Togo: Rififi politico-économique
entre hommes d'affaires français à Lomé:
Duypuydauby publie
des documents compromettants pour le régime Gnassingbé
19 juin 2009
Une bagarre oppose depuis des années une société de
Vincent Bolloré et une compagnie espagnole qui se disputent
le contrôle du port de Lomé, sur fond de relations
complexes entre Paris et ses anciennes colonies et d'éventuels
relais politiques.
L'affaire a culminé fin mai avec la chute soudaine à Lomé de
l'homme d'affaire Jacques Dupuydauby, propriétaire de
la compagnie Progosa. La soixantaine énergique, il était
très en cour du temps du président Gnassingbé Eyadèma.
Ses sociétés SE2M et SE3M contrôlaient depuis
2001 une grande part de l'activité du port de Lomé.
"J'étais encore tout beau il y a dix jours.
Et très intime avec Faure Gnassingbé (le
président togolais, fils d'Eyadèma) depuis
dix ans", a affirmé l'homme d'affaire joint
par téléphone à Séville, siège
de sa compagnie.
Alors qu'il est au Burkina Faso pour rencontrer le président
Blaise Compaoré, ses comptes et documents sont saisis
et SE2M et SE3M sont placées, affirme-t-il, sous le contrôle
d'un administrateur provisoire, le représentant local
du puissant groupe de l'homme d'affaire français Vincent
Bolloré.
"On a simplement repris le contrôle effectif
des sociétés", selon l'avocat de Bolloré,
Olivier Baratelli.
Accusé par le site internet officiel republicoftogo d'avoir
pris la fuite, M. Dupuydauby dément le 29 mai dans une
lettre au président Gnassingbé: "Vous
avez été témoin de la présence de
mon avion au côté du vôtre, sur l'aéroport
de Lomé (...) et plus tard sur l'aéroport de Ouagadougou
puisque nous sommes partis pour la même destination à un
quart d'heure d'intervalle afin d'y rencontrer la même
personne".
Interrogé sur un mandat d'arrêt international contre
lui et son fils, l'homme d'affaire, qui jouit de la double nationalité française
et espagnole, dit s'être "mis à la disposition
de la justice espagnole et d'Interpol". "Mais
personne n'était informé de rien", dit-il
encore en accusant un juriste français proche du régime
togolais, Charles Debbasch, d'avoir monté une "machination".
"M. Charles Debbasch n'a rien à voir dans ce
dossier", a rétorqué vendredi le procureur
de la république togolaise, Robert Bakaï.
"M. Dupuydauby a bel et bien fui au moment où la
machine judiciaire allait se mettre en branle", a-t-il
ajouté.
"Même si c'est David contre Goliath, je suis
très déterminé", affirme M.
Dupuydauby qui a mis en ligne une lettre de janvier 2005 du
ministre de l'équipement de l'époque, l'actuel
président, qui lui renouvelait son appui.
Vincent Bolloré, un ami personnel du président
français Nicolas Sarkozy, et Jacques Dupuydauby, intime
du défunt général Eyadèma, ont un
temps collaboré mais se livrent depuis plusieurs années
une bataille féroce pour le contrôle des ports ouest-africains.
En témoigne l'incarcération pendant trois jours
en 2006 à Lomé de quatre dirigeants de Bolloré,
inculpés de "corruption" de magistrat dans le
but d'écarter Progosa.
Les démêlés de Progosa avec Bolloré,
par avocats interposés, ne se limitent pas au Togo. En
2006, Dupuydauby avait déposé plainte contre X
pour "favoritisme et corruption" suite à l'attribution
pour 15 ans en 2003 à Bolloré et au géant
danois Maersk du terminal conteneurs du port camerounais de Douala.
Evincé du Togo où un retour semble des plus difficiles,
l'homme d'affaire ne désarme pas, dit détenir des "documents
très embêtants" et affirme attendre des "émissaires" du
gouvernement togolais en Espagne.
Pour l'avocat, cette affaire n'a rien de politique, et Bolloré n'a
bénéficié d'aucun appui politique au Togo. "On
est dans une pure logique industrielle".
Jacques LHUILLERY - AFP
Consulter les documents par ce
lien: http://jdupuydauby.wordpress.com
|