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Togo: Dilapidation des fonds publics: Pour étouffer
la grogne de ses frères
Faure Gnassingbé distribue 800
millions à chacun des membres de la fratrie
02 juin 2009
Drame, véritable drame social au Togo! C’est ce
que vivent des millions de Togolais depuis des lustres et qui
s’est renforcé depuis ces quatre dernières
années. Nous ne le regretterons jamais assez, à l’arrivée
de Gilbert Houngbo que Faure avait, avec hypocrisie, brandi aux
Togolais et aux bailleurs de fonds comme étant l’homme
de la situation et devant l’épauler en vue de sortir
les compatriotes de la misère, le Premier Ministre avait
donné des signes d’une volonté certaine
de préparer les togolais à renouer avec le bonheur.
Ne l’avait-on pas vu au début, faisant l’effort
d’approcher la masse, l’interrogeant dans le but
de s’imprégner des problèmes liés à son
vécu quotidien? Très vite, ceux qu’on peut
qualifier dans ce pays de velléitaires, lui ont brandi
le carton jaune. Très tôt, le poltron est entré dans
sa coquille, reniant ses convictions profondes pourtant salutaires
pour ce petit peuple qu’on s’est toujours arrangé avec
la complicité de la Communauté internationale, à faire
mine d’aider à sortir de sa crise et aller vers
le développement et l’épanouissement.
Ces derniers temps, l’information qui circule à Lomé après
ce qu’on appelle «le putsch de Pâques»,
fait état de distribution de la somme de huit cent millions
de francs CFA à chaque enfant de la progéniture
de feu Gnassingbé Eyadèma. Ne nous demandez surtout
pas, combien d’enfants doivent bénéficier
de cette manne! Et ce n’est que partiel. Partout où les
causeries abordent la misère dans laquelle végètent
au moins 95% des ménages togolais, cette révélation
irrite, tout comme cela avait énervé les compatriotes
lorsque Faure Gnassingbé s’est payé le luxe
de se doter en 2008 d’une voiture présidentielle
d’un montant de plus d’un milliard de nos francs.
Cette information a été rendue accessible aux
togolais grâce au précieux travail d’information
fait par le confrère Tribune d’Afrique du
mois de mai 2009 dans son édition n° 052. «Dans
l’entourage (de Kpatcha ndlr), on évoque
aussi le problème lié à l’inventaire
des biens et la fortune colossale laissée par le dictateur
et planquée dans des banques occidentales, asiatiques,
dans les pays arabes et en Afrique du sud. Mandaté par
les autres membres de la fratrie à qui il assure le quotidien,
l’ancien ministre de la Défense exige la répartition
du butin laissé par le Général défunt.
Mais Faure ne veut pas entendre raison. Plusieurs chefs d’Etats
de la sous région lui ont en vain prodigué des
conseils pour faire une équitable répartition,
afin de ramener la concorde au sein de la famille, mais rien
n’y fit», rapporte le mensuel.
«Récemment, Faure aurait fait venir une part
du gâteau et dont il aurait gratifié chaque membre
de la fratrie d’une somme de 800 millions de
francs CFA mais le député Kpatcha a
refusé de prendre part à cette répartition
et exige l’inventaire exhaustif des biens et leur égale
répartition», précise «Tribune
d’Afrique». De quoi faire dresser les
cheveux sur la tête de plus d’un togolais condamné depuis
des lustres à trimer dur sans pouvoir venir à bout
de la misère. Quel crime, ce peuple laborieux, pas paresseux,
a-t-il commis pour mériter un si triste sort qui condamne
chaque togolais, à l’exception d’une toute
petite minorité, à payer juste ses dettes à la
fin du mois et à vivre de mendicité ou d’emprunt,
attendant la fin du mois prochain?
Jusqu’à quand durera encore une situation qui
tue l’espérance et condamne certains à abandonner
le combat pour la survie et le mieux-être, emportés
presque quotidiennement par des maladies bénignes et qui
de nos jours ne tuent plus? Pourquoi des gens de peu d’efforts,
des gens qui n’auront pas transpiré une seule fois
de leur vie, doivent s’entourer de tous les biens générés
par la transpiration des pauvres togolais, alors que ces derniers
doivent être condamnés à la privation à perpétuité?
Pourquoi le revenu national et les ressources du pays ne peuvent-ils
pas profiter à tous les fils de ce pays? Au nom de quelle
loi, un chef d’Etat, peut-il amasser des fortunes pendant
des décennies sur le dos de tout un peuple, alors qu’il était
tout démuni en accédant au pouvoir? Au nom de quoi?
Qu’on nous le dise!
Le pays, nous l’espérons est inexorablement engagé sur
le chemin devant conduire à la fin de cette pratique
honteuse qui consiste à croire ou à faire croire
qu’on accède au pouvoir pour s’enrichir, pour
faire fortune. Au nom de cela, le RPT devra être balayé par
un vote-sanction en 2010 et le monde entier devra être
témoin et soutenir l’événement. On
ne gère pas un pays, une nation comme une épicerie
personnelle. La génération des honnêtes citoyens
ayant le sens de la gestion du bien public est attendue en 2010.
Dans les pays civilisés, les pays où l’on
place l’intérêt national avant toute chose,
il est question de déclaration des biens à toute
prise de pouvoir et en fin de mandat, on procède à un
contrôle. L’autre conception, c’est celle des
voleurs, des pilleurs éhontés, des auteurs de crimes économiques,
des aventuriers politiques, qui méritent d’ailleurs
d’être recherchés à travers le monde.
