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Afrique-élections:

Lorsque la France se dit neutre mais parraine le désordre

16 septembre 2009

Kodjo EpouC'était la faillite des régimes de parti unique qui avait conduit, dans les 90, de nombreux pays africains à prendre l’engagement de réécrire leurs constitutions pour s'ouvrir à l’alternance par des élections démocratiques. L'objectif était de créer un environnement favorable à l’exercice de la diversité, au triomphe du consensus et à un véritable décollage économique, avec et pour les peuples. Vingt ans après, le bilan n'est guère brillant. C’est du désastre. L’euphorie s'est fait dribbler par la désillusion et l’espérance par l'incertitude.

 Dans la quasi totalité de nos pays – particulièrement ceux ayant eu le malheur d’avoir été colonisés par la France –  ce sont d'horribles farces électorales qu'on voit en lieu et place de transfert réglementaire de pouvoir. Ici, c’est le fils qui succède au père dans des conditions pleines de péripéties rocambolesques. Là, c’est un militaire qui arrache le pouvoir par la force avant de se faire élire par la fraude. Ailleurs, c’est un vieil autocrate qui subtilise, par voix référendaire, le suffrage de son peuple pour se faire tailler sur mesure une constitution, lui donnant droit à des mandats sans limite. Ce sont là les prouesses du beau continent où les pays respectueux des règles du jeu démocratique sont plutôt rares.

 L’élection présidentielle que vient de connaître le Gabon est l'une de ces frasques désolantes. Ali bongo succède à Omar Bongo. Demain, ce sera, peut-être, Karim Wade au Sénégal ou Gamal Moubarak en Egypte. Pourquoi pas, si cela avait déjà marché pour Joseph Kabila au Congo Kinshasa et Faure Gnassingbé au Togo? Les africains ont forcément des soucis à se faire, face à l'émergence de cette Afrique des princes. Si l’on sait que la corrélation congénitale “tel père, tel fils”, n'est faussée que dans un cas sur mille, alors, c'est sûrement la réincarnation des vieilles dictatures dans des corps rajeunis.

Au Gabon, les barbouzes de la françafrique – Robert Bourgi en est un des plus détestables – ont été très actifs. Les électeurs, ne voulant pas voir s'envoler l'unique opportunité de changement que leur offrait la mort de l'émir Omar, ont violemment protesté, dans la limite de leurs moyens. Mais ils ont juste eu la force de conspuer la France et de déclarer un déni de légitimité à Ali Bongo. Pas plus. L’opposition n'ayant pas préparé sa monture pour pousser loin le mouvement de contestation. Finalement, le peuple gabonais va faire avec un président au rabais en qui transparaît une âme de laquais. Ce que Paris veut sous le ciel d’Afrique, Dieu le veut. Et, comble de paradoxe, l'Union Africaine, tout docilement, y souscrit. Sans jamais prendre le contre-pied des turpitudes de la Françafrique sur le continent, elle se débine.

La France, il faut le reconnaître, a amorcé son déclin et est désormais un pays en voie d'appauvrissement. C’est un fait. Il lui faut trouver, quelque part, les ressources pour nourrir les ambitions de sa puissance décadente. D’ou cette pille massive du continent a qui la France prend beaucoup trop qu’elle ne lui donne. Mais en spoliant les Kamites de leurs biens, en leur imposant des présidents sans aucune base populaire, les prédateurs français finiront par transformer les oppositions africaines, majoritairement pacifiques, en mouvements de Libération Nationale. Ils devront, conséquemment, se préparer à affronter la résurgence d'une francophobie intolérante.

Si la France s'immisce avec mépris inconsidéré et arrogance insultante dans nos affaires, si ses avocats transhumants, envoyés très spéciaux de l’Elysée, se glissent dans nos urnes pour en sortir des présidents de popularité nulle, c'est parce que le terrain est propice, facile à pratiquer. Dans cette tragédie, les élites politiques africaines ont elles-aussi leur part du blâme. Elles pêchent par manque de vision, de stratégies d’appoint et surtout d’excès d’intérêt partisan. Maintenant, pendant combien de siècles de plus les africains devront-ils encore se laisser chosifier. C’est là certainement une des préoccupations majeures des masses populaires africaines à qui la France dénie tout droit de choisir et de vivre libre. Cette France-là mérite d’être appelée par ce qu’elle est réellement: RACISTE.

Kodjo EPOU, Washington DC USA


 

 

 

 

 

 

           

           

 

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