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Portrait: Gilchrist Olympio du mythe à la
réalité (Acte 1):
Son parcours scolaire et professionnel, l’homme,
les «agressions terroristes» et Soudou
05 octobre 2009
Kwami Sylvanus Gilchrist Olympio est né au Togo le 26
décembre 1936 dans une famille bourgeoise de la côte
Est. Son grand père, Epiphanio Elpidio Olympio était
un fils d’immigré venu du Brésil. Cet homme
avait émigré pour faire du commerce sur les côtes
togolaises. Kwami Sylvanus Gilchrist Olympio, aujourd’hui
connu sous le nom de Gilchrist Olympio ; «Fo Gil» pour
les intimes et le «Maréchal» pour
ses détracteurs, affiche l’image d’un homme
mythique, capable de mobiliser d’immenses foules partout
où il passe. L’homme aura été l’ennemi
juré de feu Gnassingbé Eyadema durant toute sa
vie. Les deux se vouant une haine sans limite. Dès les
années 1986, et précisément le 23 septembre,
le régime en place au Togo accuse le fils du premier président
d’activités terroristes. Des mandats d’arrêt
seront lancés à son encontre, mais sans succès.
Celui-ci reviendra au Togo à la suite de l’amnistie
générale signée par le président
Eyadema au lendemain du réveil démocratique du
pays. Mais, cela ne signifiait guère réconciliation
et pardon entre les deux. Et cela va très vite se vérifier.
Lors d’une tournée de sensibilisation dans le nord
du Togo en mai 1992, Gilchrist Olympio est victime d’une
tentative d’assassinat. Eyadema sera accusé d’en être
le commanditaire. L’opposant sortira de cet attentat grièvement
blessé mais survivra.
Depuis cette date, en plus du mythe hérité de
son défunt père, l’homme aura acquis un autre,
celui de l’homme qui fait trembler le président
général. Un slogan serait même né dans
le pays à ce propos, «Baba lévon yovovia»,
(le vieux président a peur du métis). Gilchrist
Olympio aura pendant longtemps symbolisé le changement
et l’alternance au Togo. Cependant, ces dernières
années, la population semble perdre peu à peu son
engouement pour le personnage.
Dans ce dossier, nous chercherons à savoir qui est Gilchrist
Olympio. Quel est son parcours scolaire et professionnel? Quelle
est son histoire ? Ses ambitions pour le pays? Quelle
est la vision des populations sur ses méthodes? Que disent
ses détracteurs?
Le parcours scolaire de Gilchrist Olympio
Selon les proches du président de l’Union des Forces
de Changement (UFC), il fut le troisième enfant de Sylvanus
et Dinah OLYMPIO. «Kwami Gilchrist Olympio est né le
26 décembre 1936 à Lomé, lit-on sur
le site qui lui est récemment dédié. Enfant
joyeux et discipliné, il fit ses études primaires à l’école
de la mission catholique Notre Dame du Sacré Cœur
de Lomé et fut reçu premier de sa promotion dans
cet établissement au certificat de fin d’études.
Sur concours, il fut accepté à la prestigieuse école
secondaire d’Achimota alors appelée «Princes
of Wales College» à Accra. Dans cet établissement
où est formée l’élite du Ghana dont
le premier Chef d’Etat Kwame N’Krumah, Gilchrist
fera montre d’une intelligence remarquable, d’une
discipline exemplaire et d’un talent sportif et musical
admirable.
En 1958 il entra au Hamilton Collège Clinton à New
York pour étudier les mathématiques et la philosophie.
Mais il rejoindra une année plus tard la London School
of Economics and Political Sciences où son défunt
père fit ses études supérieures».
L’enfant qu’il était, va exprimer son désir
d’étudier les sciences de la pensée, en l’occurrence
la philosophie, mais son père, économiste et gestionnaire
en marketing, s’opposera à ce choix et conseilla
plutôt à son fils, les études d’économie
et de comptabilité. Pour le convaincre, il lui dit que, «Même
en temps de crise le petit boulanger du coin a besoin de comptable» et
faire la comptabilité, procure assez d’opportunités.
Avec une bourse de la Fondation Oppenheimer, Gilchrist prépara
un Doctorat à la célèbre université d’Oxford
en Grande Bretagne. L’expérience de ses années
d’études à Oxford, lit-on, le marqua profondément.
Il se plaît volontiers à raconter l’ambiance
décontractée qui régnait entre les éminents
professeurs, la plupart Prix Nobel, et les étudiants.
Son directeur de thèse était LLoyd Balogh, conseiller
spécial du Premier Ministre Britannique de l’époque,
Harold Wilson.
