|
Togo: Société: Changement
de mentalité envers les «bonnes»:
Les domestiques enfin respectées
24 juillet 2009
Contrats de travail, jours de repos, meilleur salaire… Ces
dernières années au Togo, les employées
de maison, communément appelées "bonnes",
sont mieux traitées, car mieux protégées.
Les employeurs et le reste de la société commencent à les
considérer davantage.
"Si un jour mon employeur commet la maladresse de lever
le petit doigt sur moi, ça va barder!", avertit,
rageuse, Abra Djomédo, une employée de maison.
Cette Togolaise de 24 ans, garde en mémoire l’enfer
qu’elle a vécu chez son premier patron en 2003. "J’étais
injuriée et battue pour un oui ou un non. Dieu merci,
aujourd’hui, mon nouvel employeur me traite bien",
explique-t-elle, joyeuse. Ce métier, exercé au
Togo surtout par des jeunes femmes, consiste à assister
certains ménages à travers divers travaux (cuisine,
lessive, garde d’enfants en bas âge, etc.). Comme
Abra, plusieurs domestiques, encore appelées "bonnes", ont
vu leurs conditions de travail s’améliorer ces
dernières années. De 5 000 Fcfa (environ 8 €)
par mois avant 2000, leur salaire moyen est passé aujourd’hui à 13
000 Fcfa (près de 20 €).
La plupart exercent à présent leur métier
sur la base d’un contrat de travail, élaboré avec
l’appui de Welcome, une société privée
de placement des employées de maison créée
en 1998. Ce contrat oblige l’employeur à leur accorder
un repos quotidien d'au moins dix heures et deux jours entiers
de congé par mois. "Éviter de faire dormir
la servante dans la cuisine ou dans les couloirs, éviter
les privations de nourriture, les châtiments corporels
et tout abus sexuel sur sa personne", sont quelques-unes
des obligations à la charge des employeurs. Ceux qui enfreignent
l’une ou l’autre de ces règles en subissent
les conséquences. "Une patronne qui avait griffé sa
bonne a été traduite en justice en mai dernier.
Face à l’intransigeance du juge, elle a demandé un
règlement à l’amiable. Elle a dû verser
110 000 Fcfa (plus de 165 €) de dédommagement à son
employée, en plus du montant des frais médicaux",
rapporte Clarisse Biali, secrétaire générale
du syndicat des employées domestiques du Togo. Cette structure,
créée en 2007, compte près de 2 000 adhérentes
aujourd’hui.
"Les bonnes ne sont plus seules"
"Le secteur utilisait un nombre important de mineures,
incapables de dénoncer les mauvais traitements qui leur étaient
infligés. Ce n’est plus le cas aujourd’hui",
estime Sylvestre Assiah, le directeur de Welcome. Mieux informés
sur ce métier, des ménages évitent désormais
d'engager des enfants. Quant aux bonnes, elles préfèrent
passer par un organisme de placement. Selon une étude
menée en 2005 par l'Ong CARE-Togo, 60 000 familles ont
recours aux services d’une domestique à Lomé et
ses environs. La même étude révèle
qu’en moyenne 400 000 travailleurs de différentes
branches sont chaque année victimes d’abus en
tous genres de la part de leurs patrons.
Tikpi Atchadam, expert en droits des enfants, perçoit "des
signes encourageants, qui tranchent avec un passé sombre
où les bonnes étaient battues à loisir
et même violées par leurs patrons". Selon
lui, ce revirement est notamment dû aux formations données
par les associations de défense des droits des enfants
et des femmes. L’État, de son côté,
a pris d’importantes mesures pour améliorer les
conditions d’exercice de cette activité. Un arrêté du
ministre du Travail de 2007 l'a inscrit parmi les métiers
dangereux pour les enfants, donc interdit. "Il nous
arrive de retirer des enfants embauchés comme domestiques
et de traduire leurs employeurs en justice", révèle
Marceline Koda, secrétaire permanente de la Commission
nationale d’accueil et de réinsertion des enfants
victimes de traite.
Pour être placées, les domestiques (en majorité des
femmes de la campagne) signent un contrat d’un an avec
Welcome. Elles suivent une formation professionnelle de plusieurs
jours, répartie en plusieurs modules: notions de français,
formation sur leurs droits et devoirs et saine gestion de leur
paye. En outre, elles reçoivent sur leurs lieux de travail
des visites mensuelles inopinées de représentants
de l'agence de placement. "Le fait de savoir que les
bonnes ne sont plus seules oblige les employeurs à les
traiter avec dignité", résume Dassi Anani,
un patron de Lomé.
"Un travail comme un autre"
Cette avancée est diversement appréciée. "Parce
qu’elles se sentent épaulées, les bonnes
nous embêtent délibérément. Pour des
peccadilles, la mienne me convoque à son agence de placement",
confie, nerveuse, Georgette Ekpé, une patronne de Lomé.
Da Kanlé, une autre, avertit: "Il faut se méfier
de la nouvelle génération. Elles font du chichi
et n’hésitent pas à subtiliser l’époux
de leurs patronnes."
L’avenir des employées de maison pourrait encore
s'améliorer. Une convention collective tripartite devrait
bientôt être signée entre le syndicat des
employées domestiques, l’association des employeurs
de bonnes créée en 2007 et le ministère
du Travail. Elle vise, entre autres, à doubler leur salaire
mensuel pour le porter au niveau du Smig (42 €). A ceux
qui trouvent ce montant trop élevé, Clarisse Biali
répond: "Il est temps que les employeurs prennent
conscience que ce métier est un travail comme un autre
et le rémunèrent en conséquence."
Etonam Akakpo-Ahianyo (SYFIA)
|
|