Situation sociopolitique au Togo:
Prof. Gnininvi «Notre pays
a connu trop d’actes de violence politique à cause
de l’impunité»
12 mai 2009
La
Convention Démocratique des Peuples Africains (CDPA)
a rendu publique une déclaration relative à l’évolution
sociopolitique au Togo. Le parti que préside le Prof.
Léopold Messan Gnininvi, «pour sortir du cycle
perpétuel d’élection-violence-dialogue…puis élection-violence-dialogue»,
exhorte la classe politique et particulièrement le chef
de l’Etat à engager les réformes indispensables
en vue d’endiguer ce mal qui ronge le pays depuis des lustres.
Dans sa déclaration, le Prof Gnininvi encourage également
la classe politique à revenir sur le mode de scrutin à deux
tours et aussi à revenir à la limitation du nombre
de mandats présidentiels. Lisez plutôt.
Déclaration relative à l’évolution
socio politique au Togo
Sortir du cycle perpétuel d’élection-violence-dialogue
puis élection-violence-dialogue …puis élection-violence-dialogue
L’Accord politique global (APG) après avoir identifié un
certain nombre de problèmes à résoudre (caractère
républicain de l’Armée, impunité,
pardon et réconciliation nationale, réformes, …)
mentionne la nécessité d’un gouvernement
d’Union nationale pour préparer la voie d’une
démocratie sans violence au Togo. On y lit notamment :
«3.1 Les parties prenantes au Dialogue s’engagent à poursuivre
toutes les réformes visant à consolider la démocratie,
l’Etat de droit et la bonne gouvernance.
Les parties prenantes au Dialogue s’accordent pour
que le gouvernement d’Union nationale engage les réformes
dans un esprit de large consensus …
le fonctionnement régulier des institutions
républicaines;
le respect des droits humains;
la sécurité et la paix publique;
le caractère républicain de l’armée
et des forces de sécurité
l’équité et la transparence des élections à savoir
: les conditions d’éligibilité, le mode
de scrutin, le découpage électoral, le contentieux électoral,
etc.
le renforcement des moyens d’action de la Haute
autorité de l’audiovisuel et de la communication
(HAAC).»
4.1 Toutes les parties prenantes au Dialogue acceptent le
principe de la formation d’un gouvernement d’Union
nationale.
Elles proposent au président de la République
de former un gouvernement d’Union nationale ouvert aux
partis politiques et à la société civile,
dans un esprit de réconciliation nationale et de confiance
mutuelle pour la consolidation du processus d’apaisement. ….»
Il faut observer que certains signataires n’ont pas cru
devoir participer à ce gouvernement et du coup les réformes
qui nous préoccupent encore aujourd’hui n’ont
pas pu être réalisées avec toute la célérité ou
alors sont passées inaperçues.
La CDPA, en acceptant d’entrer dans le gouvernement d’ouverture
formé au lendemain des élections législatives,
avait essentiellement pour but de veiller à l’application
de l’APG et surtout à la poursuite de la réalisation
de ces réformes.
Le Chef de l’Etat, dans son message à la nation
le 17 avril 2009, a affirmé sa volonté politique
de travailler dans le sens du renforcement des acquis démocratiques
et s’est engagé à avancer sur la voie des
réformes. La CDPA prend acte de cette volonté et
de cette détermination. La CDPA estime que cet engagement
doit se poursuivre avec vigueur dans les domaines suivants:
1- les réformes politiques
La CDPA réitère son attachement au dialogue politique
pour trouver des solutions aux problèmes politiques. A
cet égard, elle prend acte de la déclaration du
Chef de l’Etat quand il dit: «Jamais plus, la
politique ne doit faire couler le sang au Togo».
La CDPA encourage la classe politique à:
revoir le régime politique du pays dans un esprit
de large consensus ;
revenir au mode de scrutin à deux tours pour les élections
présidentielles et législatives,
revenir à la limitation du nombre de mandats présidentiels
procéder rapidement à un redécoupage
qui prenne davantage en compte le poids démographique
de chaque localité
2 - la mise en place de la commission Vérité,
Justice et Réconciliation
Notre Pays a connu trop d’actes de violence politique à cause
de l’impunité. Le Togo doit enfin panser ses plaies et apaiser
les cœurs meurtris afin de rompre le cycle perpétuel d’élection-violence-dialogue
puis élection-violence-dialogue …puis élection-violence-dialogue
Après les consultations nationales et la création
de la commission «Vérité, Justice et
Réconciliation», il est donc urgent de procéder à la
nomination de ses membres et de créer les conditions de
son opérationnalisation.
