Participation aux missions de maintien de
la paix:
Des militaires dénoncent le favoritisme
dans le choix des Chefs corps
8 septembre 2009
Le Togo est engagé depuis quelques années dans
les missions de maintien de paix dans certains pays du continent.
Mais il se pose dans le choix des militaires un problème
qui, si on n’y prend garde, risque de mettre en mal la
cohésion au sein des Forces armées togolaises (FAT).
Le favoritisme étant souvent la norme, seul un groupuscule
en profite.
«Les militaires doivent obéissance aux ordres
de leurs supérieurs et sont responsables de l’exécution
des missions qui leur sont confiées», stipule
l’article 18 du nouveau statut des FAT. C’est l’essence
même de la discipline au sein de la grande muette. Cependant,
certains responsables comme les chefs corps en abusent et oublient
que ceux qui sont sous leurs ordres ont aussi des droits reconnus
par le nouveau statut et la Constitution togolaise.
C’est ainsi qu’ils font preuve d’un favoritisme écœurant
dans le choix des soldats devant s’engager dans les missions
de maintien de la paix. A ce niveau, tous n’ont pas les
mêmes droits.
«Quand une occasion de maintien de la paix s’offre,
ce sont souvent les chefs corps qui envoient les noms à l’Etat
major. Ceux qui sont choisis sont très bien formés
avant leur départ du pays. Mais c’est que le choix
ne se fait pas dans la transparence. Il faut avoir des bras
longs pour espérer participer à cette mission.
Tout se fait par affaire. Si vous n’avez personne, si
vous n’avez aucun soutien dans le cercle, personne ne
pensera à vous. Je suis là avec certains mais
ils ont déjà fait deux à trois missions»,
s’indigne un militaire.
Selon les informations qu’on a recueillies, la première
condition pour faire partie des heureux élus, il faut
avoir des rapports privilégiés avec le chef corps.
Ensuite, il faut avoir une main généreuse. Comme
l’explique un autre: «Nous ne sommes pas tous
traités au même pied d’égalité dans
notre corps. Il y a les hommes du chef corps qui bénéficient
de beaucoup d’avantages. Ce sont eux qui sont souvent choisis
pour faire partie du contingent. Et quand ils reviennent, ils
graissent les pattes au chef en lui offrant des cadeaux ou une
partie de leurs frais de mission. Tout ceci, dans le but d’être
reconduit à une autre occasion. C’est frustrant».
En revanche, certains parlent d’un deal qui lie le militaire à ses
premiers responsables. «C’est un business qui
profite à nos chefs et à certains de nos collègues.
Le choix des gens est conditionné par la promesse de donner à la
fin de la mission une commission aux patrons. C’est un
commerce qui est rentré dans les habitudes. Le fait de
s’exécuter constitue une garantie pour une prochaine
mission. Conséquence, les gens ont fait entre 4 et 5 missions
alors que certains comme moi n’y sont jamais allés.
Pour éviter les représailles, nous nous taisons,
nous ne revendiquons rien. Nous n’extériorisons
pas notre colère. Il faut aussi ajouter que le choix ne
répond pas parfois au critère d’aptitude»,
explique un Sergent.
Une situation reconnue par un jeune soldat qui a déjà participé à deux
missions: «C’est un fait très courant
dans les différents corps. La première fois, j’étais
surpris de voir mon nom figurer dans la liste. Après,
on m’a invité pour m’expliquer comment les
choses se passent. J’ai donné mon accord sans broncher.
Et depuis, j’ai participé à deux missions».
Il nous revient que le choix ne s’opère pas de
façon continue. On essaie d’intercaler quelques
missions pour ne pas éveiller le soupçon de l’Etat
major. «Pour brouiller les pistes, on ne fait pas voyager
la même personne pour deux missions qui se suivent. Si
vous participez à une première mission, on ne vous
prend que lors de la troisième. Ce n’est pas normal
qu’on ait eu les mêmes formations et qu’après
tout, on privilégie certaines personnes au détriment
des autres. Les chefs corps ne doivent pas abuser de leur pouvoir
discrétionnaire pour fouler aux pieds le principe d’égalité de
tous devant le travail», s’emporte un Caporal
chef qui espère que les choses vont changer avec les derniers
mouvements intervenus à la tête des différents
régiments. «Notre souhait est que les nouveaux
chefs corps ne tombent pas dans les mêmes travers. Il faut
qu’il y ait dorénavant de la transparence dans le
choix de ceux qui participent aux missions de maintien de la
paix et que les plus méritants soient retenus»,
ajoute-t-il.
Par contre, un officier semble minimiser ce phénomène. «Vous
savez qu’il y a des brebis galeuses dans toutes les sociétés.
Il est possible qu’on ait parfois ces genres de situation.
Mais ce n’est pas quelque chose à généraliser»,
fait-il remarquer.
R. Kédjagni
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