La vie professionnelle de l’homme
Gilchrist Olympio va très tôt entrer dans la vie
active en tant qu’économiste et acteur de développement,
surtout sur le continent africain. Sa vie professionnelle est
partagée entre les grandes universités, les institutions
internationales et les entreprises. «En 1963 il entra
comme économiste au département des études
fiscales et financières du Secrétariat Général
des Nations Unies à New York, apprend-t-on de sources
qui lui sont proches. L’année suivante il rejoint
le Fonds Monétaire International où il fut le premier
Africain francophone à travailler dans cette institution,
avant d’être rejoint plus tard par l’Ivoirien
Alassane Wattara et le Malien Mande Sidibé. C’est
au service de cette institution spécialisée du
Système des Nations Unies, où il eut ses premières
expériences des problèmes économiques et
financiers des pays africains, qu’il effectua de nombreuses
missions de mise en place des structures budgétaires et
de politiques de balance commerciale. Engagé au Groupe
minier et financier - LONRHO Limited - (Londres) en 1970 au rang
de Directeur chargé du développement du groupe
et des opérations boursières (Stock Exchange),
il opéra au nom du Groupe les actions boursières
de l’Ashanti Gold Field du Ghana et négocia le financement
et l’implantation des entreprises sucrières dans
plusieurs pays dont l’Ile Maurice, le Malawi, la Côte
d’Ivoire, le Soudan, et le Bénin-Nigéria.
Chef d’entreprises industrielles et agro-industrielles à son
propre compte depuis 1977: S.I.A. Auto Abidjan (R.C.I), Construction
Métallique Tropicale Abidjan : construction de camions
citernes, Tropical Metallic Constructions Corporation (Heavy
Industrial Area Tema Ghana et Tropical Glass Inc. (Abosso-Ghana):
fabrication de verres creux».
Gilchrist Olympio soupçonné d’agressions
terroristes contre le Togo
Dans la nuit du 23 septembre 1986, peut-on lire dans la parution
N° 566 du quotidien privé Liberté, la capitale
du Togo a vécu un grand tournant de son histoire. En effet
le 23 septembre 1986, des assaillants lourdement armés,
venus, selon les autorités, de «l’extérieur»,
vont attaquer Lomé. Les quartiers de la capitale togolaise
vont être soumis toute la nuit du 23 et dans la matinée
du 24 septembre, à des tirs nourris. On apprendra plus
tard que des pays voisins du Togo étaient impliqués
dans la planification et l’exécution de cette agression.
Les noms des pays comme le Ghana du capitaine d’aviation
John Jerry Rawlings et le Burkina-Faso de Thomas Sankara seront
cités par les autorités togolaises dans leurs différents
rapports. Le nom d’un des fils du premier président
du Togo serait abondamment cité comme celui qui aurait
planifié et exécuté cet attentat d’une
rare violence. Gilchrist Olympio serait, selon les informations
révélées plus tard, cette personne.
En effet, dans une conférence de presse organisée
au lendemain de l’attaque, le ministre de l’Intérieur
de l’époque, M. Kpotivi Têvi-Djijogbé Laclé,
fera les révélations suivantes: «Ce qui
vient d’arriver est grave, mais pas surprenant, dans la
mesure où déjà en 1984, le
chef de l’Etat togolais (Gnassingbé Eyadema ndrl)
en avait appelé à la haute attention du président
de la République du Ghana sur les activités subversives
qu’un groupe d’exilés togolais résidant
au Ghana, ont programmées en vue de commettre des sabotages au
Togo et de réaliser un coup de force avec le concours
des soldats ghanéens». Le ministre révélera
que, dans une correspondance adressée au président
ghanéen le 03 juillet 1984, le Général écrivait
ceci: « Selon des informations de sources sûres,
les exilés togolais avec à leur tête Bonito
et Gilchrist Olympio projettent de déclencher au Togo
un coup de force». Ce qui arrivera effectivement.
Le régime togolais, profitant de cet événement,
va lancer un mandat d’arrêt international contre
la personne de Kwami Sylvanus Gilchrist Olympio et son groupe,
avec photos à l’appui. L’homme sera arrêté deux
fois de suite, comme l’indique d’ailleurs
le site qui lui est dédié. «Il fut appréhendé en
Allemagne et en Italie, écrivent-ils, sur mandats
d’arrêt internationaux émis par la justice
togolaise aux ordres, et condamné à mort par contumace à deux
reprises sur des accusations fallacieuses». Entendez
par «accusations fallacieuses», des
accusations de terrorisme. Pour le député Habia
de l’UFC, «Olympio n’a jamais été un
chef de guerre, il est un chef de parti. Il n’a jamais
prôné la lutte armée au Togo».
Mais pourtant, l’homme n’a jamais démenti
publiquement cette accusation.
Malgré ces arrestations et condamnations à mort, «Fo
Gil», ne sera jamais inquiété. Comment
et pourquoi? Il est difficile au commun des Togolais de donner
une réponse.
Gilchrist Olympio va néanmoins profiter de l’amnistie
générale signée en 1991, par le Général
Eyadema pour revenir au Togo et s’engager dans la lutte
démocratique.
L’engagement politique de l’homme
Certaines personnes présentent Gilchrist Olympio comme
un novice en politique. Ils affirment que: «Gilchrist
Olympio n’est entré en politique que tout récemment, à partir
de 1991, à la suite de la signature, par le président
Eyadema, de l’amnistie générale en faveur
des exilés politiques. D’ailleurs, arguent-ils,
vous constatez ses multiples carences en matière de stratégie
politique. Il n’arrive pas à faire le poids devant
les stratèges politiques du régime en place».
