Selon l’Observatoire togolais des médias:
L’Etat de la presse togolaise n’est
pas aussi rose que ce que l’on vante
08 mai 2009
Dans les pays qui se veulent respectueux des Droits de l’Homme
et des libertés fondamentales, il se commémore
les 03 Mai de chaque année la Journée Internationale
de la liberté de Presse.
Au Togo où les professionnels des médias ne dérogent
pas à la règle, cette date est une occasion pour
nous journalistes, techniciens de la communication et responsables
des médias de faire le bilan des douze derniers mois de
l’exercice de notre profession, de voir les différents
rapports que nous avons entretenus entre nous, avec le gouvernement,
les forces de l’ordre et de sécurité, la
Haute autorité de l’Audiovisuelle et de la Communication
(HAAC), avec l’Observatoire Togolais des Médias
(OTM). Cette célébration sera également
pour nous l’occasion de passer au peigne fin les différents
dérapages enregistrés dans la corporation.
Les recommandations que nous allons formuler ici permettront à chaque
acteur de se corriger à l’avenir.
Enfin, il sera annexé à ce document les
différentes convocations adressées aux journalistes
suite à des plaintes ou à des autos saisines puis
les sanctions publiées sous forme de communiqués
par l’OTM au cours des 12 derniers mois.
Médias d’Etat:
Composés de: la Télévision Togolaise
(TVT), Radio Lomé, Radio Kara, le Quotidien National Togo
Presse et l’Agence Togolaise de Presse (ATOP), les médias
d’Etat se battent au quotidien pour se donner une meilleure
visibilité avec des grilles de programme très denses
et attrayantes, le traitement de l’information se fait
de plus en plus de façon professionnelle. Grâce
au dernier concours de recrutement dans la fonction publique,
plusieurs agents qui étaient temporaires ou pigistes ont été intégrés.
S’agissant du quotidien national, le changement de son
logo et l’introduction du sommaire traduisent la volonté des
premiers responsables de Togo Presse d’améliorer
la qualité de ce journal. Cependant, il est à constater
que la «Une» du quotidien national souffre
d’illustration diversifiée, seule la photo du chef
de l’Etat est privilégiée. La politisation
l’emporte sur la recherche de la qualité sur un
marché hautement concurrentiel.
Médias privés:
Au niveau de la presse écrite, on a senti une nette amélioration
de la qualité des journaux ces douze derniers mois. Le
graphisme a nettement changé avec l’apparition par
moment des numéros en quadrichromie.
Mais ce qui reste à déplorer est la persistance
des fautes de grammaire, d’orthographe et de style.
Les radios et télévisions privées, de leur
côté font des efforts considérables pour être à la
pointe des nouvelles exigences du marché. Toutefois, elles
sont confrontées à l’absence d’annonceurs
et doivent également faire face aux frais de redevance
sur les fréquences jugés trop élevés.
En dépit de cette situation dure pour les radios et chaîne
télé, celles-ci doivent redoubler d’effort
dans la qualité de la production des émissions
débat et interactives.
Dans la plus grande ignorance des règles qui régissent
la profession, la plupart des journalistes du privé sont
guidés parfois par des préoccupations politiques
et mercantiles.
Face à l’absence d’annonceurs pour
acheter des espaces publicitaires et à la mévente,
l’on assiste à la floraison des articles appelés ‘’article
recommandé’’ au sein de la presse écrite.
Cette année encore, nous avons observé la persistance
de la pratique déplorable de certains journalistes qui vont
de points de presse en points de presse à la recherche de
ce qu’il est convenu d’appeler dans la presse
togolaise ‘’Communiqué final’’,
c'est-à-dire des perdièms.
A ce jour, parmi les journaux qui paraissent plus ou moins régulièrement,
seule une quinzaine disposent de sièges. Ce qui
comparativement au rapport de l’année dernière
est encourageant car dans notre rapport précédent à peine
une dizaine d’organes disposaient de sièges. La
transformation des organes de presse en de véritables
entreprises de presse est à encourager. Jusqu’à ce
jour il n’existe pas encore un seul quotidien privé au
Togo, ce qui est déplorable comparativement à ce
qui se passe dans notre sous région.
