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Togo: A un peu plus de 6 mois de la
présidentielle:
Comi Toulabor fait son analyse: Le Dromadaire,
le Palmier Détia et le Désert
17 août 2009
Les négociations sont à peine achevées à Ouagadougou
que Gilchrist Olympio saute dans le premier avion, dans un état
d’esprit euphorique proche d’un état second,
pour rejoindre son fief parisien d’où il diffuse à qui
veut l’entendre sa future «victoire écrasante» sur
le RPT, ses alliés et ses détracteurs ainsi que
sur son propre parti, l’UFC.
La seule et unique concession tangible faite par le RPT lors
de ces sempiternels accords est la levée des conditions
d’éligibilité à la présidentielle
qui frappent le leader de l’UFC et qui tiennent aux critères
de résidence et de nationalité. Si ces conditions
discriminatoires sont à déplorer, il faut dire
aussi qu’elles sont accessoires par rapport au cadre électoral
général, d’ailleurs très fluctuant,
imposé depuis la reprise en main de fer par le pouvoir
du processus de démocratisation au lendemain de la Conférence
nationale : notamment la constitution et le code électoral,
lesquels se contredisent, à force de multiples tripatouillages,
en certaines de leurs dispositions.
Lorsque, comme ses alliés du CAR ou ses adversaires du
RPT, le chef de l’UFC parle de «réformes
constitutionnelles et institutionnelles», il n’a
jamais été question dans son esprit, où ne
se loge point une once de malentendu, de toucher à l’essentiel
mais de bousculer l’accessoire au nom duquel il vient à Lomé mobiliser
ses militants. Car, de tous les candidats déclarés à ce
jour, Gilchrist Olympio est le seul à avoir des problèmes
avec l’accessoire. Cet accessoire qui aurait pu être
résolu en allant tout simplement satisfaire les conditions
imposées (c’est en cela qu’elles sont accessoires)
et mobiliser les énergies pour exiger de réformer
l’essentiel qui est en autres le mode de scrutin, le découpage électoral,
la composition de la liste électorale, de la Ceni, de
la Cour constitutionnelle, la prévotation des corps habillés,
la surveillance des bureaux de vote, la centralisation et le
comptage des bulletins, etc. A tous les échelons des différentes
techniques qui composent une élection, il y a tant de
choses à revendiquer et à faire pour qu’un
scrutin au Togo se rapproche des standards sous-régionaux
(le Ghana par exemple) voire internationaux. Cette bataille pour
l’essentiel est chose très éloignée
des structures mentales gilchrétiennes juste formatées à ne
voir que ce qui est accessoire et badin.
Cette focalisation sur l’accessoire, qui s’étend à tout
ce que le leader de l’UFC touche ou entreprend, aimant à verser
dans des propos aussi débiles qu’infantilisants
et à instiller des intrigues aussi mesquines que cyniques
dans son entourage, amène s’interroger sur son curriculum
vitae déployé sur son site Internet fétiche
et sur ses capacités simplement intellectuelles, bien
avant même politiques, à diriger un jour le Togo.
C’est ainsi qu’il a réussi à créer
au sein de l’UFC deux entités autonomes qui ne se
recouvrent pas entièrement : d’un côté il
y a le parti et de l’autre il y a Gilchrist Olympio lui-même.
Le parti a son siège à Lom Nava et est dirigé par
son secrétaire général Jean-Pierre Fabre.
Tant bien que mal le parti essaie de travailler en se conformant à ses
statuts, de mobiliser ses militants dans sa trentaine de fédérations,
de donner à ceux-ci une certaine conscience politique
qui manque cruellement dans un pays ravagé par une dictature
presque quinquagénaire qui voudrait être orwellienne
sans y parvenir vraiment.
L’autre entité, Gilchrist Olympio, a son siège
en sa Résidence de la chance à Tokoin, dans les
parages du Collège protestant, non loin de la Villa de
la chance, où veillent des gardes armés, octroyés
par le régime. Ces attributs apparents du pouvoir sont
sûrement des espions dont le maître des lieux est
si fier qu’il ne lui viendra pas à l’esprit
le moindre soupçon sur eux ! La Résidence de la
chance est assidûment assiégée par des troupeaux
de parents, d’alliés et de courtisans au milieu
desquels le vieux dromadaire fatigué se sent vraiment à son
aise. Le bataillon d’AGO (Amis de Gilchrist Olympio, club
de dévots et de bras cassés créé en
juillet 2008 pour dribbler la direction du parti) peuvent venir
snober sur les hauteurs de Tokoin le parti dédaigneusement
refoulé dans les bas-fonds de Lom Nava l’inondé.
