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Togo: Lettre ouverte d’une compatriote à M.
le Premier Ministre:
Gilbert Houngbo proche du peuple au début,
tout méconnaissable à la fin
1er octobre 2009
Dans le présent courrier que nous venons de recevoir,
une compatriote interpelle le Premier Ministre Gilbert Houngbo
dont elle a tenu à apprécier les toutes premières
actions par lesquelles il s’était illustré dès
sa nomination en tant que chef du gouvernement, rassurant ainsi
ses concitoyens que l’espoir était permis. Elle
déclare ne plus reconnaître, après un an à la
tête du gouvernement, son PM plein d’entrain et d’enthousiasme
en tenue jogging qui allait sur le terrain, constater de visu
les dégâts pour proposer des solutions.
Elle rappelle au passage cette initiative personnelle d’un
PM comme on en n’avait jamais vu auparavant, qui consistait à approcher
les Togolais à l’occasion pour les interroger, afin
de s’enquérir de leurs problèmes. Aujourd’hui,
déplore-t-elle, le PM qui semblait sensible aux problèmes
de ses compatriotes au point de leur promettre de tout mettre
en œuvre pour leur permettre de sentir un début
d’amélioration dans leur vécu quotidien au
bout d’un semestre, c’est celui-là même
qui semble aider à enfoncer davantage les Togolais. Lisez.
Excellence,
Je ne vous cache pas que j’ai été l’une
de vos admiratrices dès le début de votre prise
de fonction. Pendant que certains compatriotes, eu égard
aux expériences passées qu’ils ont connues
avec ceux qui vous avaient précédé, doutaient
de votre capacité à aller au bout de votre ambition
pour le Togo, j’étais l’une des rares personnes
dans le pays qui croyaient encore dur comme fer, que vous étiez
en passe de surprendre tout le monde et agréablement.
Aujourd’hui, désenchantée, je ne peux qu’afficher
le profil bas et constater avec amertume que ce sont les autres
qui avaient raison.
Excellence, à vos débuts, vous étiez apparemment
soucieux du meilleur devenir du Togolais, à ce qu’il
paraissait, mais aujourd’hui, tout porte à croire
que c’est vous qui aidez ceux qui n’ont jamais voulu
le bien de ce peuple, le pouvoir en place, à enfoncer
davantage les Togolais. A quoi cela est-il dû? Il n’y
a que vous pour répondre à cette préoccupation.
Pour apporter un élément de preuve à cette
assertion, je prends le cas des routes et des rues que votre
gouvernement couvre de latérite un peu partout à Lomé depuis
quelques mois, Lomé qui se trouve d’ailleurs être
la capitale du pays. Je constate que les Togolais qui avaient
toutes les peines du monde à relever la tête, à vaincre
la misère ambiante sous le poids de laquelle ils courbent
l’échine et qui clopin-clopant, dans leur lutte
pour la survie, décidés à ne pas se laisser
affaisser, vaincre par le mal, réussissent à se
créer au petit bonheur de la chance une espérance,
c’est vous, Excellence, qui contribuez davantage à leur
donner le coup de grâce, au lieu de les aider à aller
vers l’espérance.
Un compatriote a réussi, avec toutes les peines du monde, à ouvrir
il y a seulement quelques mois, pas même un an, un cybercafé sur
l’une des voies, (je ne dirai pas laquelle et je ne donnerai
même pas le nom de ce cyber), que vous avez décidé de
recouvrir de latérite. Il convient de signaler que l’existence
de cette AGR est antérieure à la voie en question.
La dizaine d’écrans, unités centrales, claviers
et autres accessoires sont couverts tous les jours de poussière
de latérite. Deux fois dans la journée, le petit
personnel est obligé de se mettre à la tâche,
essuyant cette poussière qui ne finit pas.
Depuis que la voie a changé d’aspect, la clientèle
de son côté se fait de plus en plus rare. Qui a
tué l’activité de ce pauvre citoyen, si ce
n’est le Premier Ministre par le biais de sa politique
d’infrastructures routières. Le plus grave, c’est
que ce n’est même pas la poussière que l’on
voit des yeux, qu’on essuie et qui revient sans cesse,
qui constitue le gros problème. Le plus gros problème,
c’est la poussière invisible qui pénètre
des appareils aussi sensibles que les ordinateurs.
Ces poussières, d’ici quelques semaines, finiront
sûrement par avoir raison de cet investissement onéreux
pour ce compatriote qui a recruté un personnel à rémunérer.
Autre chose, si le propriétaire du cyber avait loué le
local abritant ses machines, il pouvait bien aller chercher ailleurs
pour se réinstaller et se donner une nouvelle chance de
lutte pour la survie. Il habite chez lui avec des bouches à nourrir.
Faudra-t-il se maintenir dans la poussière avec ses conséquences
ou abandonner carrément ce cadre et dépenser pour
la location plus loin, par la faute du PM qui a promis de faciliter
la vie aux Togolais mais la leur complique au quotidien?
Excellence, je me suis permis tout simplement d’évoquer
un cas. Inutile de vous dire qu’en bordure de ces multiples
voies latérisées à Lomé depuis quelques
mois, il n’y a pas qu’un ou des cybercafés.
Il y a tant d’autres Togolais, qui se sont jetés à l’eau
pour tenter leur chance, pour un effort de survie pour ne pas
se laisser abattre par la crise socio-politique ou économique
que vit le pays depuis des années. Ayant longuement et
vainement placé leur espoir en vos promesses, sans la
moindre lueur un an après, il y a lieu pour ces millions
de Togolais de s’interroger et de s’inquiéter.
C’est à tout ce monde-là dont vous avez envenimé la
vie, corsé encore plus le vécu quotidien, à défaut
de les leur alléger, que je vous prie de penser.
Je vous ferais une trop grande offense que vous ne méritez
pas, en prétendant que vous avez du mépris pour
vos compatriotes. Je le dis d’autant plus que j’ai
senti ce dont vous étiez capable dès le début.
Malheureusement je suis loin de m’imaginer ce qui a pu être
plus fort que vous, au point de vous maintenir là où vous êtes
encore jusqu’à ce jour et qui semble vous avoir
fait perdre tant d’honneur. Les rues de Lomé dont
vous avez confié le replâtrage au génie militaire
togolais, ces rues, dans 95% des cas sont retournées à ce
qu’elles étaient il y a un an, quand vous atterrissiez à la
primature.
Excellence, faites, s’il vous plaît, le tour de
la ville de Lomé, pour observer de vos propres yeux, ce
que sont redevenues après seulement quelques mois, ces
rues pour lesquelles votre gouvernement a investi des centaines
de millions de francs CFA pour rien. On dirait même que
la dégradation des voies asphaltées aujourd’hui
est pire qu’hier.
Excellence, dans l’espoir que vous prendrez en compte
cette situation déplorable que je viens de vous exposer
et que, même si demain, vous ne décidiez rien dans
le but de mettre fin à cette latérisation à Lomé,
au moins que ce cas du propriétaire de cybercafé et
d’autres encore en désarroi soient dès à présent
pour vous un véritable cas de conscience.
Lomé, le 23/09/09
Une Actrice du développement
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