Après des années de dictature:
Le Gabon, par son gouvernement confirme qu'Omar
Bongo est mort
08 juin 2009
Omar Bongo Ondimba, doyen des chefs d'Etat africains, est mort
lundi en début d'après-midi à Barcelone à l'âge
de 73 ans, selon un message écrit du Premier ministre
gabonais remis en main propre aux journalistes sur place, ce
lundi après-midi.
"C'est à 14h30 que l'équipe médicale
m'a informé, ainsi que les officiels et membres de la
famille présents, que le président de la République,
chef de l'Etat, Omar Bongo Ondimba, venait de rendre l'âme
des suites d'un arrêt cardiaque", indique ce
message du Premier ministre Jean Eyeghe Ndong.
Le président gabonais est décédé lundi à 14h à Barcelone,
ont rapporté le journal catalan La Vanguardia et l'agence
espagnole Europa Press, citant des sources anonymes proches de
son entourage.
Omar Bongo, au pouvoir depuis près de 42 ans, "est
décédé à la clinique Quiron de
Barcelone où il était soigné pour un cancer" intestinal
depuis environ un mois, a notamment indiqué le quotidien
La Vanguardia sur son édition en ligne.
Fin de la confusion
Jusqu'à cette nouvelle annonce officielle du gouvernement
de Libreville, la confusion régnait.
Une première annonce du décès d'Omar Bongo
avait été faite en France, dans la nuit de dimanche à lundi.
Le site internet du magazine Le Point avait annoncé dimanche
soir son décès, citant une source proche de son
entourage.
Puis le Premier ministre gabonais avait assuré lundi
matin à Barcelone que le président Bongo était "bien
en vie". Une source diplomatique espagnole avait confirmé ce
démenti, ce lundi matin.
LEXPRESS.fr
Omar Bongo: une vie au pouvoir
El Hadj Omar Bongo était l'un des derniers dinosaures
de la Françafrique. Retour sur l'homme et sur sa très
longue carrière politique.
Rien ne prédisposait Albert-Bernard Bongo, né en
1935 dans une famille de paysans de la province du Haut-Ogooué, à cette
fulgurante et exceptionnelle carrière politique.
Après des études secondaires à Brazzaville,
alors capitale de l'Afrique équatoriale française,
un service militaire au Tchad, il travaille comme commis des
postes avant d'être remarqué par Léon Mba.
Le premier président du Gabon en fait son directeur de
cabinet. L’ascension est rapide. En 1967, devenu vice-président,
il est propulsé grâce à la France à la
tête du Gabon, après le décès de Léon
Mba.
Issu d'un sous clan Batéké, très minoritaire,
le président Bongo va alors mener le pays sans tolérer
d'opposition, mais en fin tacticien. Le Parti démocratique
gabonais (PDG) sera le socle du monopartisme jusqu'en 1990.
Franc-maçon depuis 1965, converti à l'islam en
1973, il devient El-Hadj Omar Bongo. Dans ces années-là,
l'or noir coule à flot lui permettant de transformer son
petit pays en émirat pétrolier. Vingt ans plus
tard, l'avènement du multipartisme et l'entrée
de l'opposition dans le gouvernement ne changeront pas la manière
de diriger de cet homme de clan, ami de nombreux dirigeants français.
Ses successives réélections jusqu'à la dernière,
en 2005, seront toutes marquées par des accusations de
fraudes. Mais en distribuant avantages et privilèges,
le plus vieil ami de Paris aura réussi à rallier
dans son camp bon nombre de ses opposants.
Omar Bongo et la France
Ces dernières décennies, personne n'a mieux incarné les
liens intimes entre la France et l'Afrique qu'Omar Bongo. Ce
sont plus de 40 ans de relations très particulières
entre l'ancienne puissance coloniale et son meilleur allié sur
le continent africain.
Jamais sans doute, un chef d'Etat africain n'aura été aussi
proche, pour ne pas dire plus, des cercles du pouvoir français.
Et c'est d'ailleurs l'une des éminences grises de la Ve
République qui lui met le pied à l'étrier.
Celui qui s'appelait à l'époque Albert Bernard
Bongo succède en 1967 au premier président Gabonais,
Léon Mba, avec la bénédiction du tout puissant
monsieur Afrique du général De Gaulle. Jacques
Foccart a pour le moins une très forte influence sur le
nouveau président gabonais.
Dans ses mémoires M. Foccart racontera en ces termes
un entretien avec le président gabonais, en visite à Paris,
en avril 1968: «Bongo vient comme prévu à 10h30
et il ne part que vers 18h. C'est dire que nous avons de très
longues conversations, qui manifestement sont essentielles, car
nous avons pu mettre au point beaucoup de choses sur la
politique que le Gabon doit suivre».
Le jeune président - il n'a que 32 ans - va fonder le
parti unique, le PDG (parti démocratique gabonais) sur
lequel il va s'appuyer pour régner en maitre. Pendant
plus de vingt ans, le Gabon, transformé en eldorado pétrolier
sous la houlette de la société Elf, va être
le pivot de la politique africaine de la France.
