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Présidence à vie et républiques
héréditaires en Afrique:
Dictateurs d’hier, d’aujourd’hui
et de demain
08 juillet 2009
De l’Algérie au Zimbabwe et du Sénégal
au Mozambique, les régimes politiques en Afrique varient
entre dictatures militaires, républiques autocratiques
et parfois même héréditaires. La majorité des
dirigeants des pays africains restent réfractaires à l’alternance
au pouvoir.
Après la recette des coups d’Etat, en cours à ce
jour dans certains pays, les nouveaux maîtres du continent
recourent à un «savant» dosage entre
pratiques démocratiques et objectifs despotiques pour
soigner la façade de leurs régimes.
C’est ainsi que la suppression de la durée des
mandats présidentiels est devenue la recette miracle pour
rester au pouvoir…démocratiquement! Abdelaziz Bouteflika,
qui vient de tester avec grand succès cette position magique à l’africaine,
ne détient pas les droits d’auteur. Avant lui, ils
sont plus de 10 dirigeants africains – du Togo, du Cameroun,
de la Guinée, de l’Ouganda et bien sûr de
la Tunisie – à s’être offert les délices
du pouvoir éternel avec, pour certains, les compliments,
des démocraties occidentales. C’est la nouvelle
mode de gouvernance en Afrique qui vient de faire tache d’huile
au Niger, où Mamadou Tandja s’apprête à tenir
son référendum le 4 août prochain pour déverrouiller
la durée des mandats limités pour l’heure à 2
seulement. Ailleurs, comme au Mozambique, le tout-puissant Mugabe
s’est imposé de force, malgré les résultats
de la présidentielle ayant donné Morgan Tsvangirai
vainqueur au premier tour. Ce dernier a été contraint
d’accepter le strapontin de Premier ministre, faute de
mieux. C’est que l’ivresse du pouvoir semble donner
des idées aux apprentis dictateurs qui asservissent leurs
peuples et pillent leurs richesses. En 2009, la seule loi qui
régit les régimes africains est celle de la nature…Les
présidents y sont élus à vie, plutôt à mort,
comme ce fut le cas de Omar Bongo, le patriarche contraint d’aller
finir ses jours en Espagne de peur de se faire inculper en France.
Empêcheurs de régner «en long»
Et ce n’est pas fini pour le Gabon «Bongolais».
Le fils, Omar Ben, ajuste déjà sa cravate pour
succéder à son père, histoire de pérenniser
la dynastie Bongo.
Au Sénégal, Abdoulaye Wade, qu’on ne peut
soupçonner d’être un dictateur, a jeté pourtant
son fils dans l’arène pour lui succéder.
La pilule Karim Wade, que les Sénégalais ne veulent
pas avaler, semble faire son chemin. Karim a été nommé par
papa «super-ministre», pour lui servir de
rampe de lancement.
En Egypte, l’affaire est pratiquement réglée
pour Gamal Moubarak, déjà patron du parti de son
père. Mais les Egyptiens n’ont pas encore dit leur
dernier mot. L’opposition menée par Ayman Nour gagne
de la sympathie. La toile est devenue le défouloir de
ceux qui en ont marre du régime des Moubarak.
En Libye, Seif El Islam El Kadhafi est lui aussi assuré de
prendre la relève. Récemment, il a été reçu
en chef d’Etat en Algérie.
Ben Ali préparerait également sa femme Leila pour
2014, puisqu’il ne pourra pas, théoriquement, se
porter candidat à plus de 75 ans. Mais face à ces
auto-successions et ces républiques héréditaires
réglées comme des montres suisses, il y a heureusement
des résistances.
Ainsi en Zambie, Frederick Chiluba a dû renoncer à un
troisième mandat en 2001 sous la pression populaire.
Au Malawi, c’est le Parlement qui s’est opposé en
2002 au président Bakili Muluzi de briguer un troisième
mandat.
L’ex-président charismatique du Nigeria, Olesugun
Obasanjo, a lui aussi fait les frais de la résistance
populaire. Sa proposition de modifier la Constitution pour un
troisième mandat a été déclarée
irrecevable par les deux tiers du Sénat nigérian
lors d’un vote le 16 mai 2006. Ce sont là quelques
exceptions qui confirment la règle et qui mettent en lumière
l’existence des empêcheurs de «régner
en long et en rond».
