Togo: Recomposition de la CENI:
L’UFC passe à côté de
l'essentiel mais se donne honteusement un satisfecit
25 août 2009
L’UFC crie depuis quelques jours victoire lorsque le RPT
a accepté de donner corps à une infime partie des
accords négociés de Ouaga tout en passant à côté de
l’essentiel des normes démocratiques qu’il
faut pour tout pays qui aspire à un Etat de droit, à l’apaisement
social et à la réconciliation en matière
d’organisation d’élections fiables.
On sait que critiquer l’UFC, le parti de Gilchrist Olympio
est un sujet tabou pour ses fans et pour la plupart de ceux qui
croient dur en ses chances de diriger un jour le Togo. Or il
se fait que le leader du premier parti politique au Togo, l’Ufc
- si l’on tient compte de ses nombreuses victoires confisquées
par le Rpt – est un spécialiste des gaffes et de
la démagogie à outrance. Tous ceux qui osent le
critiquer sont taxés d’espions à la solde
du clan Gnassingbé. Faut-il dès lors se taire et
cautionner ses égarements à répétition,
du moment que ses fidèles ouailles refusent délibérément
de lui faire voir la réalité en face?
A la rédaction d’Etiame.com,
nous sommes fidèles à notre ligne éditoriale
de dire la vérité quoi que cela coûte.
A Ouaga, tout ce qui a intéressé l’Ufc,
c’était que le régime Rpt dise oui à la
candidature de son leader aux élections présidentielles
de 2010. Mais quid de l’organisation, de la centralisation
des résultats, de la sécurisation des urnes et
de la mise à l’écart des militaires dans
le déroulement du processus? Rien. Quid du mode de scrutin?
Que nenni!
Voilà les contradictions autant de questions auxquelles
Gilchrist Olympio refuse de répondre pour apaiser les
togolais. Or on sait que la majeur partie des votants au Togo,
votent pour lui et qu’à chaque élection,
le clan Gnassingbé s’accapare la victoire et déverse
dans la rue des hommes aux bottes qui tirent à balles
réelles sur les populations, alors que hormis certains
cadres de l’UFC qui restent sur place (J.P. Fabre, Patrick
Lawson…) les grandes pontes du parti à commencer
par son leader se recroquevillent dans leur nid douillet européen
et laisser les chaires à canon que sont les togolais se
laisser flinguer.
Le réel problème au Togo, ce n’est pas tant
la validation des candidatures, mais de ce qu’on fait de
la réalité sortie des urnes. Une évidence
s’impose: lorsque contre toute attente l’Ufc jubile
alors que l’ancien président de la CENI dont on
connaît le penchant pour le Rpt et la soumission à Faure
Gnassingbé a été reconduit dans ses fonctions,
il y a de quoi s’interroger. Qui dit que celui-ci ne proclamera
pas la victoire de son «maître» au
soir de février ou mars 2010?
Il faut avouer que les institutions actuelles impliquées
dans l’organisation, le suivi et la validation définitive
du processus électoral au Togo sont simplement anachroniques
et anti-démocratiques. Car au regard de la composition
de la Cour Constitutionnelle et de l’organisation des CELI
(Commission électorale locale) il y a tout lieu d’affirmer
qu’elles sont un schéma des obscurantistes du Rpt.
Y compris aussi la Loi fondamentale actuelle à plusieurs
reprises charcutée par le monarque Faure Gnassingbé et
son mercenaire juridique Charles Debbasch.
Les problèmes de fonds existent donc et c’est honteux
et complètement égoïste lorsqu’un vice-président
de l’UFC (voir l’interview ci-dessous) se targue
d’apprécier la recomposition de la CENI sans demander
une refonte pure et simple du système et du processus électoral.
Et pendant qu’on y est pourquoi ne pas demander des experts
qualifiés en processus électoral pour revoir les
listes électorales, le processus d’organisation
des élections afin d’en faire un audit et tirer
les conclusions qui s’imposent avant d’appeler le
peuple aux urnes?
On peut aisément conclure qu’à la fois les
partis politiques toutes tendances confondues et les candidats
indépendants (Kofi Yamgnane…), en passant sous
silence l’essence des questions liées au processus
des élections au Togo dans les discussions avec le Rpt,
conduisent une fois de plus les populations à l’abattoir
au soir du 28 février (dernière date qui circule
dans les arcanes du régime). Et ce n’est pas la
recomposition de la CENI (voir ci-dessous également la
composition) qui fera peur aux tenants de l’ordre ancien
de faire voler les urnes par des militaires et des miliciens
tout en sortant des armes de guerre pour tuer ceux qui réclameront
dans les rues, la victoire de leur candidat. L’UFC doit
réfléchir autrement et tenir comptes des nombreuses
remarques et coups de gueule qui sont devenus des sujets de discussions
dans l’opinion. Il doit aussi faire sien le système
de lobbying auprès des organisations et institutions internationales
qui influent sur les décisions des puissances comme l’Union
européenne, la France, l’Allemagne et autres. D’ailleurs
Faure Gnassingbé l’a compris en se rendant en catimini
le week-end du 21 août chez Brice Hortefeux, le fidèle
compagnon politique de Nicolas Sarkozy qui est aussi son Ministre
de l’intérieur. De là à dire si c’est
pour demander conseil et appui, le pas est vite franchi.