C'est l'âge d'or de la françafrique, expression
créée pour illustrer les relations incestueuses
entre Paris et les capitales du pré carré. «Le
Gabon sans la France, c’est une voiture sans chauffeur,
la France sans le Gabon, c’est une voiture sans carburant», écrivait
dans les années 80 Omar Bongo, au faite de sa gloire et
de sa puissance.
L'accession du socialiste François Mitterrand à la
magistrature suprême en 1981 ne changera rien. Roland Dumas,
avocat, ami de François Mitterrand et chef de la diplomatie
française, maintient le lien entre Paris et Libreville
durant le premier septennat socialiste.
L'heure de la contestation
Il faudra attendre 1990 et le discours du même Mitterrand à la
Baule, pour que le régime de parti unique du président
Bongo soit ébranlé. Sous la pression de la rue,
et notamment d'émeutes dans la cité pétrolière
de Port Gentil, le multipartisme est instauré. Mais grâce à un
système clientéliste bien huilé, Omar Bongo
va réussir à se maintenir au pouvoir. Les opposants
les plus irréductibles finissent par rentrer dans le rang.
En 2002, l'un des plus farouches opposants au régime,
le Père Paul Mba Abessole entre au gouvernement.
Les élections présidentielles se suivent et se
ressemblent. Omar Bongo Onimba est réélu sur fond
de contestations sans lendemain. Mais à l'abri des regards
indiscrets, dans les villas hollywoodiennes des barons du régime,
la guerre de succession se prépare. Plusieurs dignitaires
du système, mais aussi le fils du président, Ali
Bongo, ministre de la Défense, fourbissent leurs
armes.
L'un des membres du premier cercle, fidèle parmi les
fidèles, fait défection. Zackarie Myboto, quitte
l'ex parti unique et crée son propre mouvement politique.
Le palais de marbre qui surplombe l'océan se transforme
alors en théâtre d'ombres, où les clans s'affrontent à fleurets
mouchetés.
Le temps des affaires
Soutenu par son ami, Jacques Chirac, Omar Bongo affronte en 2001,
une tempête politico-diplomatique avec le grand déballage
de «l'affaire Elf». De fins connaisseurs
des arcanes de la vie politique gabonaise se retrouvent dans
le box des accusés. Roland Dumas, Loik Le Floch Prigent,
Alfred Sirevn et André Tarallo, le Monsieur Afrique
d'Elf. Les tensions entre Paris et Libreville persistent. Omar
Bongo assiste, dépité, à l'affadissement
des relations franco-gabonaises.
Le président Bongo devient la cible de plusieurs ONG
qui critiquent sa gestion. Pire, son patrimoine immobilier à Paris
fait l'objet de procédures judiciaire... Nicolas Sarkozy,
adepte de la «rupture» lors de son accession à la
magistrature suprême, tente d'apaiser la colère
de ce vieil allié, dont les secrets pourraient embarrasser
beaucoup de dirigeants français, de droite comme de gauche.
Omar Bongo apparait de plus en plus fatigué. Il ne supportera
pas le décès d’Edith Lucie Bongo Ondimba,
au Maroc le 14 mars dernier. Très affaibli, Omar Bongo
sera évacué vers une clinique espagnole, à Barcelone,
officiellement pour «se ressourcer dans le repos».
Economie: la fin du tout pétrole
Lors de la prise du pouvoir du président Omar Bongo, en
1967, le Gabon était l'un des pays africains les plus
riches en ressources minières. Mais, depuis dix ans, l'économie
de ce petit pays d'Afrique centrale subit les effets du déclin
de sa production pétrolière.
Avant même l'indépendance, en 1960, les richesses
du Gabon sont bien connues et exploitées. Pétrole,
fer, manganèse, bois et bien d'autres encore. Mais à la
fin des années 1990, beaucoup d'exploitations s'essoufflent.
En 1997, la production pétrolière amorce son déclin.
Le Gabon a fait les beaux jours de la compagnie française
Elf. Le groupe français Total et l'anglo-néerlandais
Shell ont, depuis, pris le relais.
Libreville reste tout de même, aujourd'hui, le 37e producteur
mondial et le cinquième du continent. Selon les chiffres
officiels, sa production s'élèverait cette année à un
peu moins de treize millions de barils par an, bien loin du Nigeria,
le numéro un africain, qui plafonne à deux millions
de barils par jour.
En 1999, nouveau coup dur : les mines d'uranium de Mounana ferment.
Elles étaient exploitées par une filiale du groupe
français Areva, qui a repris, ces dernières années,
la prospection dans le pays.
Autre signe du «déclin» gabonais,
entre 1990 et 2005, le pays a perdu 32 places dans le classement
mondial sur l'indice de développement humain du Programme
des Nations unies pour le développement (PNUD). En 2008,
le Gabon, dont la population ne dépasse guère le
million d’habitants, est 119e sur 177. Près d’un
tiers de sa population reste sous le seuil de pauvreté,
même si le produit intérieur brut (PIB) par habitant
est évalué à 5 000 dollars, toujours selon
le PNUD. La pauvreté gagne même du terrain, selon
le rapport de l'OCDE de 2006.
L'espoir d'un renouveau gabonais passe ces dernières
années une nouvelle fois par les ressources minières.
Notamment grâce à la mine de fer de Belinga, l'un
des plus grands gisements au monde, dont l'exploitation revient à une
compagnie chinoise d'Etat.
RFI
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