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Hospice Dominique Coco:

Médecin émérite et ancien ministre de la 1ère République Togolaise

19 mai 2009

Hospice Coco, médecin et ancien ministre du gouvernement Sylvanus OlympioIl était resté fidèle à un idéal: celui de servir ses semblables dans la simplicité et la générosité. De nos jours; les hommes de conviction à l’image du médecin Hospice Imoru Dominique Abou Coco font cruellement défaut. Puisque la tendance est plus portée sur les moyens à disposer et à utiliser pour se servir au lieu de servir. Faisons alors la connaissance de celui qui fut un médecin principal africain  reconnu et ministre sous la première République togolaise.

Connu sous le diminutif de Dr Hospice Coco; il a vu le jour le 18 mai 1902 à Cotonou en ex-Dahomey (actuelle République du Bénin) d’un père Yoruba, Abou Dominique Coco ; né lui –même  à Aného au quartier Manyan  vers 1872 (contremaître au wharf de Cotonou et  chargé du recrutement bisannuel des canotiers) et d’une  mère, Agnès Gustav Hausmann née de la liaison entre Jérôme Gustave Hausmann et de Wlanvi Zossoungbo. Guidé par une juvénile enthousiasme  et dans le souci de mieux connaître le pays natal de son géniteur ; que l’ami d’enfance du syndicaliste Paulin Sêvi Akouété; avait décidé de s’installer et de servir le Togo.

Brillant et discipliné; Hospice Imoru Dominique Abou Coco a étudié à l’Ecole Africaine de Médecine et de Pharmacie de Dakar au Sénégal. Il en est sorti major de la première promotion dans les années 20. «Faites comme Dominique Hospice Coco»; ainsi pouvait –on lire à l’entrée de l’école; une manière pour le personnel enseignant d’inciter les promotions suivantes à s’appliquer Au terme de son cursus; le jeune médecin avait à choisir entre la colonie et le territoire sous mandat de la France. Il opte pour le Togo dont il foulera le sol le 25 janvier 1923, avec la ville d’Atakpamé pour premier poste d’affectation. Médecin pratiquant, on le verra  en qualité de chef de subdivision sanitaire notamment à Kpalimé, Aného, Sokodé, Mango, Tsévié avant de partir de nouveau pour le Sénégal pour un stage de perfectionnement  en 1932

Ayant succombé aux chimères de la politique coloniale d’assimilation. Hospice Dominique Coco postula la nationalité française afin de jouir des droits et libertés des citoyens français. Il obtint sa nationalité par décret signé en novembre 1929. «  Je n’en suis pas moins resté Africain dans l’âme », dira l’éminent médecin. Tout ce qui advenait à ses compatriotes africains ; l’intéressait au plus haut point. Aussi, a-t-il été révolté par les conclusions  des travaux de la Conférence de Brazzaville du 30 janvier au 8 février 1944.  Il se lancera alors en politique en contribuant à la lutte du peuple togolais pour la liberté et l’indépendance. Il renonça plus tard en septembre 1961  à la nationalité française.

Un parcours linéaire et cohérent
L’entrée en politique de Dominique Imoru Hospice Abou Coco s’était amorcée d’une part aux côtés de Sylvanus Olympio dont il était par ailleurs le médecin de famille et les nationalistes togolais et, d’autre part; avec une partie de l’élite dahoméenne (béninoise) notamment Boniface  de Campos, Sourou Migan Apity , Emile Derlin Zinsou, Augustin Azango…Lors de  l’élection en 1947, des députés de la 1ère Assemblée représentative du Togo ( RAT); Sylvanus Olympio fut porté  à la présidence . Quant à Hospice Coco, il est élu Rapporteur de la Commission du Budget et plus tard, président de la Commission permanente par suite de nombreuses occupations du Président Olympio. Cela va durer de 1947 à 1951.

Il faut noter que  la participation du Major de la Première promotion de l’Ecole Africaine de Médecine et de Pharmacie de Dakar au Sénégal ; à la lutte du peuple togolais pour la liberté et l’indépendance; était prise pour un affront par l’administration coloniale. Pour se débarrasser de lui; cette administration avait profité d’un congé dont était bénéficiaire Hospice Coco pour décider de le muter après trente années de service interrompu en terre togolaise. Par arrêté ministériel daté du 23 mai 1953, il était remis à la disposition du Haut Commissaire de la République française en AOF, avec affectation au Dahomey (Bénin) voisin.

Une mutation expressément exigée par le Gouverneur Laurent Elisée Péchoux ;Haut Commissaire  de la République au Togo, reconnu pour être  «le spécialiste de la répression coloniale». Motif invoqué: Manque de respect et tenue de propos injurieux à l’égard de l’administration coloniale. Flagrante injustice! A l’époque ; trois postes de médecin africain, étaient définitivement vacants au Togo. Le médecin Hospice Coco refusa de rejoindre son nouveau poste d’affectation et pour s’éviter des tracasseries administratives, il déposa sa démission le 6 novembre 1954 du cadre des médecins pour s’installer à titre privé dans un cabinet «La Pitié»; ouvert  à son domicile situé au 36 rue Vauban (quartier Aguiarkomé à Lomé.)  La démission n’étant pas acceptée ; il sera mis à la retraite anticipée le 6  mai 1955.

