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Togo: Violences post-électorales 2005:

Difficile marche vers le pardon et la réconciliation

22 juillet 2009

Difficiles de revoir ces images et savoir les bourreaux en liberté et pouvoir pardonner si facilementLes Togolais vont-ils enfin tourner le dos à leur triste histoire empreinte de violences en périodes électorales, notamment lors de la succession du défunt général Eyadéma en 2005? Cette question dont la réponse positive est souhaitée par l’ensemble de la population de ce petit pays reste d’actualité. Alors que les voix des victimes s’effritent, emportées par le désespoir de voir la justice rendue un jour, Lomé installe la Commission Vérité, justice et réconciliation (Vjr). Sa principale mission: «Rétablir la vérité et faire valoir une justice équitable pour réconcilier tous les Togolais». Mais la méfiance et la peur du lendemain sont de plus en plus perceptibles, à l’approche de la présidentielle de février 2010.

Près de 5 ans après les terribles violences sociopolitiques particulièrement meurtrières de 2005 au Togo, la population vit toujours dans l’incertitude, malgré les efforts du gouvernement pour réconcilier les Togolais. Beaucoup de victimes et parents de victimes se disent «sidérés» par «l’insouciance» et pire, la «promotion» de leurs présumés «bourreaux». Mme Béatrice Folly Nutchou vivant actuellement à Atakpamé (175 km au nord de Lomé) ne cache pas son amertume. «Ceux qui ont tué mon fils font comme si de rien n’était. Ils circulent sous nos yeux et ne semblent rien se reprocher. Cela réveille encore plus ma douleur», déclare-t-elle au bord des larmes. Son fils, Messan Sylvestre Nutchou (32 ans), a été tué dans la cour de sa maison par des milices proches du Rassemblement du peuple togolais (Rpt, au pouvoir).

«Jusqu’aujourd’hui, je me pose des questions sur les événements du mardi 26 avril 2005. Certaines nuits, je fais des cauchemars et je revois ces jeunes s’acharnant sur moi avec une telle haine», affirme, pour sa part, Essodiha Pascal Hodabalo, militant du Rpt, qui a frôlé la mort à Atakpamé.

Les violences ont éclaté en 2005 pour dénoncer la victoire de Faure Gnassingbé (candidat du Rpt et fils du défunt président Eyadèma Gnassingbé). Elles ont été sévèrement réprimées et certains jeunes en guise de représailles, s’en sont pris aux militants du parti au pouvoir. Le gouvernement n’a jamais donné de bilan officiel, mais les estimations varient de 105 morts, selon une association proche du pouvoir, à 811 morts, selon l’opposition. D’après un rapport de l’Organisation des nations unies (Onu), ces violences ont fait «entre 400 et 500 morts». Le gouvernement s’est alors lancé dans une opération de charme tant sur le plan national qu’international. «Je ne peux pas pardonner tant que ceux qui ont tué mon fils ne me diront pas pourquoi ils ont commis un tel acte», ajoute Mme Nutchou. «Toutes les victimes continuent à se poser des questions: ‘’Pourquoi en est-on arrivé à ce stade de violence jamais égalé au Togo? Pourquoi a-t-on tué maris, femmes, enfants?’’. Il importe que des réponses adéquates soient données à ces interrogations pour briser le cycle de la peur et envisager un authentique processus de réconciliation», avertit Me Zeus Ajavon, président du Collectif d’associations contre l’impunité au Togo (Cacit).