Jules Symféïtchéou,
Etiame.com
Interview de Patrick Lawson
Savoir
News: Avez-vous le sentiment que le nouveau code électoral
voté par
l’Assemblée
est à l’avantage de Gilchrist Olympio, votre
candidat?
Patrick Lawson: Forcément. Le problème que nous
avons posé est clair. Quand on est un homme charismatique
et qu’on n’est pas candidat, cela amène des
frustrations et on a connu cela par le passé. S’il
y a la surchauffe dans les esprits avant même que les élections
ne commencent, cela ne présage pas un processus apaisé.
La deuxième chose, c’est que nous avons une constitution
et un code électoral qui ne permettaient à tous
de se présenter à l’élection présidentielle.
Je crois que nous sommes revenus dans cet esprit de la constitution
qui a été votée par l’ensemble des
Togolais. Mais ce n’est pas une faveur au candidat de l’UFC.
Loin s’en faut. Mais il faut avouer que c’est important
pour l’apaisement et pour que la campagne électorale
se passe dans la sérénité et la maîtrise
de soi.
Savoir News: Comment appréciez-vous la nouvelle
composition de la CENI?
Patrick Lawson: L’impression la plus
importante, c’est que nous avons pu rechercher le consensus
pour une CENI équilibrée. Après l’élection
des membres de la CENI, nous ressentons toujours cette satisfaction
avec quelques réserves cependant.
Ces réserves ont trait à la situation de la société civile.
C’est cela qui ne nous a pas semblés correspondre à ce
que nous avons recherché jusqu'à présent
et plus singulièrement la situation au sein du REFAMP.
En réalité, il y a deux organisations de la société civile
qui devraient faire le choix ensemble, mais je crois savoir que
GF2D a décliné l’offre qui lui était
faite. Le GF2D aurait préféré qu’on
ne le mette pas en concurrence avec le REFAMP et au titre de
signataire de l’accord politique global, il soit retenu.
Ce n’est pas ce que nous avons fait à Ouagadougou.
Nous, on aurait souhaité que des discussions s’engagent
entre ces deux associations de la société civile
pour trouver un consensus sur le profil et sur la personne qui
devrait les représenter. Point n’est pas le cas.
Alors cela peut apparaître comme une CENI déséquilibrée
qui penche un peu vers le pouvoir, mais je crois que le débat
n’est plus là. Il faut, d’une façon
beaucoup plus générale, qu’on mobilise convenablement
les ressources humaines, aussi bien dans les institutions qui
vont s’impliquer dans les prochaines élections
qu’au niveau des cadres électoraux. Somme toute,
je dis que ce n’est pas ce qu’on aurait souhaité,
mais il ne s’agit pas de tout avoir sur le papier. Je crois
que c’est librement que ce choix est définitivement
fait. Nous nous inclinons.
En ce qui concerne les membres du CAR et de l’UFC, ils
feront ce qui est de leur devoir pour que ces élections
soient transparentes.
Savoir News: Selon vous, quelle devrait être
la prochaine étape après la recomposition de
la CENI pour que les élections s’organisent
dans de bonnes conditions?
Patrick Lawson: Il faut que la CENI se mette au travail pour
que les procédures soient mises en place : que les membres
prêtent rapidement serment ; que le président de
la commission électorale soit élu conformément à l’esprit
du consensus, et de préférence que celui là ne
soit pas, comme par le passé, un affidé du pouvoir.
Voilà ce que nous souhaitons de mieux à la CENI
; et que malgré leur appartenance politique, ils puissent
se mettre au travail et au service de la nation pour que ces élections
se passent en toute transparence.
Savoir News: Le mode de scrutin est un élément
important pour la prochaine présidentielle. Vous réclamez
un scrutin à deux tours. Pourquoi et quelle serait
l’avantage de ce mode de scrutin?
Patrick Lawson: Vous savez, notre préférence, c’est
un scrutin à deux tours parce que nous estimons que c’est
un scrutin d’apaisement. Quand on fait le premier tour
et avant qu’on aille au second tour, il faut laisser le
temps aux candidats de se parler et de s’organiser. Cela
permet aux uns et aux autres de parler à leurs militants.
Cela permet au probable vainqueur des élections de rassurer
les perdants qu’il n’y aura pas de chasse aux sorcières
etc. Ceci dit, nous allons poursuivre les débats et probablement
d’ici mi-septembre, nous devions nous retrouver autour
du facilitateur pour trouver un terrain d’entente.
Propos recueillis par Eric Kaglan, Savoir News
Composition de la CENI
Au titre de la Majorité parlementaire:
AGBO Yao Bloua, AKABA Koffi, BATANA Pawou, KOGOE Akrima, SAMBIANI-KONKADJA
Raphaël
Au titre de l’Opposition parlementaire:
AMAGLO James, AMELEWONOU Essem, CODJO K. Delawa, DJERI Adjawè,
HOMAVO Atsou
Au titre des Partis extra parlementaire: AKPOTSUI
Adam Extase, Kolani Kinam Lardja Henri, BETE Koffi Komlan
Au titre des Organisations de la Société Civile:
AGUIGAH Angèle Dola Akofa, DATE Yao, TABIOU Issifou,
Administration: POTOPERE Tozim
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