Les organisations de Presse
Cinq (05) organisations dont un observatoire animent la
vie médiatique au Togo: il s’agit de:
Pour les médias privés
• Conseil National des Patrons de Presse (CONAPP);
• Union des Journalistes Indépendants du Togo (UJIT);
Pour les médias d’Etat
• Syndicat des Agents de l’Information, Techniciens et Journalistes
des Organes Publics (SAINTJOP);
• Syndicat Libre de la Communication (SYNLICO);
• Et l’Observatoire Togolais des Médias (OTM) qui est
l’instance d’autorégulation.
Rapports avec les Institutions
Rapport Médias/Gouvernement
Depuis la dépénalisation des délits de presse
en 2004, le gouvernement se force quotidiennement à traduire
cela dans les faits. Ainsi, des Ministres qui estiment avoir été offensés
par certains articles des journalistes saisissent la HAAC ou
l’OTM et non les tribunaux comme par le passé.
Au cours de cette année, l’OTM a déjà planché sur
les plaintes déposées par des citoyens dont des
Ministres en exercice, des anciens Ministres et plusieurs autres
autorités.
En outre, l’esprit d’équipe et la disponibilité du
nouveau Ministre de la Communication et de la Culture ont permis
une nette amélioration des rapports médias/gouvernement.
Rapports médias/médias: La Confraternité
L’exercice de la profession de journaliste au cours de
l’année 2008 a laissé transparaître
des liens conflictuels entre les professionnels des médias.
Ainsi, les règles de confraternité ont été régulièrement
foulées au pied. Des journalistes utilisent les colonnes
de leurs organes pour se régler des comptes. Le cas le
plus palpable reste le conflit entre “Forum de
la Semaine” et “Le Combat du Peuple”.
Au cours de l’année écoulée, un fait
marquant est venu empoisonner les relations entre certains journalistes.
En effet, un droit de réponse adressé à un
organe de la place a fait l’objet de publication par deux
confrères, ce qui est une atteinte aux pratiques professionnelles
recommandées.
Rapports médias/Forces de l’ordre et de
Sécurité
A la faveur d’un séminaire sous régional
organisé par l’Observatoire Togolais des Médias
en 2007, les journalistes et les forces de l’ordre et de
Sécurité ont signé un «pacte de
non agression», rendant ainsi vivable l’atmosphère
jadis morose entre journalistes et forces de l’ordre et
de Sécurité.
Néanmoins, il y a des incidents sporadiques qui viennent
par moment infecter les bonnes relations entre journalistes et
forces de l’ordre et de sécurité. Le dernier événement
en date est l’interpellation par la Direction Centrale
de la Police Judiciaire de notre confrère Messan Lucien,
Directeur de la Rédaction de l’hebdomadaire “Le
Combat du Peuple”.La mobilisation spontanée des
organisations de presse, de la HAAC, des Ministre de la Communication
et des Droits de l’Homme et de certaines ONG de la
défense des Droits de l’Homme a poussé la
DPJ à desserrer l’étau autour du confrère.
Rapports médias/Instance d’autorégulations
(OTM)
Les rapports entre les médias et l’OTM, ont été mitigés
au cours de cette année. D’un côté nous
pouvons nous féliciter d’avoir œuvré au
règlement à l’amiable de certains conflits
qui auraient pu se retrouver devant les tribunaux.
Aussi voulons-nous faire remarquer que certains journalistes
ont été de bons élèves, respectant
les textes qui régissent la profession et publiant ou
diffusant régulièrement les communiqués
sanctionnant les audiences de l’OTM.
En revanche, d’autres confrères jusqu’à ce
jour défient l’autorité de l’OTM en
refusant carrément de comparaître devant le tribunal
des pairs ou en arrivant en retard lorsqu’ils sont convoqués.
Outre cela, certains journalistes convoqués à l’OTM
font des déclarations et reviennent quelques jours plus
tard réfuter les propos qu’eux-mêmes ont eu à tenir.
Le cas le plus pathétique est celui du mensuel gratuit “Focus
Info”.
Rapports médias/Instance de Régulation
(HAAC)
Les rapports entre Médias et l’Instance de régulation
se sont relativement améliorés cette année.
