«ATSUTSE Kokouvi
Agbobli: Il est temps que la lumière soit faite»
17 avril 2009
15 août 2008-15 août 2009: Il y a exactement un
an, le corps sans vie d’Atsutsè Kokouvi Agbobli,
historien, journaliste, ancien ministre et président du
Mouvement pour le développement national (MODENA), parti
togolais d'opposition, a été retrouvé par
un pêcheur sur une plage de Lomé à proximité du
lieu-dit du «Foyer des Marins» aux environs
de 10h00. Plaqué à terre, les yeux injectés
de sang, les lèvres sanguinolentes et le front altéré par
des ecchymoses, la dépouille d’Atsutsè Kokouvi
Agbobli ne portait aucun effet personnel à l’exception
de ses mocassins et ses chaussettes.
Dans la nuit du 15 août, le ministre de la Sécurité et
de la Protection Civile, le colonel Atcha Titikpina, affirme,
dans un communiqué lu à la télévision
nationale, que le ministre Agbobli a été «rejeté par
la mer» et que celui-ci se serait suicidé.
Dans un rapport élaboré à la demande du
procureur de la République monsieur Robert Bakaï,
le médecin légiste, le professeur Gado Napo-Koura,
docteur en médecine, professeur à la faculté mixte
de médecine et de pharmacie de l’Université de
Lomé révèle «qu’il ne s’agit
pas d’une mort par noyade et que l’hypothèse
d’une mort toxique probable, par intoxication médicamenteuse
[…] reste plausible».
Sur proposition de la Commission nationale des droits de l’Homme
(CNDH) et sur consultation de la famille, une seconde autopsie
a été réalisée, avec l’appui
du HCDH, par le docteur Nizam Peerwani du Comté de Tarrant,
Texas (Etats-Unis), agissant pour le compte de l’organisation
non-gouvernementale Physicians for Human Rights. Ce dernier conclut
que «la mort n’est pas due à une intoxication
médicamenteuse» ni à des «blessures
traumatiques» mais plus probablement à une
noyade sachant que «le diagnostic de noyade en l'absence
de toutes preuves fiables à prendre en compte [n’a
pu] se faire que par exclusion» des autres hypothèses.
Ce second rapport d’autopsie relève également
l’«énigme» que constitue la
découverte du corps «nu sur la plage» à l'exception
de ses mocassins et ses chaussettes.
Quoique troublantes, les conclusions des deux rapports ne sont
pas pour autant concordantes et aucune d’elles n’éclaire
le mystère qui entoure la mort du président du
MODENA.
A ce jour, aucune enquête sérieuse ne semble être
diligentée par le gouvernement togolais pour éclairer
l’opinion. Ni la population, ni la famille ne connaissent, à ce
jour, les causes et les circonstances exactes de cette mort ;
tous demeurent dans l’attente d’un éclaircissement
sur le sujet.
Au regard des zones d’ombre qui entourent cette disparition,
des circonstances de la mort, de la personnalité du disparu,
du contexte politique dans lequel cet événement
a eu lieu (dix-huit mois avant la présidentielle 2010),
le silence des autorités est inquiétant.
Un an après ce triste évènement, le CACIT:
- félicite la CNDH pour le courage dont elle a fait preuve
au lendemain de ses évènements en mettant en place
une commission d’enquête interne pour faire la lumière
sur les faits et l’exhorte à faire connaître à l’opinion
les résultats de ses investigations ;
- rappelle que, face à la longue liste des morts d’opposants
politiques non encore élucidées à ce jour,
l’impunité dont semblent jouir certains présumés
auteurs, est susceptible de créer une psychose au sein
de l’opinion;
- invite les autorités togolaises à tout mettre
en œuvre pour que, dans les jours à venir, la vérité soit
enfin révélée aux Togolais sur les circonstances
réelles du décès de Atsutsè Kokouvi
Agbobli;
- exhorte le HCDH à continuer son accompagnement au processus
de consolidation de l’état de droit au Togo, notamment
en aidant à élucider définitivement cette
ténébreuse affaire;
- Réaffirme sa détermination à œuvrer
pour que prévale au Togo un environnement favorable au
respect des droits de l’Homme.
Pour le CACIT, il est temps que la lumière soit faite
sur cette affaire. Il est temps qu’au Togo, le crime cesse
de se nourrir de l’impunité.
Fait à Lomé, le 15 Août 2009
Le Président, Me Zeus Ata
Messan AJAVON
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