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Dossier spécial Gabon: Qui pour
succéder au défunt satrape Omar Bongo Ondimba:
Tensions et intimidation
sur les urnes, trois vainqueurs pour un trône
1er septembre 2009
Retards, désorganisation,
télévision coupée:
l’élection présidentielle pour désigner
le successeur d’Omar Bongo, décédé en
juin, a connu plusieurs incidents, hier à Libreville,
la capitale gabonaise. Dans la plupart des bureaux, les votes
ont commencé avec beaucoup de retard. Certains n’ont
ouvert qu’à midi au lieu de 7 heures. «C’est
une désorganisation organisée» par le
camp d’Ali Bongo, fils aîné d’Omar Bongo
et investi par le parti au pouvoir, a dénoncé Marc
Ona, responsable d’une ONG. «Les bureaux de vote
ont ouvert tard pour que les populations se découragent.
Les gens sont rentrés à la maison parce que les
bureaux n’étaient pas ouverts.»
Imprévu. Dans les quartiers populaires, de longues files
d’électeurs se sont formées dès tôt
le matin. Dans le quartier de Nkembo, un homme a failli être
lynché par les électeurs: selon eux, il avait tenté de
voter alors qu’il n’en avait pas le droit car de
nationalité ghanéenne. Les forces de l’ordre
ont dû l’exfiltrer. L’opposition gabonaise
soupçonne le parti au pouvoir, le Parti démocratique
gabonais (PDG), d’avoir mobilisé les nombreux travailleurs
immigrés vivant dans le pays afin de bourrer les urnes.
Avant même le scrutin, elle dénonçait le
gonflement artificiel des listes qui totalisent 800 000 électeurs.
A la mi-journée, nouvel imprévu avec l’annonce
surprise du désistement de Casimir Oyé Mba, l’un
des favoris du scrutin avec Ali Bongo, l’indépendant
Andre Mba Obame et l’opposant Pierre Mamboundou. Oyé Mba
n’a pas donné de consigne de vote. Deux jours plus
tôt, il avait pourtant affirmé qu’il restait
dans la course après des rumeurs le donnant rallié à l’ex-ministre
de l’Intérieur Mba Obame.
Quelques heures après ce coup de théâtre,
l’entourage de Mba Obame annonçait la coupure, par
les autorités, de l’alimentation électrique
des installations de sa chaîne de télévision
privée TV+, abondamment utilisée dans le cadre
de sa campagne électorale. «C’est une
manœuvre d’intimidation qui montre que le parti au
pouvoir est aux abois», déclarait le directeur
de la télévision, Franck Nguema, accusant le camp
d’Ali Bongo.
«Problèmes». «Si Ali gagne, il va y avoir
des problèmes, beaucoup de Gabonais ne le veulent pas pour président,
s’inquiétait, hier, un chauffeur de taxi. Mais si Mba Obame gagne,
il y aura de plus grands problèmes encore parce qu’Ali n’acceptera
jamais la défaite.» Ali Bongo n’a démissionné de
son poste de ministre de la Défense, qu’il occupe depuis une décennie,
que quelques jours avant le début de la campagne électorale.
Les premières estimations étaient attendues tard dans la nuit
d’hier. Les résultats officiels du scrutin, à un seul tour,
devraient être connus aujourd’hui ou demain. Mais, de plus en plus,
des troubles paraissent inévitables.
FANNY PIGEAUD LIBREVILLE, liberation.fr
Au Gabon, trois «vainqueurs» se
disputent le pouvoir
Trois des candidats à la présidentielle affirment
avoir gagné «largement». Des proclamations
qui, dans l'attente des résultats officiels mercredi,
ne contribuent pas à apaiser la tension.