Les dérapages ont été très peu constatés
et la fréquence des invitations adressées aux médias
a considérablement baissée. Ce qui veut dire que
sur le plan de la professionnalisation, un grand pas a été franchi.
Par contre, l’interdiction des émissions interactives
sur les radios et télévisions de la place concernant
la tentative d’atteinte à la sûreté de
l’Etat dans laquelle l’honorable Kpatcha GNASSINGBE
serait impliqué a été mal perçue
par les organisations de presse et les journalistes dans leur
ensemble.
Pour eux, cette interdiction est une entrave grave à la
liberté d’expression et une façon de museler
la presse. Les appels à l’annulation de cette décision
impopulaire ont amené la HAAC à sortir de son mutisme
et à organiser une conférence de presse au cours
de laquelle la suspension a été levée.
Rapport OTM/HAAC
Depuis la prise de fonction du nouveau bureau Exécutif
de l’OTM, les relations entre notre Instance et la HAAC
se sont considérablement améliorées.
La HAAC étant institution de régulation a ses attributions,
l’OTM, instance d’autorégulation a également
les siennes. Le point de jonction des deux étant de veiller
au respect des textes, un respect mutuel règne entre ces
deux organes de décisions. Les relations entre la HAAC
et l’OTM sont bonnes au point où, à certaines
audiences de la HAAC, l’OTM est invité à venir
y assister et vice versa.
Cette synergie hautement appréciée par les professionnels
des médias a permis à la HAAC et à l’OTM
d’éviter les doublons dans les dossiers. Le cas
de la plainte de l’ex Premier Ministre Agbéyomé KODJO à la
HAAC et à l’OTM en est l’illustration.
Bref, les deux instances se signalent régulièrement
les plaintes et les auto saisines enregistrées chacune à son
niveau. Aujourd’hui entre la HAAC et l’OTM on sent
une complémentarité.
Aide de l’Etat à la presse privée
Au titre de l’année 2008, l’Etat n’a
octroyé aucun franc pour aider la presse privée.
Cependant un grand pas a été franchi dans la concrétisation
de la volonté de l’Etat à faire de la presse
privée une presse responsable.
En effet, il a été alloué à la presse
privée 350 millions de francs CFA au titre de budget exercice
2009. Le décret ayant été pris, la Commission
Technique chargée de la gestion de ce fond a été installée
le 24 Avril dernier par le Ministre de la Communication et de
la Culture. Elle est composée de 07 membres et dirigée
par Mme Adjoa Nagbédé AWUSSABA de la HAAC, la
vice présidence est revenu au Ministre de la Communication
et le rapporteur est assuré par l’UJIT. L’OTM,
le CONAPP, l’autorité de réglementation et
le Ministère des Finances constituent les autres membres.
La Commission Technique de Gestion et de Suivi de l’aide
de l’Etat à la presse est chargée de la répartition,
du contrôle des fonds alloués par l’Etat à la
presse privée. Il faut retenir que les membres de
cette Commission sont élus pour un mandat de deux ans
renouvelable une seule fois.
Tout en témoignant notre reconnaissance au chef de l’Etat,
nous souhaitons vivement que cette enveloppe grandisse et concurrence
un jour, celle des pays de la sous région.
Dérapages
Depuis le 03 Mai 2008 jusqu’à nos jours, des efforts
ont été consentis par la presse dans son ensemble
dans le traitement des informations, signe que les remarques
et les recommandations faites par l’OTM et la HAAC
ont été prises en considération par les
confrères.
Toutefois le nombre de dérapages jamais égalé lors
de l’exercice de la profession de journaliste ces derniers
12 mois a été enregistré au sein de la
presse écrite. L’article publié par “Focus
Info” intitulé: «Mon meilleur ami s’appelle
AMOUZOU » a été relayé par certains
confrères en dépit du fait qu’il violait
l’article 12 de notre Code de déontologie qui dispose
: « Le journaliste doit s’abstenir de publier toute
information pouvant inciter à la haine tribale, raciale
et religieuse. Il doit proscrire toute forme de discrimination
et s’interdire de faire l’apologie du crime.»
L’autre paire de manche en ce qui concerne les dérapages
est la violation de l’article 5 du Code de déontologie.