Ses partisans, quant à eux, le présentent comme
un vétéran de la vie politique togolaise, «le
premier opposant que le Togo ait connu». Pour ces
derniers, Gilchrist Olympio «fut imprégné dès
son jeune âge de la vie politique de son pays, d’abord
en suivant les échos des grandes réunions publiques
auxquelles participait son père, le Président Sylvanus
Olympio. Plus tard, à la mort de son père, l’homme
va entrer en opposition ouverte au régime dictatorial
de Gnassingbé Eyadèma dès 1967, il créa
le Mouvement Togolais pour la Démocratie (MTD) opérant
de l’étranger en raison de l’interdiction
d’autres partis dans le pays».
L’attentat de «Soudou» du
05 mai 1992
«Le 05 mai 1992, sur les routes chaudes de Sokodé, passait
une colonne de véhicules, transportant des centaines de citoyens messagers
de liberté. C’étaient des hommes et des femmes courageux
amoureux de démocratie. Ils étaient porteurs aux populations
du Togo profond, des messages de liberté et d’égalité,
de démocratie et de renouveau. Mais ils tombèrent, au tournant
des collines de Soudou, sous les balles enragées des barbares tapis
dans l’ombre, des ennemis du peuple togolais. En ce triste jour, la jeune
démocratie togolaise a vacillé, mais n’a pas cédé».
C’est en ces termes, on ne peut plus poétiques, qu’un Togolais,
témoin des événements, nous rapporta les faits.
En effet, le 05 mai 1992, une malheureuse information, en provenance
du Togo, fit le tour du globe. Gilchrist Olympio est victime
d’une tentative d’assassinat. Le Togo tout entier
fut saisi d’un grand émoi. Les autorités
togolaises furent sommées par la communauté internationale
de s’expliquer sur ces événements. Me Joseph
Kokou Koffigoh, Premier ministre de la transition, était
sévèrement pris à partie par les populations
qui manifestèrent bruyamment, leur réprobation.
Pour calmer la situation, il adressa dans la nuit du mercredi
6 mai 1992, un message à la Nation en ces termes: «Le
mardi 05 mai, je suis rentré à l’Hôtel
central de Sokodé après un meeting au stade avec
les populations de Tchaoudjo (région située à près
de 300 Kms au nord de Lomé ndlr), lorsque j’ai
reçu un message me signalant que M. Gilchrist Olympio
et une délégation de l’UFC en tournée
dans la région septentrionale du pays sont tombés
dans une embuscade (…) J’ai donc pris la décision
d’annuler le meeting que je devais faire à Tchamba.
Dans un premier temps, j’ai organisé des secours;
quelques instants après, trois cadavres des victimes de
l’agression ont été amenés à l’Hôtel.
Devant l’ampleur de ce drame qui a frappé de stupeur
la foule qui se rassemblait, j’ai dû conduire
moi-même les corps à la morgue du centre hospitalier
régional de Sokodé…». Il lancera
dans ce message un appel au rassemblement des forces démocratiques
pour faire échec à «tous ceux qui croient à la
démocratie des embuscades et autres attentats».
Cependant, cette sortie du Premier ministre ne calmera pas la
colère de la population qui réclamait à cor
et à cri la démission du chef du gouvernement.
Le récit des événements rapporté par
les médias et témoins ne fut pas de nature à apaiser
la douleur du peuple togolais. Dans un article, intitulé «Attentat
contre Gilchrist Olympio: l’horreur dans toute sa cruauté»,
publié par la presse officielle, «Togo-Presse» du
06 Mai 1992 on pouvait lire ce qui suit: «Selon une
rescapée, une dizaine de personnes, dont un haut dirigeant
politique, a été tué dans l’attentat.
Il s’agit de M. Marc Attidépé, président
de l’Union Togolaise pour la Réconciliation (UTR).
Ce parti est membre de l’Union des Forces de Changement
(UFC). Les autres morts sont un militant de l’UFC, Ephrem
Zidolle, quatre personnalités de Sokodé.
La rescapée a précisé que l’embuscade
avait eu lieu entre Bafilo et Sokodé. Elle a expliqué que
des hommes en civil étaient sortis de la brousse et
avaient ouvert le feu à l’arme de guerre contre
le cortège. Elle n’a pu en préciser le
nombre. Selon elle, une panique indescriptible s’en est
suivie et c’est le chauffeur de M. Gilchrist Olympio
qui a pris l’initiative de foncer vers la frontière
béninoise par des pistes de brousse».
Le général Gnassingbé Eyadema, sera pointé du
doigt, par la population et la communauté internationale
dans cet attentat, comme étant l’instigateur de
l’attaque. Accusation qui sera, plus tard confirmée
par une mission d’enquête internationale mettant
en cause la responsabilité du colonel Ernest Gnassingbé,
fils du Général président, Gnassingbé Eyadèma.
(À suivre)
Olivier Adja
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