3- Le statut de l’armée
La CDPA se félicite des efforts faits pour doter notre
armée de textes définissant son statut. Les tâches
de maintien de l’ordre et de sécurisation des biens
et des citoyens relèvent dorénavant des services
compétents (gendarmerie et police).
Nous demandons que ces efforts soient poursuivis et que le recrutement
aux emplois militaires confirme enfin le caractère républicain
et national de notre armée et de nos forces de sécurité.
En outre la CDPA préconise l’instauration d’un
service national afin de consolider l’esprit civique et
patriotique.
4 - la poursuite de la modernisation de la justice
Le Togo a initié un ambitieux programme de modernisation
de la Justice dans le sens d’une plus grande crédibilité.
Cet effort doit être parachevé par la création
des conditions de l’exercice d’une justice équitable
pour tous. Dorénavant les Togolais doivent être égaux
devant la loi et bénéficier d’une justice équitable.
5- la lutte contre les privilèges indus
L’Etat doit veiller à assurer une chance égale à ses
filles et à ses fils dans tous les domaines notamment,
la justice, l’éducation, la santé, la sécurité… C’est
là l’une des conditions essentielles pour une vraie
réconciliation. Pour y parvenir, l’Etat doit mettre
fin aux privilèges indus qu’ils soient claniques,
ethniques, sociaux, politiques ou économiques.
6- la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption
L’impunité en matière économique est
une gangrène au Togo. Si l’on peut saluer le retour
au principe de l’orthodoxie financière par l’adoption
d’un cadre réglementaire visant à créer
la commission de lutte contre la corruption et à mettre
en place la cour des comptes, il faut souligner l’urgence
de la mise en place effective de ces deux institutions par la
nomination de leurs membres et la création des conditions
de leur efficacité.
Suite doit aussi être donnée à l’engagement
du Togo d’adhérer au Mécanisme Africain d’Evaluation
par les Pairs (MAEP) afin de faire participer tous les citoyens à l’évaluation
de notre degré de bonne gouvernance et de créer
ainsi chez eux, l’habitude d’exiger des comptes.
Le Togo est en retard de plusieurs audits, s’agissant
de sociétés d’Etat dissoutes.
7 - la lutte contre la pauvreté
Les efforts doivent être poursuivis notamment par la réduction
de la pauvreté, le soutien aux populations rurales et
urbaines à travers des appuis multiformes à l’agriculture, à la
santé et à l’éducation.
La gratuité de l’enseignement doit se poursuivre
et se généraliser pour toutes les filles et pour
les enfants issus des familles pauvres au moins jusqu’à la
fin de l’enseignement du second degré. A terme,
il ne suffira plus de viser la réduction de la pauvreté mais
plutôt la croissance et le développement.
8- l’édification des infrastructures
Il est important d’engager les grands projets visant à doter
notre pays d’infrastructures modernes. Tout en saluant
l’évolution dans la gestion des urgences, il faut
rapidement passer à l’étape de projets structurant
notre espace national.
9 - l’emploi des jeunes et la modernisation de
l’administration
La CDPA note les efforts consentis pour la modernisation de l’administration
togolaise mise à mal par la longue crise qu’a connue
notre pays. Elle se félicite de la volonté de faire
des recrutements dans la fonction publique. Toutefois, les procédures
de recrutement doivent se faire avec plus de transparence afin
de garantir aux citoyens un accès équitable aux
emplois civils et militaires.
La CDPA estime que la poursuite des réformes prévues
par l’APG, dans un esprit de consensus, est indispensable
pour asseoir les bases d’une démocratie. C’est
dans ce sens que, dans son appel en date du 29 avril 2008, la
CDPA a exhorté la classe politique à convenir d’un
Pacte pour préparer ensemble les conditions d’une
vie démocratique et moderne au Togo.
Plus que jamais, cet appel pour préparer ensemble les
conditions d’une vie démocratique est d’actualité.
C’est en travaillant ensemble à créer ces
conditions que nous garantirons à notre pays une stabilité réelle
et un retour de la confiance mutuelle. Toute autre voie serait
sans issue pour la démocratie et le progrès économique.
Sortons du cycle perpétuel d’élection-violence-dialogue
puis élection-violence-dialogue …puis élection-violence-dialogue
Libérons enfin l’avenir!
Prof Léopold Messan GNININVI
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