Niger
Arrivé au pouvoir en 1999 à l’issue de la
présidentielle, qui a suivi l’assassinat du général
Ibrahim Baré Mainassara en avril de la même année,
Mamadou Tandja devrait terminer son deuxième mandat en
décembre prochain. Mais le chef du Niger n’entend
pas passer le témoin. Depuis quelques mois, il tente vainement
de faire passer par voie légale une révision de
la Constitution devant lui paver le chemin pour un troisième
mandat. Devant la résistance des institutions de son pays,
il fait dissoudre successivement le Parlement nigérien
et la Cour constitutionnelle. Depuis une semaine, il s’est
arrogé des pouvoirs «exceptionnels».
Objectif avoué? Organiser un référendum
sur la révision constitutionnelle afin de faire sauter
le verrou de la limitation des mandats. Mais il fait face à une
farouche résistance de l’opposition regroupée
au sein du Front de la défense de la démocratie
(FDD). Une opposition emmenée par l’ex-Premier ministre,
Mahamadou Issoufou. Son coup de force, qui remet en cause l’instabilité de
ce pays, a été dénoncé par l’ancienne
puissance coloniale, la France.
Guinée
Le général Lansana Conté est arrivé au
pouvoir en 1984 en Guinée à la tête d’un
groupe d’officiers qui a pris le pouvoir à Conakry,
en instaurant un «comité militaire de redressement
national». Désigné président
de la République et élevé au grade de général
un an plus tard, Lansana Conté y restera jusqu’à sa
mort en décembre 2008. En novembre 2001, il avait organisé un
référendum qui lui avait permis de briguer un nouveau
mandat en 2003. La réforme constitutionnelle qu’il
avait ordonnée a supprimé la limitation du nombre
de mandats présidentiels et la limite d’âge
du titulaire du poste, auparavant fixée à 70 ans.
A sa mort, le capitaine Moussa Dadis Camara est porté à la
tête du Conseil national pour la démocratie et le
développement (CNDD) et devient ainsi le troisième
président de la République de Guinée depuis
son indépendance.
Tunisie
Arrivé au pouvoir grâce à un coup d’Etat «médical» contre
Bourguiba, le 7 novembre 1987, Zine El Abidine Ben Ali règne
sur la Tunisie depuis 22 ans. Et pour sauvegarder son trône,
il fait amender en mai 2002 par référendum la Constitution,
et s’est offert un quatrième mandat en octobre 2004.
Bien plus encore, le nouvelle Constitution permet le renouvellement
sans limite des candidatures et a repoussé de 70 à 75
ans l’âge limite pour postuler à la magistrature
suprême. Zine El Abidine Ben Ali qui incarne l’image
d’un «dictateur éclairé» s’apprête à succéder à lui-même
en octobre prochain à la faveur d’une élection
présidentielle qui devrait consacrer la «présidence à vie» comme
le dénonce l’opposition. Agé de 72 ans, Ben
Ali a fait de la Tunisie un pays fermé à tout pluralisme
politique et débat contradictoire. Les résultats
des scrutins y sont tellement invraisemblables qu’ils sont
passés à la mode proverbiale. Pour cause, en 1989,
il se fit «élire» avec 99,27% des
voix, et en 1994 il monte encore à 99,91% des voix. En
1999, même avec deux challengers de «l’opposition»,
il gagne haut la main avec un score, à faire pâlir
d’envie, de 99,45%. Avec trois candidats en 2004, Ben Ali
est «réélu» avec 94,49% des
voix. Pour l’anecdote, l’un des concurrents avait
déclaré publiquement qu’il fallait supporter
Ben Ali!
