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Facilitation dans la crise politique togolaise:
Des raisons de douter du sérieux
du Président Blaise Compaoré
06 août 2009
Au Togo, le Gal Eyadèma avait unilatéralement
modifié la Constitution togolaise en 2002, Constitution
que le peuple s’était librement donnée dix
ans plus tôt. Au décès de ce dernier en février
2005, ce fut son fils, Faure Gnassingbé qui se positionna
cavalièrement soi-disant, pour achever le mandat (2003-2008)
de son défunt père, comme si la gestion d’une
nation était une affaire familiale. Ce qui suscita un
tollé général tant au plan national qu’international.
A l’époque, le Président du Faso avait été de
ceux qui, en tant que ressortissants de la Communauté Economique
des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), avaient été au
chevet du Togo, pour «conjurer le danger» que
constituait une telle aventure soutenue par un quarteron d’officiers
qui prétendaient agir au nom de l’armée et
dont certains devraient pouvoir regretter aujourd’hui l’acte
posé dans la nuit du 5 février 2005, vu les revers
de fortune qui sont les leurs. Ce coup de force constitutionnel
avait créé deux groupes d’opinion au sein
de la communauté africaine, notamment au niveau de la
CEDEAO et de l’Union africaine.
Parmi les chefs d’Etat qui s’étaient le moins
préoccupés du précédant dangereux
que constituait cet acte de feu Gnassingbé Eyadèma
et de Faure épaulé par son frère Kpatcha,
et qui ne s’étaient jamais ouvertement prononcés
pour condamner une si vile manière d’accéder
au pouvoir, il y avait justement le Sieur Blaise Compaoré,
Président du Faso. A l’opposé, il y avait
des gens comme Abdoulaye Wade du Sénégal, Olusegun
Obasanjo du Nigeria et l’ex-Président de la Commission
de l’Organisation panafricaine, le très digne Alpha
Omar Konaré qui avaient, au prime abord, donné des
sueurs froides à Faure et à sa clique, avant que
certains ne déchantent.
Mamadou Tandja, John Kufuor, Mathieu Kérékou,
Omar Bongo et Mouammar Kadhafi étant ceux à classer
dans le même groupe que Blaise Compaoré que certaines
rumeurs qualifient de redevable à feu Président
Eyadèma. Ceux appartenant à ce groupe qui osaient
condamner publiquement Faure, ne le faisaient toutefois pas sans
une certaine réserve. Sans doute, prenaient-ils soin de
lui apporter son soutien en aparté après avoir
fait du boucan sur les ondes. Jamais le Président du pays
des Hommes intègres ne s’était aventuré une
seule fois à stigmatiser Faure pour le ramener à l’ordre.
Jamais!
C’est dans un tel contexte qu’au plan africain,
sur une liste assez parlante de personnalités sérieuses
et intègres qui ont eu à faire leurs preuves dans
les médiations de l’Afrique du Nord à l’Afrique
Australe et de l’Afrique Orientale à l’Occidentale,
en passant par le Centre, seule la facilitation de Blaise Compaoré qui
ne figurait pas dans les propositions de l’Opposition qui
connaît bien ses limites, lui qui avait déjà tenté plusieurs
facilitations ou médiations dans la crise politique togolaise
sans succès, avait retenu l’attention du Pouvoir
et du parti de Faure Gnassingbé.
Rien d’étonnant dès lors que jusqu’à ce
jour, les actions du fameux facilitateur dans la crise socio-politique
togolaise ne sont allées que dans le sens supposé voulu
par le Pouvoir togolais. Il n’est pas superflu de faire
remarquer que depuis qu’il s’est vu auréolé du «galon
de super-facilitateur» et coopté pour agir
dans la crise ivoirienne, l’homme n’a cure des problèmes
que rencontrait l’Opposition togolaise et tout porte à croire
qu’il avait rayé le Togo de son agenda, se contentant
simplement de donner à distance son onction aux filouteries
du régime en place ou de dépêcher ses garçons
de course au Togo.
Pour éviter de lister une panoplie d’actes illustratifs,
rappelons simplement que la facilitation a fait vaille que vaille
le choix de soutenir l’entrée dans le CPDC de «la
racaille». Nous voulons dire: tout ce monde qui n’avait
pas recueilli les 5% du suffrage aux législatives, conformément
au texte qui le stipulait. Et pourtant, le facilitateur complaisant
sait pertinemment qu’au Togo, ce qui a toujours posé problème
dans la résorption de la longue crise, c’est bien
l’IRRESPECT DES TEXTES par le Pouvoir depuis la nuit des
temps. Les leaders de l’Opposition auront beau lancer des
appels en direction du facilitateur, ils auront beau faire le
déplacement de Ouaga, sans jamais pouvoir émouvoir
l’homme qui, délibérément aura choisi
son camp et ouvertement contre tout bon sens, en dépit
de la hauteur de vue et de la diplomatie que requiert une telle
mission.
Il faut reconnaître que le Président Compaoré lui-même
n’est pas un Saint dans son propre pays et en principe,
ce rôle ne devrait échoir qu’aux personnalités
jouissant d’une grande probité morale et intellectuelle.
Le dernier voyage au Togo de Blaise Compaoré en personne,
le 28 juillet 2009 intervient suite à la rencontre qu’il
a eue avec le Secrétaire Général de la Francophonie,
Abdou Diouf qui, après avoir écouté les
protagonistes de la crise togolaise, avait promis de rencontrer
le facilitateur. Il est important de souligner que ses paroles
avaient suscité un grand espoir au sein de l’Opposition
et créé un sentiment de soulagement dans la masse
qui se désespérait déjà de tout face
aux manœuvres habituelles du pouvoir plus porté vers
l’esbroufe que vers l’honnêteté et la
sincérité politiques.
Beaucoup avaient eu l’impression que la cause de l’UFC
et du CAR était si légitime que l’ancien
Président sénégalais ne pouvait que les
comprendre et transmettre leur désarroi à qui de
droit au Burkina Faso. «Ce que les Sénégalais
ont réussi, pourquoi les Togolais ne le réussiraient-ils
pas?», avait-il lancé en substance peu avant
de quitter Lomé pour Abidjan et Ouagadougou. Vu la tentation
qui caresse présentement Blaise Compaoré dans le
sens des poils, de faire comme Tandja Mamadou et les autres en
modifiant la Constitution, pour leur propre intérêt,
il y a lieu de poser la question de savoir s’il est indiqué pour
jouer le rôle de facilitateur dans les crises. A cette
question, la réponse ne peut qu’être non.
Car le rôle confié à ce facilitateur, siérait
mieux à des chefs d’Etat qui font office de modèle
en Afrique, tels que Kufuor, Konaré, Kérékou,
Rawlings et bien d’autres.
Tout bien pesé, vu sa tentative de modifier la constitution
du Faso en vue de s’éterniser au pouvoir comme les
autres qui l’ont fait avant lui et ne pas faire le sacrifice
d’une telle épreuve que réprouvent les populations
africaines, il y a de sérieuses raisons de douter que
le Président burkinabé soit l’homme indiqué pour
se voir confier une quelconque mission de médiation ou
de facilitation. Coopter un tel homme politique pour jouer ce
précieux rôle, c’est donner une prime à la
médiocrité et à l’approximation.
Alain Simouba
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