Nous étions à Kara en février 1992, soit
quelques mois après la Conférence Nationale dite
souveraine. Le chef de l’Etat défunt, malmené au
sortir de cette assise nationale, ne savait plus à quel
saint se vouer, tellement, pareille situation, il n’en
avait jamais connue auparavant. Il rassembla la population à sa
résidence privée de Pya pour lui parler.
Il lui fit croire que tout ce qu’il faisait c’était
prioritairement pour eux, les Kabyè, et que lui personnellement
ne manquait de rien, histoire de mendier leur soutien dans l’épreuve
difficile qu’il traversait.
L’intervention était faite en français.
Nous y avions pris part, par pure curiosité cette matinée
du mois de février aux environs de 9h. C’est alors
que, pour faire croire à l’assistance que ce qu’il
leur disait était fondé, il passa le microphone à l’un
de ses fils qui était à ses côtés
sur le balcon. Il devait avoir en 1992 entre 10 et 12 ans au
maximum. Et sa question fut la suivante : «Combien
as-tu sur ton compte?» et l’enfant de répondre: «huit
milliards». Tenez-vous bien, à l’époque
un tel montant sur le compte d’un garçonnet! Après
17 ans, imaginez combien de milliards cet enfant doit avoir sur
son compte aujourd’hui!
Est-ce normal que tout ce monde soit aujourd’hui indifférent à la
souffrance des pauvres Togolais qui mangent difficilement trois
fois par jour? Est-ce normal que ceux-là aujourd’hui,
occupent les postes qui constituent l’épine dorsale
de l’économie togolaise et cumulativement avec d’autres
postes accessoires? Pour amasser encore quelle richesse, quel
trésor?
Alors la foule, drôlement et curieusement hystérique,
se fondit en applaudissements et en cris de joie. Nous y étions à l’époque
en tourisme en compagnie d’un ami expatrié. Etonné,
celui-ci se tourna vers nous, sourit et demanda: «Mon
ami, mais quelle est leur part dans les huit milliards?».
Ce cinéma, je m’en rappelle comme si cela datait
d’hier. Voilà le grand paradoxe dans lequel on a
conduit ce peuple des décennies durant. Voilà l’une
des aberrations de notre cher «Or de l’Humanité».
Ceux qui avaient applaudi, peut-être ne rentreraient chez
eux qu’avec 1000F ou 2000Fcfa par tête, de quoi se
réjouir le temps d’une journée et puis
se replonger dans leur misère qui fait le lit du bonheur
des autres. Quelle part prenaient- ils, eux, sur les huit milliards?
Combien avaient-ils, eux, sur leur compte? C’est ainsi
que dans ce pays, on s’est accroché aveuglément à la
division du pays en un nord et en un sud, entre Kabyè et «Ahouna»,
pour tout simplement asseoir son pouvoir personnel, en maintenant
tout un peuple dans la misère.
Les rues sont ce qu’elles sont, les hôpitaux non équipés
pullulent et sont devenus des mouroirs, les salles de classe
sont là avec leurs effectifs pléthoriques, des écoles
d’initiative locale en pays kabyè encore à l’état
embryonnaire en 2009, l’absence d’eau potable est
encore une réalité dans les villes et villages,
de nombreuses villes et rues ne connaissent pas d’électrification,
etc. la liste est longue. Voilà le triste décor
qui mérite qu’on y ajoute les nouvelles rues en
latérite (la nouvelle trouvaille de Faure et Gilbert le
PM) en pleine capitale et un service des Sapeurs-pompiers inefficace, à cause
de l’incapacité des autorités à se
soucier du bien et de la survie du peuple par un meilleur équipement
et un meilleur dispatching lié à l’extension
de la ville de Lomé. Bravo au régime et bravo au «Père
de la nation!» qui a vraiment aimé la nation
et son peuple, en privilégiant ses propres fruits biologiques
au détriment du peuple.
De grâce, les Togolais souffrent excessivement et aimeraient
que ceux qui sont devenus les «nouveaux riches» par
accident, arrêtent de les narguer. Nous pensons notamment à ceux
qui se lèvent du jour au lendemain et prétendent
faire œuvre de bienfaisance en construisant des écoles,
créant des bornes-fontaines, fabriquant des tables-bancs
pour des écoles, etc. Y a-t-il dans ces œuvres
une reconnaissance à manifester? A chacun de trouver sa
propre réponse à cette interrogation. Nous ne terminerons
pas sans révéler la scène qui nous a révolté et
inspiré le présent article et les critiques.
Une personne à qui nous avons rendu visite la semaine écoulée,
nous avait presque fait verser des larmes par la misère
dans laquelle la dame et son mari (un fonctionnaire à la
retraite) végètent avec leurs enfants dont l’un était
gravement malade. Les parents misaient sur la générosité d’un
voisin qui devait rentrer de voyage le lendemain. Ils n’avaient
presque rien à la maison. Nos deux mille francs de misère
ont été salués comme une fortune qu’ils
venaient de ramasser. Messieurs les Seigneurs, princes
et princesses, multipliez s’il vous plaît, ce cas
par mille, dix mille, cent mille etc et vous verrez. Au demeurant,
les biens du pays doivent profiter à tous les Togolais
et non à un clan! Mais aux plus méritants.
Alain SIMOUBA
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