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Opposition togolaise:
Du danger de la candidature unique
10 août 2009
«Le patron a toujours raison», pouvait-on
lire sur une grande affiche placardée derrière
le bureau de celui qui était alors DG du Port autonome
de Lomé. Nous sommes en 1995. Lui, c’est Agbéyomé Messan
Kodjo, ci-devant président de l’Assemblée
nationale et Premier ministre du défunt chef de l’Etat
togolais Gnassingbé Eyadèma.
Il faut dire que l’ancien président du Togo avait
un faible pour ce monsieur, qui était certes un gros travailleur
mais qui a pêché peut-être par excès
d’impatience. En effet, présenté souvent
comme le dauphin d’Eyadèma (que voulez-vous, quand
vous avez occupé tous les postes de l’Exécutif,
que vous reste-t-il sinon la présidence?), l’intéressé a
commencé à ronger son frein dans les années
2000. Croyant son heure venue, il enverra une missive sous forme
de réquisitoire à son mentor en 2003, laquelle était
intitulée «il est temps d’espérer».
En fait, dans cette lettre, il invitait ni plus ni moins le baobab
de Pya à quitter le pouvoir. Sachant que cela lui vaudrait
les foudres de son mentor, dont les colères avaient valeur
de disgrâce sinon pire, il demandera pardon et, dans la
foulée, quittera en catimini le Togo pour l’Hexagone
via le Bénin.
A la faveur de l’élection, controversée,
de Faure Gnassingbé à la présidence le
26 avril 2005, Kodjo rentra au pays et fonda l’Organisation
pour bâtir dans l’union un Togo solidaire (OBUTS).
Et, naturellement, il s’est porté candidat à la
présidentielle, prévue pour le 28 février
2010. C’est cet homme-là, qui, le 6 août dernier
sur la chaîne de télévision France 24, invitait
l’opposition à aller à ce scrutin majeur
avec un candidat unique. Une invite qui a peu de chance d’être
entendue. Parce que:
D’abord il y a le casse-tête organisationnel, car,
alors que lui faisait cette proposition, les protagonistes de
la crise togolaise étaient depuis la veille à Ouagadougou
chez le facilitateur, Blaise Compaoré, pour arrondir les
angles. Ça coince malgré les apparences au Togo.
En effet, les Pascal Bodjona, Gilbert Bawara, Solitoki Esso et
Selom Klassou, côté pouvoir, et Gilchrist Olympio,
Me Djodji Apevon et Jean-Pierre Fabre, tous caciques de l’opposition,
ont rencontré, ces derniers jours, l’artisan de
l’Accord politique global (APG) du 20 août 2006 afin
de solutionner les épineuses questions du Cadre permanent
de dialogue et de concertation (CPDC) et de la CENI.
En fait, depuis quelques semaines, l’axe Lomé-Ouagadougou
voit se multiplier les chassés-croisés diplomatiques,
preuve qu’à l’approche de cette présidentielle, à haut
risque, toute divergence doit être aplanie. Encore faut-il
que tous les protagonistes le veuillent. L’opposition estime
que le décret pris le 11 juin 2009 par le chef de l’Etat, élargissant
les participants du CPDC à des membres extraparlementaires,
est inique, car seuls les partis politiques ayant des députés à l’hémicycle
ou recueilli au moins 5% des voies aux législatives d’octobre
2007 ont droit d’en faire partie selon l’esprit et
la lettre des textes du CPDC. Enfin, ces opposants ne décolèrent
pas face à l’intrusion dans la CENI, par un vote
le 30 juin dernier, de l’Assemblée nationale, de
représentants de l’opposition extraparlementaire
et de la société civile, d’éléments
soupçonnés d’être des satellites du
pouvoir.
Le mode de scrutin constitue aussi un nœud gordien pour
ces frères ennemis: la présidentielle sera-t-elle à un
ou deux tours? Feu Eyadèma, qui a toujours passé au
premier tour, invoquait, selon un article de la Constitution
de 2002, qui stipule, selon lui, que la présidentielle
est à un seul tour. Or, apparemment, le second tour est
voulu par l’actuelle classe politique.
Ensuite il y a même l’introuvable unité de
l’opposition en pareil cas: Agbéyomé Kodjo
propose la candidature unique, mais lui-même est-il prêt à accepter
le principe en retirant sa candidature? Surtout, on voit mal
l’opposant historique, Gilchrist Olympio, avaliser une
telle option, lui qui a toujours rêvé de mesurer
sa popularité à l’échelle nationale
et qui n’en a jamais eu l’occasion, soit à cause
d’une clause constitutionnelle, fabriquée de toutes
pièces, soit pour raison de sécurité?
Comment oublier le CAR, qui, bien que diminué par la
présence de son fondateur, Me Yawo Agboyibo, comme premier
ministre dans le gouvernement d’union nationale du 16 septembre
2006, s’apprête à adouber le non moins charismatique
Djodji Apevon? Et peut-on ne pas tenir compte aussi du Franco-Togolais,
celui qui apparaît comme le cendrillon de la fable, Koffi
Yamgnane? A vrai dire, la probabilité que se dégage
un cheval unique sur lequel va miser l’opposition est quasiment
nulle, car, en telle période, chacun se découvre
subitement un destin national.
Enfin, il y a une raison massue qui fait que cette idée
du patron de l’OBUTS ne peut pas prospérer: dans
un pays qui, depuis 40 ans, n’a pas été réputé pour
sa lisibilité politique, il faut réfléchir
par 2 fois avant de mettre ses œufs dans un même
panier. Face à un RPT qui a les ressorts et les ressources
nécessaires, il est évident pour l’opposition
qu’un émiettement de l’électorat au
premier tour serait de bon aloi, question de reporter les voix
sur le meilleur positionné au second tour, si c’est
ce mode qui est adopté. ...Encore faut-il que les opposants
taisent leurs guéguerres de leadership et rangent au placard
les rancœurs recuites. Dans tous les cas, les Togolais,
tout comme les Ivoiriens, ont intérêt à avancer,
car le facilitateur tout capitaine à la retraite qu’il
est, aura d’autres chats à fouetter en 2010. A domicile.
La rédaction
L’Observateur Paalga
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