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Togo: Dans la perspective de la présidentielle de 2010:

Les chefs traditionnels des Lacs étalent leur inconséquence au grand jour

12 mai 2009

Alors qu'il y a un peu plus de 4 ans les têtes courronnées rejetaient Faure Gnassingbé, ils sont aujourd'hui dans la rue à souhaiter sa candidature pour 2010Incroyable mais vrai. Le jeudi 7 mai 2009, quatre ans jour pour jour après la répression sanglante qui s’est abattue sur les populations des Lacs, les chefs traditionnels de cette préfecture sont descendus dans les rues d’Aného pour apporter leur soutien à Faure Gnassingbé, celui par qui est arrivé leur malheur en avril 2005. Le ridicule ne tue pas ces têtes couronnées qui ont battu le pavé en chantant «RPT ényé ha nyoedé…» (RPT est un bon parti).

C’était dans son édition de nuit du jeudi 7 mai que la TVT a passé pour la première fois cette triste sortie des chefs traditionnels des Lacs. Environ cinq minutes ont été consacrées à cet événement de l’année. Comme l’initiative venait d’une préfecture supposée acquise à l’opposition, il fallait la relayer abondamment pour qu’elle fasse des émules dans le reste du pays. Logiquement, la TVT l’a reprise dans toutes ses éditions du vendredi et jusqu’à dimanche.

Mais cette manifestation n’a pas laissé indifférents nombre de Togolais. «Ces chefs traditionnels ne sont pas sérieux», «Il faut les oublier, ces chefs se sont égarés », « Ils ont la mémoire courte», «C’est malheureux, ils ont manqué d’égards à leurs administrés qui ont souffert en 2005», «Même le chef Lawson Zankli qui a pris un bain d’égout, a participé à ce folklore»… Voilà les quelques réactions suite à la marche organisée par les garants des us et coutumes pour fustiger la tentative de coup d’Etat, saluer la politique de réconciliation et remercier le chef de l’Etat d’avoir créé de l’emploi. «Nous présentons notre gratitude à votre sens de devoir et à votre attachement à la démocratisation du pays», dixit les chefs traditionnels.

Une preuve que ces gens ne sont pas conséquents avec eux-mêmes. Si Faure était attaché à la «démocratisation du pays», il n’allait pas marcher sur les cadavres pour venir aux affaires, on n’allait pas tuer ces filles et fils des Lacs. Ceux-ci seraient présentement vivants pour participer à la construction de leur préfecture et par ricochet de leur pays.

«Dans la ville d’Aného, le Préfet a indiqué qu’une seule personne est décédée. En recoupant les informations, il ressort que près d’une vingtaine de morts ont été recensés à Aného, entre le 26 et le 27 avril 2005. Ces chiffres semblent également être en deçà de la réalité. La mission a reçu des informations faisant état de cas d’exécutions sommaires par des soldats tirant sur la population à partir d’un hélicoptère qui survolait la ville d’Aného», indique le rapport de la mission d’établissement des faits.

Même le chef de la ville d’Aného Togbé Ahuawoto Savado Zankli Lawson VIII a subi de pires humiliations. Il a lui-même raconté le récit des faits dans lesquels il a nommément accusé le capitaine Casimir Dontéma embastillé aujourd’hui dans cette affaire de coup d’Etat (Lire le compte rendu des événements malheureux survenus dans la ville d’Aného et au palais royal Lolan les 23, 24, 26 et 27 avril 2005).

Quatre ans après, les chefs traditionnels ont pris d’assaut le bureau de la préfecture où les attendait le préfet Adossi, ancien député du CAR et qui avait eu chaud en 1994 lorsqu’il était directeur du CEG ville II de Tsévié. Après la motion de soutien lue de manière brouillonne par le porte-parole, le préfet a félicité les manifestants et promis de transmettre le message à qui de droit.

Dans la foule, il y avait aussi le roi Zankli Lawson qui était mal à l’aise et qui baissait de temps en temps la tête pour sûrement échapper aux projecteurs des cameramen. De même, il était chiffonné lors des traditionnelles acclamations qui bouclent ces genres de déclarations. Qu’est-ce qu’il avait de la peine à suivre le rythme des zélés. Une double humiliation pour lui.