En effet, au cours des 12 derniers mois, certains confrères
se sont donnés à coeur joie à la violation
de l’article 5 de notre Code de Déontologie qui
dispose : « Les informations inexactes ou fausses doivent être
spontanément rectifiées. Des personnes injustement
mises en cause, ont le droit à la réparation par
le droit de réponse.
Le droit de réponse ne peut s’exercer que dans l’organe
qui a publié l’information contestée. »
Du côté de la presse audio visuelle, les dérapages
se sont plus faits sentir dans la conduite des débats
qui sont peu ou presque pas contradictoires. Les émissions
interactives sont également mal conduites, occasionnant
parfois des écarts de propos de la part des auditeurs
ou téléspectateurs qui interviennent. Cette erreur
qui met souvent en péril la cohésion nationale
est imputable aux animateurs de ces émissions interactives
qui ignorent ou foulent au pied les techniques de conduite de
ces genres d’émissions.
En dehors de certaines dérives constatées ça
et là l’observatoire Togolais des Médias
peut conclure que l’état de la presse au Togo est globalement
encourageant.
Liberté de la presse
Depuis le 03 Mai 2008, à part l’interpellation de
notre confrère MESSAN Lucien du journal “Le Combat
du Peuple” par la Direction Centrale de la Police Judiciaire
et l’interdiction par la HAAC de faire des émissions
inter actives à la radio et à la télé aucune
atteinte grave à la liberté de la presse de la
part des pouvoirs publics n’a été enregistrée.
TABLEAU RECAPITULATIF DES MEDIAS DU TOGO (Fourni par
la HAAC)
Organes
Nombre Existant
Nombre Emettant ou Paraissant plus ou moins régulièrement
Radios
79 dont 17 radios religieuses et 14 radios communautaires
78
Télé
12 dont 04 religieuses et 01 étatique
11
Titres: Hebdomadaires, Mensuels, Magazine et autres formes
de Publication
Environ 90 dont 01 étatique
Environ 40
RECOMMANDATIONS
Au regard de ce qui précède et en vue d’améliorer
les prestations des journalistes, l’OTM recommande:
AU GOUVERNEMENT
• Aider véritablement la presse à devenir un instrument
de développement et un outil d’utilité publique.
• Donner une meilleure visibilité aux médias d’Etat. Œuvrer
pour que les médias d’Etat deviennent de véritables
offices et que la TVT soit accessible sur satellite.
• Organiser les états généraux sur la presse togolaise
afin de trouver des solutions adéquates aux maux qui minent les médias.
• Intensifier la formation des journalistes publics et privés.
• Revoir à la baisse les redevances des radios et télévisions
privées conformément à leurs cahiers de charge.
A LA HAUTE AUTORITE DE L’AUDIOVISUELLE ET DE LA
COMMUNICATION (HAAC):
Afin d’éviter que les décisions de la HAAC
touchant la corporation soient mal interprétée,
nous proposons la mise en place d’un cadre de concertation
entre la HAAC et les organisations professionnelles des médias
pour débattre des sujets touchant à la profession.
A LA PRESSE
• Accélérer les processus de signature de la convention
collective entre le patronat et les journalistes.
• Respecter davantage les règles de déontologie de la profession
et éviter des actes susceptibles de porter atteinte à l’honorabilité de
la profession.
• Respecter la règle de la confraternité sous toutes ses
formes.
• S’interdire la publication d’articles susceptibles d’inciter à la
haine raciale, tribale, ethnique, comme nous le recommande l’article
12 de notre Code de Déontologie.
AU REGARD DE CE QUI PRECEDE L’OBSERVATOIRE TOGOLAIS DES
MEDIAS (OTM) PREND LES RESOLUTIONS SUIVANTES:
• Amener les organes de presse à respecter l’instance
d’autorégulation
• Donner plus de visibilité aux audiences de l’OTM et de
la HAAC.
• Se doter de plus de moyens pour que le monitoring s’étende à tous
les médias sur toute l’étendue du territoire national.
Fait à Lomé (Maison de la Presse),
le 05 mai 2009
Pour l’OTM,
Le Président, Kasséré Pierre
SABI
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