Présidentielle de 2010:
La Communauté Internationale
contemple le drame en préparation
8 mai 2009
Dans
certains coins du monde, la Communauté Internationale
est très appréciée pour son intervention
jugée salutaire. Mais ce n’est pas le cas forcément
pour l’Afrique. Au Togo particulièrement, elle n’a
pas bonne presse pour ses positions contrastées. Elle
est habituée à prendre manifestement le parti du
clan Gnassingbé aux dépens du peuple, à faire
le médecin après la mort. La Communauté Internationale
semble reprendre ce rôle lugubre, à quelques mois
de la présidentielle de 2010.
La Communauté internationale
et l’affaire Kpatcha
La Communauté Internationale aura laissé plus d’un
pantois par son attitude au regard de ce dossier. Elle a été prompte à intervenir,
on dirait qu’elle était avisée de l’imminence
de l’éclatement de l’affaire. La Communauté Economique
des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a dépêché des émissaires à Lomé pour
s’enquérir de la situation. Mohamed Ibn Chambas
- dont la seule évocation du nom rappelle de bien tristes
souvenirs - et les siens sont venus apporter leur soutien au
chef de l’Etat Faure dans sa croisade contre son demi-frère
Kpatcha.
Le Secrétaire Général de
l’Organisation des Nations Unies a aussi dépêché un
représentant spécial en la personne de Saïd
Djinnit qui n’a pas manqué de réaffirmer à l’hôte
togolais le soutien de l’institution mondiale. L’émissaire
a déclaré devant les cameras avoir appelé au
respect des droits des détenus dans cette affaire et donné une
certaine assurance là-dessus. Mais c’est oublier
que le Togo est un accident de l’Histoire, un cas atypique.
Dans ce dossier, la Communauté Internationale
s’est juste contentée d’apporter son aval à une
des parties en conflit. On a entendu des émissaires condamner à brûle
pourpoint toute tentative de renversement du pouvoir par des
méthodes anticonstitutionnelles, sans s’être
donné la peine de vérifier et d’analyser à fond
le dossier. Une chose est sûre, Faure Gnassingbé est
dopé par ce soutien précoce et agit en conséquence.
Quid de la présidentielle de
2010?
Cette préoccupation est assez légitime quand on
sait que les élections présidentielles au Togo
offrent des terreaux aux violences politiques, et celle de l’année
prochaine n’est pas de moindre enjeu. Le clan Gnassingbé,
du moins Faure, y voit l’occasion de rempiler. L’opposition
conçoit le scrutin comme celui de la dernière chance
et les forces se mobilisent. La psychose est bien réelle
que l’ «Esprit nouveau» utilise tous
les moyens, même les plus déloyaux, pour conserver
le pouvoir, quand on voit les vraies motivations de ce feuilleton
Kpatcha.
La préparation du scrutin n’est
pas des plus idéales. L’Accord Politique Global
(APG) a posé les bases de son organisation. Des actions
devraient être entreprises par le gouvernement depuis ;
mais par pur obscurantisme, ce n’était pas le cas.
L’opposition s’est retrouvée toute seule à crier
sur le pouvoir en place pour le décider à s’exécuter,
en mettant en place le Cadre permanent de dialogue et de concertation
(CPDC).
La Communauté Internationale qui se fait
passer pour un parangon de vertu, une donneuse de leçons
s’est tue comme une carpe. Elle n’a non plus trouvé à redire
lorsque le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT) mettait les
pieds dans le plat pour ouvrir le Cadre à ses «satellites»,
crachant ainsi sur le décret pris, fixant 5% de suffrages
aux législatives d’octobre 2007 comme condition
d’admission. Le Facilitateur Blaise Compaoré, la
CEDEAO, l’Union Africaine, l’ONU et autres n’ont
pas levé le petit doigt quand le RPT a tenté le
forcing et fait voter le 30 mars la modification des articles
21 et 32 du Code électoral visant à remettre en
selle la CENI de Tozim Potopérè.
Depuis que la Cour constitutionnelle a débouté le
pouvoir en rejetant cette modification unilatérale, le
processus est dans l’impasse. Plus rien ne se dit à propos
et le pouvoir ne se gêne plus à continuer les préparatifs.
Le CPDC ne se réunit plus et la conciliation des positions
sur le code électoral est toujours attendue. Cette situation
est aujourd’hui corsée par cette affaire Kpatcha.
En effet, depuis l’éclatement de
cette tragicomédie, le processus électoral est
plus que jamais mis aux oubliettes. C’est cette affaire
qui mobilise tout le débat, et Dieu seul sait quand le
débat électoral va encore reprendre. Une situation
bien entretenue par le pouvoir qui ne ferait qu’en rajouter
au retard déjà accusé et lui fournir des
arguments pour verser dans la précipitation, un terreau
qui ouvrirait les portes à la fraude électorale.
Le suffrage populaire serait une fois de plus détourné,
et les mêmes causes risquent de produire les mêmes
effets, comme en avril 2005.
La Communauté Internationale reste étrangement
muette devant cette situation, attendant d’envoyer après
que le pire sera commis, des missions compter les morts, établir
des rapports «accablants» et faire une pléthore
de recommandations qui resteront lettre morte.
Pablo E.
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