Gilchrist Olympio se fiche pas mal de son parti à qui
ses visites sont aussi rares et superficielles que sa culture
générale et ses connaissances sur le Togo qu’il
aspire ardemment à diriger. Les décisions du Chef
parviennent au parti à Lom Nava par le truchement de la
rumeur ou de la presse. Et dans cette architecture du pouvoir,
on comprend aisément que des ouvriers de la dernière
heure tels que Djovi Gally ou Abas Kaboua aient pris une ascendance
notoire sur les Jean-Pierre Fabre ou Patrick Lawson, créant
des zizanies et des rancœurs, certes futiles mais très
utiles dans la stratégie de contrôle interne de
l’UFC et en vue du partage éventuel du gâteau
national en 2010 pour lequel les dents sont aiguisées
et les papilles gustatives en alerte. S’il pouvait éjecter
Jean-Pierre Fabre et Patrick Lawson et les remplacer par les
ouvriers de la dernière heure, Gilchrist Olympio le ferait
sans peine ni douleur.
D’autant qu’il n’a pas digéré le
discours du 27 avril dernier imposé par le parti (donc
Lom Nava) appelant au rassemblement de l’opposition, faisant
un clin d’œil à l’armée par-ci
et à la diaspora par-là, bref toutes ces choses
horribles qu’il a toujours détestées. Ainsi
relèvent de ces choses horribles et terrifiantes les rencontres
entre Gilchrist Olympio et le CAR en vue d’une éventuelle
alliance. C’est là aussi une autre imposition de
Lom Nava, et elle a fait jaser dans les chaumières qui
savent comment la Résidence de la chance est farouchement
opposée à cette idée. La suite nous montre
que ces rencontres relevaient bel et bien du foutage de gueule
qu’il faudra rapidement oublier. Mais comment peut-on,
en toute intelligence, faire s’asseoir un dromadaire (jaune
et lourd) sur l’échine du bélier (noir frêle)
? Gilchrist Olympio a inconsciemment instrumentalisé le
CAR dans leur aventure de la même manière qu’il
a fait consciemment mobiliser ses militants dans la rue pour
des réformes soi-disant mais en fait pour son ego, pour
l’accessoire. Celui-ci acquis, il pourra dire bye bye tout
ce monde.
Les Togolais ont une chance extraordinaire d’avoir un
chef populaire, cet adjectif essentiel après lequel court
tout homme politique qui aspire à de hautes fonctions
au sommet de l’Etat. Malheureusement cette popularité a
réduit notre Chef à la paresse et à la fainéantise,
incapable de se battre pour et sur l’essentiel. Il refuse
obstinément de faire la part lourde de travail d’homme
politique qu’il lui revient. On a trop vite pris son appendice
nasal qu’il tient de son père (leur seul point de
ressemblance physique) pour symbole de possession de beaucoup
de flair politique. Or avec sa grande taille surmontée
de cet appendice, Gilchrist Olympio fait plus dromadaire qu’homme
politique. En France Alain Joyandet à la Coopération
et Bruno Joubert à l’Elysée se sont rendu
compte de la vacuité de l’homme et n’ont pas
voulu conclure un deal avec lui pour la présidentielle
de 2010.
A la veille de cette échéance cruciale, les Togolais
errent encore dans le désert où ils ne voient poindre à l’horizon
aucune oasis verdoyante à part le palmier detia, cette
espèce transgénique du palmier dattier, agité par
l’ignorance indécente des foules affectives, autour
duquel la construction de l’espoir et de la confiance en
demain s’avère incertaine. Mais des incertitudes
des Togolais, de leurs interrogations, de leurs préoccupations,
le vieux dromadaire fatigué n’en a cure, qui peut
débouler à Paris, heureux d’annoncer au monde
l’accessoire : l’acquisition de la validité de
sa candidature pour 2010. Que faire si le pouvoir lui confisque
la victoire? Enigme toujours sans réponse, alors que des
anticipations existent.
Mais l’exode à travers le désert risque
de durer encore longtemps si Lom Nava ne prend pas ses responsabilités
historiques plutôt que de laisser le dromadaire faire toujours à sa
guise et contre le gré du parti. L’exode à travers
le désert risque de durer encore longtemps si les Togolais
aussi ne prennent pas leur part de responsabilité en organisant
des funérailles symboliques pour le repos de l’âme
et du corps du vieux dromadaire fatigué. Ce meurtre symbolique
du vieux Chef taré est nécessaire pour la libération
du Togo, assujetti à la dictature politique des Gnassingbé et
symbolique du Dromadaire.
Bordeaux, le 12 août 2009
Comi M. Toulabor
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