La CDPA-BT et les récents accords
de Ouagadougou:
L’opposition parlementaire une
fois de plus flouée?
1er septembre 2009
L’opposition parlementaire actuelle est trop faible face
au régime pour arriver à renverser le rapport des
forces au profit de l’Opposition togolaise. Seul, un front
le plus large possible peut rendre probable en 2010, l’alternance
au pouvoir. Un tel front ne se confond pas avec un rassemblement
hétéroclite autour d’un candidat.
Les accords de Ouaga signés le 08.08.09 ont suscité beaucoup
de déception dans la presse comme dans l’opinion
aussi bien au Togo que dans la diaspora togolaise. Et il y a
de quoi. Suivant le contenu du document rendu public, seuls les
problèmes relatifs à la composition de la CENI,
aux conditions d’éligibilité, au mode de
scrutin sont débattus, alors que les problèmes
qui conditionnent vraiment la probabilité d’une
alternance au pouvoir en 2010 et tout l’avenir du pays
sont: le problème du mode de scrutin, et donc de la modification
de la constitution en vigueur depuis 2002, le problème
de la composition de la Cour constitutionnelle et des fonctions
dévolues à cette institution, le problème
du découpage électoral et de la révision
des listes électorales, le grave problème du droit
des Togolais de la diaspora de voter.
Par rapport à ces problèmes essentiels, la composition
de la CENI et les conditions d’éligibilité sont
en réalité tout à fait secondaires, en ce
sens qu’ils ne sont pas forcément de nature à rendre
l’alternance au pouvoir possible en 2010.
Même sur ces problèmes de second plan, les
deux partis de l’opposition parlementaire n’ont vraiment
pas de quoi pavoiser comme ils l’ont fait au retour de
Ouaga.
• Sur la composition de la CENI, le régime a de
toute évidence imposé ses quatre volontés à travers
le RPT, obligeant ainsi l’UFC et le CAR à rempocher
leur proposition commune, laquelle, au demeurant, n’a rien
de vraiment original.
• Sur la question du mode de scrutin, pourtant si fondamental
pour rendre les élections présidentielles démocratiques,
les accords sont restés évasifs, laissant entendre
seulement “qu’une réflexion est en cours pour
arrêter un modèle consensuel”. Cela veut dire
en clair que pour les présidentielles de 2010, le mode
de scrutin risque fort d’être encore, comme les précédentes
présidentielles, le scrutin à un tour imposé par
le régime et son parti en 2002.
• Enfin, sur les conditions d’éligibilité,
le CAR et l’UFC se sont contentés d’une promesse “d’assouplissement” dont
les termes n’ont même pas fait l’objet d’une
négociation, les deux partis ayant visiblement laissé carte
blanche au régime pour faire ce qu’il veut.
Bien entendu, “l’assouplissement” décidé par
le Gouvernement le 17 août 2009 permet aux détenteurs
de la double nationalité de se porter candidats aux présidentielles.
Mais si le régime a si rapidement fait cette concession
aux candidats concernés, c’est qu’il sait
qu’une telle concession ne pèse pas lourd dans les
conditions requises pour rendre possible l’alternance au
pouvoir en 2010.
Dans tous les cas, la diaspora togolaise n’a toujours
pas le droit de voter.
En définitive, le CAR et l’UFC, pour des raisons
faciles à deviner, se sont, de toute évidence,
laissés flouer une fois de plus à Ouaga par le
régime et son parti. Dans ces conditions, proclamer que “Nous
avons fait beaucoup de progrès ces derniers jours à Ouaga”,
ou que “…dans ce genre de rencontres, vous ne pouvez
pas tout avoir…”, c’est afficher une autosatisfaction
parfaitement déplacée par rapport aux inquiétudes
des Togolais sur les présidentielles en vue et à leurs
aspirations au changement politique après les élections.
La réalité est qu’à Ouaga, le rapport
des forces a joué une fois de plus en faveur du régime
et en défaveur de l’Opposition toute entière.
Comme beaucoup d’autres événements qui ont émaillé l’évolution
de la politique togolaise au cours de ces deux dernières
années, ces accords confirment, eux aussi, ce que la CDPA-BT
avait commencé à dire dès le lendemain des
législatives d’octobre 2007 : l’opposition
parlementaire actuelle est trop faible face au régime
pour arriver à renverser le rapport des forces en faveur
de l’Opposition togolaise.
En conséquence, la CDPA-BT estime dangereuse la tendance
des deux partis formant l’opposition à l’Assemblée à se
poser comme les seuls partis d’opposition dans le pays.
Ce faisant, ils empêchent la lutte d’opposition d’avancer
et font par là même le jeu du pouvoir en place.
Les 20 années de piétinement du courant dominant
de l’Opposition ont suffisamment montré que le combat
contre un régime de dictature pour l’instauration
d’un système politique démocratique n’est
l’affaire, ni d’un seul homme si charismatique soit-il,
ni d’un seul parti d’opposition si grand soit-il,
ni d’une seule ou d’une somme d’associations
de la société dite civile… C’est un
combat collectif impliquant tous ceux qui veulent le changement
politique, sans considération d’appartenance politique,
associative, syndicale, confessionnelle, ethnique…
Cela veut dire que pour rendre possible l’alternance politique
en 2010 ou plus tard, il faut nécessairement impliquer à nouveau
la masse de la population dans le processus politique, et le
faire cette fois-ci sous la forme d’une organisation forte
et cohérente réunissant dans un front le plus large
possible toutes les composantes de cette masse d’opposants
: Parti politiques de l’Opposition, organisations syndicales,
organisations associatives, organisations religieuses, organisations
de la diaspora...
On voit bien qu’un tel front n’a rien de commun
avec un rassemblement hétéroclite autour
d’un candidat aux élections présidentielles
de 2010.
Fait à Lomé, le 20 Août 2009.
Pour la CDPA-BT, Le Premier Secrétaire
Prof. E. GU-KONU
Convention Démocratique des Peuples Africains – Branche
togolaise CDPA-BT
BP 13963 ; Tél./Fax : 250 86 88/ 225 38 46 ;.320 30 93
; Fax : 225 38 46; Lomé - Togo
E-mail: cdpa-bt.cdpa-bt@orange.fr Site internet:
http://www.cdpa-bt.net
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