Processus électoral de 2010:
Vers le sabordage des réformes
institutionnelles et constitutionnelles
22 mai 2009
Depuis quelques jours, on en sait un peu plus sur la date de
la tenue du scrutin présidentiel de 2010. La Cour Constitutionnelle
est venue préciser une fourchette, du 18 février
au 5 mars 2010, comme devant voir le scrutin organisé.
Cette sortie de l’institution d’Aboudou Assouma a
le mérite de mettre un terme aux spéculations autour
de cette date, mais met à jour par la même occasion
un autre problème non moins sérieux, celui du sort
des réformes recommandées par l’Accord Politique
Global (APG).
En effet, l’APG signé le 20 août 2006 avait
le mérite de jeter les bases d’élections
apaisées au Togo. Il était recommandé une
série de réformes institutionnelles et constitutionnelles
visant à consolider la démocratie, l’Etat
de droit et la bonne gouvernance.
Sur le plan institutionnel, étaient visées les
questions d’intérêt national comme le fonctionnement
régulier des institutions républicaines, le respect
des droits humains, le caractère républicain de
l’armée et des Forces de sécurité,
les conditions d’éligibilité aux élections,
le mode de scrutin, le découpage électoral, le
contentieux électoral.
Les parties prenantes aux dialogues se sont également
engagées à étudier la révision constitutionnelle,
notamment le régime politique, la nomination et les prérogatives
du Premier ministre, les conditions d’éligibilité du
Président de la République, la durée et
la limitation du mandat présidentiel, l’institution
d’un sénat, la réforme de la Cour Constitutionnelle.
Autant de chantiers auxquels s’ajoutent la lutte contre
l’impunité, le processus Vérité-Justice-Réconciliation,
entre autres.
Il est constant que les discussions sur ces questions durent
dans le temps. Le drame aujourd’hui est qu’on ne
dispose plus d’assez de temps. Il ne reste qu’à peine
dix (10) mois pour l’organisation de ce scrutin. Un délai
assez court. Le Cadre Permanent de Dialogue et de Concertation
(CPDC) créé au forceps en février 2009 et
qui a entamé les débats, est entré en hibernation
durant un bon moment et n’a qu’à peine ébauché le
chantier. Même s’il est censé reprendre ses
travaux incessamment, on a bien peur qu’ils n’apportent
aucune avancée. On évolue donc vers le sabordage
de ces réformes.
Les mêmes causes risquent de produire les mêmes
effets. La volonté d’exclusion dont a toujours fait
preuve le clan Gnassingbé est à l’origine
des crises sociopolitiques. Des écueils discriminatoires
ont été introduits dans la Constitution et dans
le Code électoral juste pour écarter un candidat,
Gilchrist Olympio. Et justement «toutes les Parties
prenantes au Dialogue ont reconnu la nécessité d’apporter
au cadre électoral en vigueur les aménagements
nécessaires pour garantir un processus électoral
libre, démocratique et transparent, ouvert à tous
les Togolais.
A cet égard, elles ont convenu que des dispositions
relatives aux délais de résidence et à l’exigence
de présenter une copie légalisée de l’acte
de renonciation à toute nationalité étrangère
dont le candidat pourrait être titulaire soient supprimées
pour les prochaines législatives», stipule
l’APG en son point 1.2.2. Mais l’exclusion risque
encore d’être au rendez-vous, en l’état
actuel des choses.
Ces critères ne sont pas supprimés, comme le recommande
l’APG et le clan au pouvoir n’en manifeste d’ailleurs
aucune volonté. Ses tenants réclament à tout
bout de champ le passage par l’Assemblée nationale
pour ce faire, sachant le RPT majoritaire. On se cachera certainement
derrière la Loi constitutionnelle pour écarter
d’éventuels concurrents.
Mais c’est oublier que c’est parce qu’il y
a eu des problèmes que le Dialogue national s’est
posé comme une étape nécessaire, et l’APG
a le mérite de décrisper un tant soit peu l’atmosphère
politique togolaise. Les écueils discriminatoires étaient
introduits à l’époque dans la Constitution
par le RPT pour écarter un rival, Gilchrist Olympio. Mais
aujourd’hui en l’état actuel des choses, c’est
deux (02) voire plusieurs candidats qui seront écartés
de la course en 2010. Outre le leader de l’Union des Forces
de Changement (UFC), le patron de Sursaut-Togo, Kofi Yamgnane
qui a dévoilé ses intentions, sera frappé par
le critère de résidence et de double nationalité.
Il ne reste que dix (10) mois pour le scrutin, alors que le
délai de résidence est de douze (12) mois. Il y
a déjà problème. Au-delà de ces leaders,
c’est toute la diaspora togolaise qui sera écartée
de ce scrutin pour lequel il a commencé à se mobiliser
depuis un bon bout de temps, à travers des réflexions,
des rencontres citoyennes et des propositions tous azimuts. Ce
scrutin que l’on veut crédible, apaisé et
consensuel partirait sur de fausses bases. Les frustrations et
les rancœurs seront davantage attisées et les mêmes
causes risquent de produire les mêmes effets. Un autre
dialogue serait initié après l’élection,
pour un éternel recommencement.
Pablo E.
|