Togo
Le président Gnassingbé Eyadema n’a pas lâché le
pouvoir jusqu’à sa mort en 2005! Au pouvoir depuis
1967, il a mis à «niveau» son pays
par rapport aux standards démocratiques à l’africaine,
en supprimant en décembre 2002 l’article 59 de la
Constitution qui limitait à deux le nombre de mandats
présidentiels. Mais il ne gouvernera que deux années
de son troisième mandat gagné en 2003. Feu Eyadema
semble avoir réglé la succession même après
sa mort. Le Parlement, sous la pression des militaires, a en
effet modifié la Constitution du Togo de sorte à offrir à son
fils, Faure Gnassingbé, de succéder à son
père. Sous la pression de la communauté internationale,
Gnassingbé junior se retire quinze jours plus tard. Mais
c’était juste pour mieux sauter et sauver les formes,
puisque il a été déclaré vainqueur
de la présidentielle d’avril 2005. Au Togo: Gnassingbé est
mort, vive Gnassingbé!
Ouganda
Présenté pourtant comme l’exemple des nouveaux
leaders africains, le président Yoweri Museveni, âgé de
54 ans, au pouvoir depuis 1986, a fait modifier la Constitution
pour se présenter une troisième fois à la
présidentielle en 2006. A l’issue de la présidentielle
du 23 janvier 2006, il est réélu président
avec 60% des voix. Désormais, le jeune Museveni semble
avoir appris le mode opératoire de la présidence à vie
en Afrique.
Tchad
Comme au Togo, en Guinée ou en Tunisie, la mode de la
suppression de la limitation des mandats présidentiels
est arrivée au Tchad. Idriss Deby Itno, au pouvoir depuis
1990, a eu lui aussi sa réforme sur mesure en 2006 à la
faveur d’une révision constitutionnelle adoptée,
comme partout ailleurs, par référendum populaire.
Une consultation populaire qui avait soulevé une grosse
controverse au Tchad, mais qui n’a pas empêché le
souverain Deby de régner encore à loisir sur son
pays déchiré par moult conflits.
Cameroun
Paul Biya figure parmi les dirigeants africains les plus anciens
qui se confondent avec leur pays. Arrivé au pouvoir
en 1982, il y est encore… Il y a un peu plus d’une
année – avril 2008 comme par hasard! – il
se met en conformité avec la méthode à succès
de ses semblables en Afrique. Il ordonne, en effet, à l’Assemblée
nationale de son pays d’adopter une révision constitutionnelle
qui lui donne la possibilité de briguer un nouveau mandat à la
tête du Cameroun en 2011. Le malin Paul Biya voulait
assurer ses arrières pour éviter les mauvaises
surprises. Il fait déverrouiller le nombre de mandats
présidentiels et s’offre ainsi des septennats à volonté.
Les cris de «coup d’Etat constitutionnel» poussés
par l’opposition sont tombés dans l’oreille
d’un sourd. Pis encore, Paul Biya, soucieux de ses sous
et ses dessous, s’est octroyé via la nouvelle
loi une «immunité» à l’issue
de son mandat. Vraiment futé ce Biya!
Égypte
Au pouvoir depuis le 14 octobre 1981, suite à l’assassinat
de Anouar Sadate, Mohamed Hosni Moubarak n’entend pas céder
son fauteuil. Avec ses 28 années de règne, le «raïs» a
rattrapé les grands dictateurs africains en termes de
longévité. Il se rapproche également des
souverains, sultans et roitelets du Golfe dont il est un grand
ami. Dans un pays où le mouvement des Frères musulmans
constitue sa principale opposition, Moubarak a verrouillé le
jeu politique et imposé l’état d’urgence à ce
jour. Soutenu par les Etats-Unis, le «raïs» a
fait ses présidentielles de 1987, 1993 et 1999, des simples
formalités en tant qu’unique candidat. Critiqué par
les Occidentaux, Moubarak a consenti, en 2005, à affronter
enfin le suffrage universel. Mais ce fut juste pour sauver les
formes, puisqu’il rafle la mise avec un score brejnévien
de 85%. Pis, juste après le scrutin, il fit emprisonner
son principal adversaire, Ayman Nour, responsable du parti El
Ghad (L’avenir). A 81 ans, Moubarak songe désormais à léguer
l’Egypte en héritage à son fils Gamal, parachuté en
2003 à la tête du comité politique du Parti
national démocratique (PND) lors du congrès de
2003. Malade et âgé, Hosni Moubarak s’applique à préparer
son fils pour 2011.
Hassan Moali
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