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Bolloré – Dupudauby – Etat togolais: Quels enjeux:

Un port en eaux troubles

11 juillet 2009

Vincent Bolloré et Jacques Dupuydauby, un combat sans fins. Jusqu'où iront-ils?On s'amuse bien, au Mandingue, ce club de jazz caché dans une rue poussiéreuse de Lomé. On y croise de jeunes et jolies filles, des caciques du régime togolais, des diplomates, quelques hommes d'affaires. Parfois, les vendredis soir, le ministre conseiller du président togolais, Faure Gnassingbé, le juriste français Charles Debbasch, vient s'asseoir au piano, immortel interprète de Patapata, de Miriam Makeba.

Forcément, entre deux gorgées de Flag, la bière locale, les conversations portent de temps à autre sur l'affaire du port de Lomé et le duel Vincent Bolloré-Jacques Dupuydauby. L'histoire d'un combat acharné entre deux hommes, associés puis ennemis. L'enjeu? Rien de moins que le contrôle des ports d'Afrique de l'Ouest. Lomé, c'est un port en eaux profondes, une rareté dans la région, et la porte d'entrée vers le Burkina Faso, le Niger et le Mali...

Au Togo, Vincent Bolloré vient de remporter la dernière bataille judiciaire. Evincé, Jacques Dupuydauby ne décolère pas. Pour lui, c'est sûr, Vincent Bolloré a usé de son amitié avec Nicolas Sarkozy pour influer sur le pouvoir togolais et obtenir un jugement favorable. Mais le président Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis le décès de son père, le général Eyadèma, en 2005, n'a-t-il pas simplement voulu s'attirer les bonnes grâces de la France, à l'approche de l'élection présidentielle de 2010, en précédant les désirs de M. Sarkozy?

Ce qui est sûr, c'est que l'homme d'affaires Jacques Dupuydauby a déplu, un jour, au clan présidentiel togolais. Il faut dire que, souvent, il est de mauvaise humeur. On ne va pas refaire ce gaulliste invétéré de 63 ans, qui fut le bras droit de Francis Bouygues. "J'aime la guerre", lâche-t-il, de son bureau, à Séville, en Espagne. Depuis qu'il est l'objet d'un mandat d'arrêt international, délivré le 27 mai par la justice togolaise, il ne fait pas bon l'asticoter.

D'un côté, un industriel, Vincent Bolloré, qui pèse 1,4 milliard d'euros de chiffre d'affaires en Afrique, 20 000 salariés présents dans 41 pays. Sa stratégie: emporter la gestion des principaux ports du continent. Il y est parvenu à Douala, au Cameroun, au prix d'une bataille judiciaire intense, déjà contre M. Dupuydauby. Une information judiciaire ouverte pour "favoritisme et corruption" sur l'initiative de M. Dupuydauby est toujours en cours, mais les citations adressées à M. Bolloré de comparaître comme témoin ne sont jamais parvenues jusqu'à Paris. Il gère aussi les ports d'Abidjan (Côte d'Ivoire), de Lagos (Nigeria), de Cotonou (Bénin) et de Pointe-Noire (République du Congo).

De l'autre, une société, Progosa, créée par M. Dupuydauby, qui compte dans ses rangs l'ancien ambassadeur Michel Dupuch, conseiller Afrique à l'Elysée du temps de Jacques Chirac, ou Rémy Chardon, ancien directeur de cabinet de Jacques Chirac à la Mairie de Paris. Brigitte Girardin, l'ex-ministre à la coopération de Jacques Chirac, vient de quitter Progosa. Cette société était fortement implantée à Lomé, où elle escomptait même obtenir la création d'un troisième quai dans le port. Il lui reste aujourd'hui des intérêts en Libye.

M. Dupuydauby paie-t-il, comme il le soutient, ses sympathies politiques? Ce n'est pas l'opinion du procureur de Lomé, Robert Bakai, qui exhibe les mandats d'arrêt émis à l'encontre de M. Dupuydauby, de son fils et d'un responsable de son groupe, Gérard Perrier. M.Bakai - qui n'engage que lui - n'en démord pas: "M. Dupuydauby a volé M. Bolloré, et il s'est soustrait à la justice, alors que nous avons découvert ses détournements de fonds et ses escroqueries. Qu'il ne vienne pas dire que la justice est manipulée! Il a pris la fuite en détruisant des documents. Je n'ai reçu aucun ordre du gouvernement, même si toutes les décisions rendues dans ce dossier, depuis 2006, ont été favorables à M. Bolloré."

Le contentieux est simple. Jacques Dupuydauby et Vincent Bolloré ont travaillé ensemble dès 1999. Très introduit en Afrique, en particulier au Togo, M. Dupuydauby fait valoir son entregent auprès de l'industriel breton, qui lui octroie 30 000 euros par mois. A travers sa société espagnole, Progosa, M. Dupuydauby obtient dès 2001 des contrats de manutention sur le port de Lomé, attribués aux entreprises SE2M et SE3M, dont le financement a été assuré par M. Bolloré. "L'argent qui a été mis dans ces sociétés, c'est celui que me devait M. Bolloré, soutient M. Dupuydauby. Je connaissais depuis 1977 le général Eyadèma, nous n'avons versé aucun centime pour obtenir nos licences, mais le président togolais ne voulait en aucun cas que M. Bolloré soit visible sur son port."

L'affaire est vite florissante. Au point que M. Dupuydauby finit par organiser, selon ses détracteurs, un véritable hold-up: il fait rapatrier les actifs des sociétés togolaises, avancés par M. Bolloré, dans des entreprises de droit luxembourgeois à son nom, créées pour l'occasion. M. Bolloré - qui n'a pas souhaité s'exprimer - n'apprécie pas le procédé, il dépose des plaintes de tous côtés. En Espagne, mais aussi au Togo où, dès 2006, une première décision annule la cession des titres. La cour d'appel est saisie. Il faudra attendre trois ans avant qu'elle ne se prononce, le 28 mai. Parallèlement, le fisc togolais réclame de grosses sommes d'argent à M. Dupuydauby, qui s'estime piégé.

Les basses manœuvres n'ont pas manqué dans ce dossier. Comme en 2006, quand des cadres du groupe Bolloré sont interpellés à Lomé, suspectés, sans preuves, d'avoir voulu corrompre des magistrats. En 2005, c'est le détective privé Patrick Baptendier, ex-gendarme, qui avait été sollicité par la société de sécurité GEOS, afin d'obtenir des renseignements sur le duo Perrier-Dupuydauby. "La demande venait de Vincent Bolloré en personne, se rappelle M. Baptendier. J'ai appelé mon contact à la DST (ex-service de contre-espionnage) qui m'a fourni de nombreux renseignements: plaques d'immatriculation, casiers judiciaires..."

Gérard Davet


 

 

 

 

 

 

           

           

 

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