A la formation du nouveau gouvernement après la victoire des partis nationalistes aux élections législatives d’avril 1958 ; Sylvanus Epiphanio Olympio, le leader du Comité de l’Unité Togolaise (CUT)  fit appel à Dominique Hospice Coco, nommé au poste de ministre du Commerce, de l’Industrie, du Plan et du Développement de 1958 à 1961. Mis en service quelques années auparavant; le  cabinet médical «La Pitié» était en plein essor ; mais le médecin Hospice Coco dut tout abandonner  pour servir la République. Promu plus tard ; ministre des Finances et des Affaires économiques, il allait découvrir que son indice salarial était inférieur à ceux de tous ses collègues plus jeunes dans la carrière médicale: Des indices variant de 2310 à 2650 alors que le sien était de 2090 pour trente trois  ans cinq mois et vingt – quatre jours de carrière.

Homme d’une extrême rigueur; la gestion des finances publiques sous le ministre Hospice Coco, donna l’opportunité au régime Olympio d’autofinancer les dépenses de fonctionnement de l’appareil étatique; ceci en mettant fin à l’humiliante pratique de recours aux subventions  de l’ex - puissance coloniale. Cela motiva les autorités de la 1ère République togolaise; d’instituer une monnaie nationale «le Franc togolais» rattaché au franc allemand; le Mark. Tout était fin prêt  pour la concrétisation du rêve! Mais l’autonomie financière  voulue sous la 1ère République Togolaise ne sera pas traduite  dans les faits.

Aussi soucieux de faire du Togo; une véritable place financière sur la côte ouest-africaine; le président Olympio est lâchement assassiné au petit matin du 13 janvier 1963  par un groupe de soldats désargentés, revenus d’Indochine et d’Algérie et soutenus par la France. L’homme d’Etat togolais s’apprêtait à se rendre le lendemain à Monrovia pour discuter avec son homologue William Tubman de projets ayant trait au développement de l’Afrique ;la création notamment de l’OUA ( aujourd’hui Union africaine ) et au niveau régional ; d’une union économique (l’on s’en inspira plus tard pour jeter les bases de la Cedeao créée en mai 1975 à Lagos au Nigeria).

Le ministre Hospice Coco devait se rendre à Paris pour parapher le nouvel accord monétaire instituant le Franc togolais. Mais au  lendemain de l’assassinat du président Olympio ; il sera arrêté ensemble avec son collègue Paulin Freitas ; le ministre d’Etat Paulin Freitas, chargé des  Affaires étrangères devant les anciens locaux de l’Ambassade d’Amérique (Angles  Rues Vauban et Pelletier Caventou) et écroués au camp de la gendarmerie à Lomé avant de recouvrer la liberté en avril 1963. Dès sa libération; l’ancien étudiant à l’Ecole Africaine de Médecine et de Pharmacie de Dakar au Sénégal, retourna de nouveau à sa passion; la médecine. Pour soulager des vies humaines jusqu’en 1984.
 
Un homme de conviction , un modèle de probité
Des témoins avisés ont évoqué le parcours linéaire et cohérent de l’homme. Le médecin Hospice Imoru Dominique Abou Coco était un rare modèle de probité sur bien de plans: professionnel, politique, personnel… Il fut déchu de toutes les distinctions honorifiques à lui décernées sur le plan togolais; pour refus de la compromission. Et lorsque le régime Eyadèma institua  dans les années 80; la série de rencontres avec les dignitaires des régimes politiques précédents. Lucide, en dépit de son âge avancé; l’ancien ministre Hospice Coco était toujours resté à lui-même dans ses prises de parole lors de ces rencontres qui se tenaient au Palais de la présidence. Pour prouver son désintérêt pour le matériel; il avait pris le «périlleux risque» de faire don  du contenu des enveloppes  (geste présidentiel); aux enfants dans le besoin de la Pouponnière de Lomé- Tokoin. Décédé le 21 juillet 1995 dans sa 94è année, il est inhumé au cimetière de la Plage à Lomé.

Figure légendaire au sein de la pléiade d’anciens élèves sortis de l’Ecole Africaine de Médecine et de Pharmacie de Dakar ; vient du Togo. Le «médecin du quartier Aguiarkomé» (Aguiarkomé be dokita)  l’a bien signifié dans une autobiographie laissée à la postérité ; que nul ne peut prétendre à la réécriture de l’histoire togolaise.  Le Togo est mon pays. Du sang togolais coule dans mes veines. Il y a vécu de 1923 jusqu’à son décès en juillet 1995 ; après lui  avoir  consacré tout son enthousiasme et participé aux luttes pour l’indépendance.

Il n’y a pas d’ethnie pure au Togo; la «Terre de nos aïeux» comme l’a remarquablement souligné Michel N’Buéké Goeh- Akué; éminent professeur d’Histoire contemporaine à l’Université de Lomé. La quarantaine d’ethnies qui s’y trouvent sont mêlées les unes aux autres. Nous sommes des hybrides dont la richesse découle précisément des différences multiculturelles.

Ekoué Satchivi


 

 

 

 

 

 

           

           

 

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