Cette organisation, de concert avec Agir ensemble pour les droits de l’Homme (Aedh-France) et Amnesty International (Bureau de Londres), a déposé trente sept (37) dossiers de plaintes à Lomé, Atakpamé et Amlamé. Eclaboussé, Faure Gnassingbé, le chef de l’Etat togolais a besoin de rassurer les uns et les autres. Le pouvoir entame le dialogue inter-togolais avec les principaux partis politiques et deux organisations de la société civile sous l’égide de Blaise Compaoré, président du Faso. Les discussions aboutissent à un Accord politique global (Apg), le 20 Août 2006. Les points 2.2.2 et 2.4 de cet Accord prévoient la création d’une «Commission chargée de faire la lumière sur les actes de violence à caractère politique, commis durant la période allant de 1958 à ce jour, et d’étudier les modalités d’apaisement des victimes»

Et naquit la commission Vjr!
Dans son histoire, le Togo a connu un climat politique difficile jalonné d’actes de violences dont la récurrence a engendré la transgression des principes humanitaires. Cette situation a entraîné des frustrations, des rancœurs. Elle a surtout déchiré le tissu social. Après une longue période de crise, les populations aspirent légitimement à une paix durable et à une démocratie véritable. «Le peuple veut l’établissement de la vérité sur les faits et les violations commises, à une justice équitable et à une réparation des préjudices causés», affirme Me Ajavon. Le 29 mai 2009, le gouvernement togolais procède à l’installation officielle de la Commission Vérité, justice, réconciliation (Vjr) à Lomé. Onze religieux, chefs traditionnels et professeurs d’université composent cette institution dirigée par Mgr Nicodème Barrigah, Evêque du diocèse d’Atakpamé.

«La question des violences politiques … m’amène à souligner que l’Etat de droit que nous nous employons à édifier ne saurait s’accommoder, d’aucune manière, de la culture de l’impunité. Nous devons dès lors nous atteler à proscrire la violence politique et à combattre résolument l’impunité», proclamait, le 28 juillet 2008, Faure Gnassingbé à Atakpamé lors du lancement des consultations nationales en appui à ce processus. Un an après, le moment est donc venu pour les populations togolaises de jeter un regard sur leur passé, d’en tirer les conclusions et d’écrire une nouvelle page de leur histoire. «Notre pays s’engage de façon irréversible sur la voie de la restauration de son histoire … de l’unité et de l’esprit d’harmonie... Cela ne peut en être autrement car, si nous sommes conscients de ce que "La vérité est la mère de la justice", nous ne saurons ignorer que "la réconciliation nationale ne peut être sincère et solide que si elle se fonde sur la vérité et la justice"», selon le ministre des Droits de l’Homme, de la Consolidation de la Démocratie et de la Formation Civique, Me Yacoubou Koumadjo Hamadou. Le ministre Hamadou souhaite que l’ensemble de la classe politique, les organisations de la société civile et tous les citoyens Togolais se joignent aux efforts du gouvernement pour éradiquer à jamais du pays «cette négation de la démocratie et de l’Etat de Droit que constitue la violence» Mais, le même enthousiasme ne semble pas se manifester chez tous les leaders politiques. L’Union des forces du changement (Ufc, opposition) affiche son inquiétude quant à la composition de cette commission. «Certaines personnes dont les Togolais connaissent bien leur sens partisan ne devraient pas être membres de cette commission. C’est le cas de Madame Kissem Tchangaï-Walla (Vice-Présidente de la Commission) qui a posé des actes antidémocratiques quand elle était Présidente de la Commission Electorale Nationale Indépendante», affirme Patrick Lawson, Vice-président de l’Ufc.

De toutes les façons, selon beaucoup d’observateurs, ce processus ne peut aboutir sans la volonté politique. Et, la population première victime des violences, a les yeux rivés sur la classe politique, même si elle n’a plus trop confiance en elle. «Je n’attends rien de ces hommes. C’est à cause d’eux que tout ce malheur nous est tombé dessus», lâche Mme Nutchou. «Nous n’avons pas le droit d’échouer car, cette terre que nous avons tant souillée et maculée du sang de nos frères et sœurs n’est pas à nous. Elle appartient aux générations futures à qui nous l’avons empruntée. Débarrassons-la de toutes les souillures avant de la rendre à ses propriétaires que sont nos enfants», semble lui répondre le ministre Hamadou.

Edem Assignon

           

           

 

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