Le comble, c’est la chanson entonnée par cette vieille dame et reprise en chœur par la «Chorale Saint Faure des chefs traditionnels des Lacs». Pour cette septuagénaire habillée par la maison «Gnassingbé design», «Fôlouvi» est un choix du destin, un choix de Dieu. Et d’ajouter: «Quand «Fôlouvi  est venu au pouvoir, les enfants le prennent pour de l’amusement».

Voilà, les gens qui ont vécu les pires atrocités en 2005, trouvent aujourd’hui que «Fôlouvi» est un choix de Dieu. Ces chefs traditionnels qui sont toujours des symboles sacrés de la traduction vivante des coutumes et leur continuité, reliant en trait d’union les morts, les ancêtres et les vivants, sont tombés très bas en se livrant à ce spectacle indigne. Est-ce la condition posée par le chef de l’Etat avant son passage hier à Aného?

R. Kédjagni

Compte rendu des événements malheureux survenus dans la ville d’Aneho et au palais royal Lolan les 23, 24, 26 et 27 avril 2005

Le Samedi 23 avril 2005 aux environs de 23h30 min, j’ai été informé qu’un incendie ravageait le Cyber « Stop-Over » sis au quartier Yessouvito appartenant au chef traditionnel du village Animagna (Préf. Lacs). J’ai aussitôt signifié cela au Préfet des Lacs Mr Agbodji Koffi qui avait à ses côtés le Président de la Délégation Spéciale de la Commune d’Aného, Mr Ayivi Ayayi Patrice. Ces derniers ayant déclaré être dépassé par les événements, en ont appelé à mon aide. J’ai lancé alors un premier message téléphonique connecté par Radio – LUMIERE dans lequel j’ai invité les populations avoisinantes à apporter secours pour maîtriser le feu.

Au même moment, un groupe de jeunes a conduit dans mon Palais un homme en tenue pantalon treillis, torse et pieds nus et qui serait l’un des policiers qui tentait d’arrêter un jeune nommé Ajavon Ayité. Je l’ai fait ramener à mon domicile puis j’ai quitté pour me rendre sur le lieu de l’incendie afin de constater si mon appel a été suivi.

En cours de route, j’ai rencontré au niveau du pont de la mairie un groupe de jeunes qui avait érigé des barricades et enflammé des pneus dans le tournant de Landjo. J’ai réussi à les convaincre à libérer la route et ils se sont dispersés. Le même scénario s’était produit un peu plus loin à Yessouvito avec un second groupe. Proche du lieu incendié, j’ai rencontré un groupe de forces de l’ordre dont le chef, le lieutenant Dontema Tchaa Kokou Casimir, m’aborda et m’expliqua les désordres engendrés par les jeunes. Je l’ai prié et supplié de garder le calme.

J’étais allé en même temps du côté d’Amadoté renvoyer un troisième groupe et lancé un second appel à la Radio. Pendant ce temps, les forces de l’ordre ont été rejointes par un renfort venu de Lomé et aussi par les autorités administratives (Préfet, et Maire). Je les ai conviées tous dans mon Palais pour régler le cas du policier qui y était conduit.

A notre arrivée, nous retrouvions un second policier, ce qui portait leur nombre à deux policiers arrêtés par la population et conduits chez moi. Après quelques questions d’information sur la reconnaissance des policiers par leurs chefs, ceux-ci ont déclaré que ces derniers étaient en mission commandée, ils furent remis aussitôt au Préfet et au Maire et nous nous sommes cordialement séparés vers 3 heures du matin du 24 avril 2005.

Dans la matinée du 24 avril 2005 j’ai fait un tour dans les bureaux de vote puis lancé un troisième appel au calme, au respect de l’autorité et des corps habillés, et au bon comportement du citoyen avant, pendant et après les élections. Ce message était diffusé toute la journée sur la Radio OCEAN FM.

Le mardi 26 avril 2005 après la proclamation des résultats provisoires par la C.E.N.I, j’ai été informé quelques heures plus tard que des jeunes seraient en train de poser des actes très déplorables (casse et incendie). Ayant appris cela, j’ai lancé de nouveau un quatrième message à la population en invitant les parents à faire ramener leurs enfants qui participaient aux troubles afin d’éviter le désordre dans la ville.