Au Gabon, c'est le paradoxe du jour. «On ne connaît
pas les résultats des élections, mais on sait déjà qui
sont les présidents», se lamentait lundi, mi-amusé,
mi-accablé, un intellectuel de Libreville. Au lendemain
du scrutin présidentiel, alors que la commission électorale
n'avait pas encore délivré le moindre chiffre,
trois des favoris à la succession d'Omar Bongo se sont
déclarés vainqueurs. Et tous trois «largement».
De ce trio de chefs d'État autoproclamés, c'est
Pierre Mamboundou qui s'est prononçé le premier.
Dès dimanche soir, le vote tout juste clos, l'opposant
de toujours au feu président se félicitait de «ce
jour d'allégresse» où le «combat
a conduit à la victoire finale». Assis devant
un imposant portrait à l'huile le représentant,
Pierre Mamboundou s'est néanmoins refusé à aller
plus avant. Son entourage assurait seulement qu'il arrivait en
tête dans ses fiefs du sud du pays et dans la capitale,
sans dévoiler la moindre donnée précise.
Quelques heures plus tard, André Mba Obame revendiquait à son
tour les voix de Libreville et de certaines provinces. Selon
cet ancien ministre de l'Intérieur, son parti serait majoritaire
dans toute la ville, qui regroupe près de 40 % des électeurs
gabonais. Une manière de se placer en gagnant de facto.
Dans la matinée de lundi, Ali Bongo a pris à son
tour la parole, en tant que désormais «président
de tous les Gabonais». Le fils du défunt chef
de l'État, qui se dit «largement gagnant»,
affirme s'appuyer sur des «résultats venus de
tout le territoire». Mais, là encore, nul ne
donnera de chiffres.
«Une période dangereuse»
Seuls les visages tendus et fatigués donnaient à penser
qu'une page s'était peut-être tournée au
Gabon. Habitué aux scrutins aussi faciles que contestables,
le Parti démocratique gabonais (PDG), fondé par
Omar Bongo, semble nettement plus contesté. De l'aveu
même du secrétaire général du PDG,
Faustin Boukoubi, les résultats dans Libreville «seraient
très serrés».
Un changement qui s'était dessiné dès dimanche.
Au petit matin, une foule compacte et calme s'était massée
devant les écoles transformées en bureaux de vote,
enthousiaste face à cette première élection
réellement ouverte de l'histoire du pays. À la
nuit tombée, de nombreux électeurs suivaient toujours
le dépouillement à travers les claires-voies des
salles de classe, saluant à grands cris les suffrages
des uns ou des autres. Une ferveur teintée de méfiance,
qui pourrait rendre très périlleuses d'éventuelles
fraudes - dont l'ancien régime gabonais s'était
fait une spécialité.
Cette réalité, aucun des candidats ne l'ignore.
Plus que de vraies déclarations de victoire, leurs discours
de triomphe sont avant tout une manière de maintenir la
mobilisation de leurs partisans. Et de faire peser une certaine
pression sur la Commission électorale nationale. Lundi,
cet organisme, chargé de collecter les suffrages, se murait
dans le silence. Son président a annoncé lundi
soir que les résultats seraient publiés mercredi.
L'attente n'est pas à même de faire baisser la
tension sensible dans une capitale étonnamment vide. Les
habitants de Libreville, provisions faites, se terrent chez eux.
Des militaires sont déployés à chaque carrefour.
Dans les quartiers populaires, les militants opposés au
PDG se disent prêts à tout pour que la victoire
annoncée de leur candidat devienne réalité. «Nous
vivons une période dangereuse et l'annonce de leur victoire
par les candidats n'arrange rien», souligne Anaclet
Bissielo, le ministre gabonais du Développement.
Lundi, Paris s'est félicité «du bon
déroulement du scrutin et de la bonne participation». Discrètement,
l'ambassade de France au Gabon a demandé à ses
ressortissants de rester chez eux. Les forces françaises
stationnées au Gabon ne sont pas en alerte. Officiellement
du moins.
Tanguy Berthemet, envoyé spécial à Libreville,
lefigaro.fr
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