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Démocratie et scrutin présidentiel:

72 heures de protestation contre 5 années de règne du parti au pouvoir

21 septembre 2009

A quoi servent les élections dans des républiques bananières?Quel constat pouvons-nous faire des consultations électorales en Afrique? Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elles ont été détournées de leurs objectifs et nombreux ceux qui pensent qu’il faut remettre les pendules à l’heure pour que les résultats des urnes soient acceptés par tous les protagonistes et les populations. Il est temps de sortir de ce cercle malhonnête qui veut que l’opposition demeure dans la protestation et le parti au pouvoir s’éternise aux affaires.

Et comme si on assistait à une répartition du travail, les partis d’opposition en Afrique sont faits pour protester, descendre dans la rue pour réclamer une supposée victoire volée. Par contre, la majorité au pouvoir abuse de tous les artifices pour se maintenir aux affaires au détriment des résultats des urnes. Ainsi donc, l’opposition passe pour être professionnelle de la contestation nonobstant la légitimité de son action. Cette pratique vise à ternir, désavouer et à réduire à néant la seule et unique arme de l’opposition.

Ces faits nous amène à nous interroger sur l’importance des consultations électorales en Afrique. Peut-on encore parler de compétition quand on sait que les dés sont pipés d’avance et que l’opposition n’aurait jamais gain de cause après contestation et protestation des résultats du scrutin? Nous rejoignons ici ceux qui pensent que l’organisation des élections en Afrique est un gros gâchis de temps, d’énergie et d’argent. Les milliards de francs investis dans l’organisation des élections pourraient visiblement être affectés à d’autres besoins. Cela ne sert à rien d’organiser des compétitions quand le vainqueur est connu d’office avant même le début du scrutin. Des compétitions sans enjeu n’ont naturellement aucun intérêt.

C’est également le lieu de s’interroger sur le rôle joué par les bailleurs de fonds tels la Banque mondiale, le Fmi, l’Union européenne et l’Onu dans l’organisation des élections dites démocratiques depuis les années 90. A en croire certaines indiscrétions, l’Union européenne se devait de se positionner sur tous les fronts électoraux, histoire d’embellir son image et de marquer sa présence. A preuve, elle justifiait la fraude au motif de l’apprentissage de la démocratie. Ayant atteint l’âge de la maturité, nous pensons que l’Union européenne doit changer son fusil d’épaule vis-à-vis des pays africains. Et pour cause, la démocratie n’est ni un effet de mode, ni un luxe pour les africains. L’Union européenne se doit de revoir son approche en matière d’organisation d’élections en Afrique. La souveraineté d’un Etat ne peut aller contre les exigences de transparence et de crédibilité. Ce n’est pas rendre service au continent africain en envoyant des observateurs en «souliers vernis» qui viennent distribuer à la pelle des satisfecits avant même l’entame des opérations de vote. L’UE doit avoir à cœur le bon déroulement du scrutin. Il s’agit d’envoyer des observateurs et du personnel technique avant, pendant et après les élections.

L’Union européenne, le FMI, la Banque mondiale, l’Onu entre autres, doivent peser de tout leur poids dans l’organisation d’élection en Afrique. Il s’agit pour ces organisations de s’investir dans toutes les phases du processus électoral entre autres, le découpage électoral, la définition du chronogramme, les opérations de recensement, la distribution des cartes d’électeur, la sécurisation et la couverture médiatique du scrutin, la présence effective dans les bureaux de vote, l’observation du dépouillement, la signature des procès-verbaux…Si on part du principe que les partis d’opposition et le parti au pouvoir ont autant à gagner que le scrutin soit transparent et crédible. C’est plus une question de bonne foi et du désir d’une paix sociale. Seulement voilà, en politique la bonne foi n’est pas la chose la mieux partagée. Evidemment, la recette paraît bien simple cependant, la réalité est tout autre chose. Les intérêts des uns et des autres peuvent compromettre ce projet. Et surtout lorsqu’on accède au pouvoir, on a tendance à faire mains et pieds pour le conserver.

Nous sommes aujourd’hui confrontés à une démocratie à deux vitesses : une démocratie telle pratiquée en Occident et une autre dans les pays africains. En Afrique francophone, la démocratie doit se limiter à l’existence de partis d’opposition qui n’accéderont jamais au fauteuil présidentiel. Des partis d’opposition qui serviront à embellir le landernau politique. Nous avons pour preuve les dinosaures tels que Oumar Bongo, Etienne Eyadema, Paul Biya, Denis Sassou Nguesso, Blaise Comparé qui malgré le vent du changement qui a soufflé, sont restés indéboulonnables grâce au soutien indéfectible de la France. Comme quoi, la françafrique a ses raisons que la Raison ignore. On se souvient du président ivoirien Laurent Gbagbo qui a revu à la baisse ses ambitions après que son pouvoir a vacillé face à une rébellion financée, armée et montée de toute pièce par la France. Vouloir traiter à part égale ou en partenaire avec la France, reste encore un leurre. Voilà cette France à deux visages qui consolide sa démocratie et par contre, apporte son soutien aux dictateurs africains pour sauvegarder ses intérêts sur le dos des populations.

A ce jeu malsain, la dernière trouvaille de la France, est l’alternance sous haute escorte, ce que d’autres ont appelé une alternance au nom du père et du fils. Le Togo ayant montré la voie après une parodie d’élection, le fils de l’ancien dinosaure Etienne Eyadema confisque le fauteuil présidentiel. Aujourd’hui, c’est au tour du Gabon de la famille Bongo de prendre le témoin avec l’onction de l’Elysée. A qui le tour? Lorgner du côté du Sénégal de Me Wade ne serait pas indécent.

Mais porter un doigt accusateur vers la France, c’est aussi le choix de la facilité. La France ne peut dicter sa loi en Afrique si elle ne s’appuie pas sur des complices, prêts à vendre leur âme au diable contre des peccadilles. Malheureusement, ces es chefs d’Etat de façade qui dirigent leur pays par procuration sont légion en Afrique francophone.

Que faut-il faire pour que le changement en Afrique ne soit pas remis en cause par les intérêts de la France? Comment éviter de réduire l’espace public à la contestation et le pouvoir à une propriété privée? Autant de questions qui interpellent.

Kouassi Etsri Salson
Atelier pour la démocratie et le développement en Afrique (A2D-Afrique)
a2dafrique@gmail.com

 

 

 


 

 

 

 

 

           

           

 

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