Le soir à la tombée de la nuit, les marchandes qui n’ont pas pu rentrer chez elles ainsi que certains voyageurs, ont pris refuge au palais à cause de l’insécurité et des barricades érigées sur les routes. Parmi eux, se trouvait le policier Kao. Ce dernier, agressé sur la route de Lomé au niveau du péage par les jeunes et ne pouvant pas rentrer chez lui, était venu sur sa propre moto se réfugier dans mon palais. Il a été bien accueilli, soigné, nourri par l’adjudant chef à la retraite Lawson Body Ismaël, et logé sur l’étage MIBELO situé dans l’enceinte du palais royal. Notons que la communication téléphonique étant totalement coupée durant cette période, il nous a été impossible de joindre qui que ce soit du refuge du policier Kao. Une autre alternative de le ramener par ambulance a échoué par manque de carburant.

Le mercredi 27 avril 2005, très tôt le matin nous entendions des coups de feux tirés de partout dans la ville d’Aného. Vers 13 heures ces tirs ont approché mon palais et les forces de l’ordre ont quelques instants après, donné l’assaut sur mon domicile privé situé dans l’enceinte du palais. Les murs ont été escaladés par certains soldats fusil au point, d’autres ont défoncé la petite porte de sortie donnant accès sur la place BOKA.

Depuis ma vitrine, j’ai aperçu un autre qui traînait un de mes fils qui se baignait et dont le corps nu était couvert de mousse. A la vue de cette scène, je me présentai sur ma terrasse et au même moment le lieutenant Dontema Tchaa qui commande la troupe a donné l’ordre en ces termes : c’est lui ; emmenez-le. Puis il s’adressa à moi : où sont les armes? Perquisition.

Je n’ai pas eu le temps de répondre car je fus aussitôt roué de coups de par tout le corps et traîné hors du palais par la petite porte de sortie, brisée. Avant d’atteindre le gros camion à bord duquel j’allais voyager, j’ai été envoyé sous des coups de botte prendre un bain froid dans le caniveau à côté du palais rempli de sable et de boue, le tout dans une eau stagnante et puante.

Embarqués ensemble avec mon neveu Lawson Gervais, journaliste à Radio-LUMIÈRE qui était de passage chez moi, nous étions conduits à la brigade de la gendarmerie située dans l’enceinte des bureaux de la préfecture des Lacs. Là, nous étions encore roués de coups puis mis en caleçon et enfermés dans une même cellule.

Quelques instants après, j’entendais depuis la cellule les soldats parler de la disparition du policier Kao. Je m’étais approché de la fenêtre pour leur signifier que Kao était venu se réfugier dans mon palais et qu’il était toujours là avant mon arrestation.

Vers 17 heures, nous avions été tous les deux libérés sur ordre du chef d’Etat Major des forces armées. Avant de rentrer chez moi, j’étais conduit au bureau du lieutenant Dontema où il me signifia les raisons de mon arrestation à savoir :

 Séquestration du policier Kao

 Détention des armes à feu

 Incitation aux troubles.

J’ai rejeté immédiatement toutes ces accusations qui sont sans fondement. Je les remerciai et rentrai chez moi à pieds.

OBSERVATIONS
1. Aucune des trois raisons évoquées sur mon arrestation n’est fondée

 Le policier Kao était venu de lui-même sur sa moto se réfugier dans mon palais et il a reçu une bonne hospitalité (logé, nourri et soigné). Pourquoi m’accuse-t-on de séquestration du policier Kao?

Après la perquisition de mon domicile par le Lieutenant Dontema et ses agents, aucune arme à feu n’a été trouvée.

 Le mardi 26 avril 2005, j’étais dans mon palais à la proclamation du résultat provisoire. Comment pourrais-je en tant qu’autorité et depuis mon palais, donner des ordres aux jeunes d’aller causer des dégâts?

2. Deux observateurs nigérians de la CEDEAO qui ont pris refuge également au palais à cause des coups de feu, ont été témoins de mon arrestation.

3. Les dégâts causés dans mon domicile par les forces de l’ordre (voiture, portes, etc.) sont consignés dans le rapport de l’huissier joint au présent compte rendu.

4. Je n’ai pas retrouvé après ma libération, mon bâton de commandement.

5. Ces événements malheureux ont souillé tout le peuple Guin et ses divinités. Il faut que justice soit faite.

Togbé Ahuawoto Savado Zankli Lawson VIII


 

 

 

 

 

 

           

           

 

Liberte

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