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Dossier spécial Gabon: Qui pour succéder au défunt satrape Omar Bongo Ondimba:

Tensions et intimidation sur les urnes, trois vainqueurs pour un trône

1er septembre 2009

Des gendarmes gabonais surveillent un bureau de vote à Libreville le 30 août 2009. (© AFP Issouf Sanogo) Retards, désorganisation, télévision coupée: l’élection présidentielle pour désigner le successeur d’Omar Bongo, décédé en juin, a connu plusieurs incidents, hier à Libreville, la capitale gabonaise. Dans la plupart des bureaux, les votes ont commencé avec beaucoup de retard. Certains n’ont ouvert qu’à midi au lieu de 7 heures. «C’est une désorganisation organisée» par le camp d’Ali Bongo, fils aîné d’Omar Bongo et investi par le parti au pouvoir, a dénoncé Marc Ona, responsable d’une ONG. «Les bureaux de vote ont ouvert tard pour que les populations se découragent. Les gens sont rentrés à la maison parce que les bureaux n’étaient pas ouverts.»

Imprévu. Dans les quartiers populaires, de longues files d’électeurs se sont formées dès tôt le matin. Dans le quartier de Nkembo, un homme a failli être lynché par les électeurs: selon eux, il avait tenté de voter alors qu’il n’en avait pas le droit car de nationalité ghanéenne. Les forces de l’ordre ont dû l’exfiltrer. L’opposition gabonaise soupçonne le parti au pouvoir, le Parti démocratique gabonais (PDG), d’avoir mobilisé les nombreux travailleurs immigrés vivant dans le pays afin de bourrer les urnes. Avant même le scrutin, elle dénonçait le gonflement artificiel des listes qui totalisent 800 000 électeurs.

A la mi-journée, nouvel imprévu avec l’annonce surprise du désistement de Casimir Oyé Mba, l’un des favoris du scrutin avec Ali Bongo, l’indépendant Andre Mba Obame et l’opposant Pierre Mamboundou. Oyé Mba n’a pas donné de consigne de vote. Deux jours plus tôt, il avait pourtant affirmé qu’il restait dans la course après des rumeurs le donnant rallié à l’ex-ministre de l’Intérieur Mba Obame.

Quelques heures après ce coup de théâtre, l’entourage de Mba Obame annonçait la coupure, par les autorités, de l’alimentation électrique des installations de sa chaîne de télévision privée TV+, abondamment utilisée dans le cadre de sa campagne électorale. «C’est une manœuvre d’intimidation qui montre que le parti au pouvoir est aux abois», déclarait le directeur de la télévision, Franck Nguema, accusant le camp d’Ali Bongo.
                 
«Problèmes». «Si Ali gagne, il va y avoir des problèmes, beaucoup de Gabonais ne le veulent pas pour président, s’inquiétait, hier, un chauffeur de taxi. Mais si Mba Obame gagne, il y aura de plus grands problèmes encore parce qu’Ali n’acceptera jamais la défaite.» Ali Bongo n’a démissionné de son poste de ministre de la Défense, qu’il occupe depuis une décennie, que quelques jours avant le début de la campagne électorale. Les premières estimations étaient attendues tard dans la nuit d’hier. Les résultats officiels du scrutin, à un seul tour, devraient être connus aujourd’hui ou demain. Mais, de plus en plus, des troubles paraissent inévitables.

FANNY PIGEAUD LIBREVILLE, liberation.fr

Au Gabon, trois «vainqueurs» se disputent le pouvoir

Trois des candidats à la présidentielle affirment avoir gagné «largement». Des proclamations qui, dans l'attente des résultats officiels mercredi, ne contribuent pas à apaiser la tension.
 
Au Gabon, c'est le paradoxe du jour. «On ne connaît pas les résultats des élections, mais on sait déjà qui sont les présidents», se lamentait lundi, mi-amusé, mi-accablé, un intellectuel de Libreville. Au lendemain du scrutin présidentiel, alors que la commission électorale n'avait pas encore délivré le moindre chiffre, trois des favoris à la succession d'Omar Bongo se sont déclarés vainqueurs. Et tous trois «largement».

De ce trio de chefs d'État autoproclamés, c'est Pierre Mamboundou qui s'est prononçé le premier. Dès dimanche soir, le vote tout juste clos, l'opposant de toujours au feu président se félicitait de «ce jour d'allégresse» où le «combat a conduit à la victoire finale». Assis devant un imposant portrait à l'huile le représentant, Pierre Mamboundou s'est néanmoins refusé à aller plus avant. Son entourage assurait seulement qu'il arrivait en tête dans ses fiefs du sud du pays et dans la capitale, sans dévoiler la moindre donnée précise. Quelques heures plus tard, André Mba Obame revendiquait à son tour les voix de Libreville et de certaines provinces. Selon cet ancien ministre de l'Intérieur, son parti serait majoritaire dans toute la ville, qui regroupe près de 40 % des électeurs gabonais. Une manière de se placer en gagnant de facto.

Dans la matinée de lundi, Ali Bongo a pris à son tour la parole, en tant que désormais «président de tous les Gabonais». Le fils du défunt chef de l'État, qui se dit «largement gagnant», affirme s'appuyer sur des «résultats venus de tout le territoire». Mais, là encore, nul ne donnera de chiffres.

«Une période dangereuse»
Seuls les visages tendus et fatigués donnaient à penser qu'une page s'était peut-être tournée au Gabon. Habitué aux scrutins aussi faciles que contestables, le Parti démocratique gabonais (PDG), fondé par Omar Bongo, semble nettement plus contesté. De l'aveu même du secrétaire général du PDG, Faustin Boukoubi, les résultats dans Libreville «seraient très serrés».

Un changement qui s'était dessiné dès dimanche. Au petit matin, une foule compacte et calme s'était massée devant les écoles transformées en bureaux de vote, enthousiaste face à cette première élection réellement ouverte de l'histoire du pays. À la nuit tombée, de nombreux électeurs suivaient toujours le dépouillement à travers les claires-voies des salles de classe, saluant à grands cris les suffrages des uns ou des autres. Une ferveur teintée de méfiance, qui pourrait rendre très périlleuses d'éventuelles fraudes - dont l'ancien régime gabonais s'était fait une spécialité.

Cette réalité, aucun des candidats ne l'ignore. Plus que de vraies déclarations de victoire, leurs discours de triomphe sont avant tout une manière de maintenir la mobilisation de leurs partisans. Et de faire peser une certaine pression sur la Commission électorale nationale. Lundi, cet organisme, chargé de collecter les suffrages, se murait dans le silence. Son président a annoncé lundi soir que les résultats seraient publiés mercredi.

L'attente n'est pas à même de faire baisser la tension sensible dans une capitale étonnamment vide. Les habitants de Libreville, provisions faites, se terrent chez eux. Des militaires sont déployés à chaque carrefour. Dans les quartiers populaires, les militants opposés au PDG se disent prêts à tout pour que la victoire annoncée de leur candidat devienne réalité. «Nous vivons une période dangereuse et l'annonce de leur victoire par les candidats n'arrange rien», souligne Anaclet Bissielo, le ministre gabonais du Développement.

Lundi, Paris s'est félicité «du bon déroulement du scrutin et de la bonne participation». Discrètement, l'ambassade de France au Gabon a demandé à ses ressortissants de rester chez eux. Les forces françaises stationnées au Gabon ne sont pas en alerte. Officiellement du moins.

Tanguy Berthemet, envoyé spécial à Libreville, lefigaro.fr        

 

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