2005, limitant
l’exercice du droit d’informer de la presse sous
peine de sanctions, augure d’une volonté de ce pouvoir
de fermer le jeu politique et de ne pas laisser libre cours à l’expression
des suffrages au cours de la future élection présidentielle.
En tant qu’association de la société civile,
Synergie-Togo ne saurait garder le silence face à la gravité des
faits qui se déroulent dans le pays. Elle interpelle les
autorités togolaises, notamment:
- Le Chef de l’Etat, afin que sa gestion de la crise supplémentaire
liée aux événements des 12 et 13 avril 2009
soit conforme à ses déclarations et discours promettant
le respect et la protection des droits humains et de la démocratie,
au lieu d’ajouter à la défiance et au manque
de légitimité liés aux conditions de son élection.
- l’Assemblée Nationale et les autorités
judiciaires, afin qu’elles cessent de faire une interprétation
et une application spécieuses des procédures et
des lois de la République.
Synergie Togo interpelle la communauté internationale,
notamment les bailleurs de fonds afin d’imposer au pouvoir
en place un cahier des charges pour que la révision des
listes électorales se réalise dans les délais
les plus larges et selon les standards internationaux. Ils se
doivent également de veiller, au titre de la garantie
de bonne fin, au bon usage des fonds qu’ils avancent, ainsi
qu’à la sincérité des résultats
issus des scrutins qu’ils ont financés.
En outre, les bailleurs de fonds se doivent de s’assurer
en toutes circonstances et notamment lors des élections
:
- de la sécurité de l’ensemble des Togolais
par un casernement effectif des forces armées togolaises
(avant, pendant et après les scrutins), appuyée
par une observation militaire internationale conséquente.
- du respect des libertés publiques, notamment de la liberté d’opinion
et de manifester.
Synergie Togo affirme avec conviction qu’il n’y
a meilleur rempart contre des tentatives de coups de force, supposées
ou avérées, que la légitimité et
la confiance accordées aux dirigeants (Président,
députés, élus locaux, etc.…) à l’issue
d’un suffrage universel dont la qualité est incontestée
; C'est-à-dire libre, transparent, démocratique,
ouvert à tous et ayant dégagé une majorité nette,
et claire. Elle invite donc le Gouvernement et l’Assemblée
Nationale à reprendre sans plus tarder les travaux d’une
nécessité et d’une urgence impérieuses.
Ces travaux doivent aboutir à des réformes
constitutionnelles et institutionnelles, seules garantes d’élections
crédibles, transparentes et démocratiques.
Fait à Paris le 01 mai 2009
Karl GABA
Porte-parole de Synergie-Togo
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