Togo: Le CPDC de Savie
de Tové entre en action et s’approprie la CENI:
Le RPT et Faure Gnassingbé se
taillent la part du lion
24 juin 2009
A l’installation des membres du Cadre permanent de dialogue
et de concertation (CPDC) version Jean-Lucien Savi de Tové,
nous avons prédit que le débat électoral
qui est entré en hibernation pendant plus de deux (02)
mois devrait aller désormais très vite, avec la
nouvelle configuration, le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT)
se retrouvant tout seul avec ses disciples. Nous ne croyions
pas si bien dire. Le CPDC est venu nous donner raison.
Réuni lors de sa séance de mercredi, le CPDC a
statué sur la composition de la Commission électorale
nationale indépendante (CENI) devant organiser l’élection
présidentielle de 2010. Savi de Tové et les
siens ont procédé à la répartition
des places. Selon le communiqué officiel qui a sanctionné les
travaux, la CENI à mettre en place sera composée
de 17 membres répartis comme suit: cinq (05) pour la majorité parlementaire,
cinq (05) pour l’opposition parlementaire, trois (03) pour
l’opposition extraparlementaire, trois (03) pour la société civile
et un (01) pour l’administration.
La part du chef pour le RPT
A première vue, on peut penser que le RPT a fait le sacrifice
suprême en concédant la parité majorité et
opposition parlementaire et louer le parti. Les caisses de résonance
et les griots du pouvoir ne se feront certainement pas
prier pour jeter des lauriers à Faure Gnassingbé.
Mais avec un peu de recul, on réalise que c’est
un mirage et que le RPT s’est plutôt taillé la
part du lion.
Les 3 places réservées à l’opposition
extraparlementaire et les 3 autres fournies à la société civile
ne seront pas pourvues au hasard. Selon le communiqué,
ces représentants seront nommés par… l’Assemblée
nationale. Le RPT peut-il se faire hara-kiri et nommer à ces
places des membres de la véritable opposition extraparlementaire
comme de l’Organisation pour Bâtir dans l’Union
un Togo Solidaire (OBUTS) de Gabriel Agbéyomé Kodjo
ou du Parti Démocratique Panafricain (PDP) de Bassabi
Kagbara, ou de la Société civile qui ne lui est
pas acquise? Ce serait illusoire de le croire. Et quand on sait
que le Parlement est dominé par le RPT, il n’y a
pas à espérer.
Pour le cas de l’opposition extraparlementaire, des observateurs avisés
croient dur comme fer que ces membres ne seront pas choisis dans
des partis autres que la Convergence Patriotique Panafricaine
(CPP) dont fait partie le tout nouveau président marionnette
du CPDC Jean Lucien Savi de Tové, la Convention Démocratique
des Peuples Africains (CDPA) de Léopold Gnininvi et le
Parti pour la Démocratie et le Renouveau (PDR) de Zarifou
Ayéva, eux qui n’ont manifestement pour tâche
que d’aider le RPT à conserver le pouvoir, pour
continuer à tirer aussi profit. Pour la société civile,
ils se comptent au bout des doigts, ces associations et
mouvements qui jurent par l’opposition démocratique.
Tout cela suppose que ces six (06) membres seront acquis au RPT.
Quant à l’Administration, pas besoin d’être
sorcier pour savoir que son représentant devrait être
plus qu’un ami du pouvoir, surtout quand on sait que le
département ministériel qui doit le choisir est
dirigé par un certain…Pascal Bodjona qui n’est
plus à présenter.
Tout compte bien fait, le RPT s’en sortirait donc avec
douze (12) membres à la CENI acquis à sa
cause : les 5 attribués au parti, les 3 des partis de
l’opposition extraparlementaire, les 3 de la société civile
et l’unique (1) de l’Administration. Contre 5 pour
l’opposition parlementaire. Avec en plus le président
de cette CENI qui certainement viendrait du pouvoir, les voix
des représentants de l’Union des Forces de Changement
(UFC) et du Comité d’Action pour le Renouveau (CAR)
ne seront qu’étouffées. Et une fois de plus
les mêmes causes risquent de produire les mêmes effets.
Fuite de responsabilité de Faure
Un confrère ne croyait pas si bien dire en écrivant
dans son canard que le RPT se cache derrière Jean-Lucien
Savi de Tové pour biaiser les réformes. Il faut
plutôt dire aujourd’hui que Faure Gnassingbé a
fui ses responsabilités et se cache derrière le
politicien «has been» pour verrouiller le processus électoral.
Lors des débats au CPDC ancienne formule autour du code électoral,
plusieurs points ont opposé les parties en discussion
et le tableau des désaccords a été envoyé au
chef de l’Etat en tant que président du Cadre pour
conciliation. Ainsi Faure Gnassingbé devrait consulter
les différentes parties pour concilier les positions et dégager
des décisions consensuelles. Ces consultations n’ont
malheureusement pas été ouvertes depuis fin mars
où le débat sur le sujet a été clos
et le tableau des désaccords transmis. C’est le
CPDC de Savi de Tové qui vient ainsi de se substituer
au Chef de l’Etat en faisant une répartition inique.
Faure Gnassingbé et les siens peuvent
se réjouir
d’avoir réussi à faire claquer la porte
aux «emmerdeurs» de l’UFC et du CAR, et aujourd’hui
ils ont les mains libres pour orienter le processus électoral
dans la direction qu’ils veulent. Ils envoient par la même
occasion l’opposition parlementaire paître
et ses membres se réduire à des lamentations et
autres manifestations de rue. Mine de rien, le pouvoir
crée lentement mais sûrement les conditions
d’une élection contestable et violente. Faure Gnassingbé aura
ainsi une lourde responsabilité devant l’histoire.
La communauté internationale aussi qui contemple les coups
de force répétés du pouvoir togolais et
laisse faire, pour envoyer après tout des missions compter
les morts.
Pablo E. (Correspondant
etiame.com à Lomé)
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