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De l’esprit de contestation au Togo:

Arrêter la médisance et réinventer la mobilisation pour la liberté

07 septembre 2009

Les manifestations sont aussi un moyen de pression sur les dictatures«Est-ce que l’UFC a fait sa marche?» lançait samedi dernier autour de 14 heures un compatriote à ses compères dans un groupe de jeunes, réunis dans un vidéoclub pour suivre un match de championnat européen de football. «Laisse les gens-là et parlons plutôt de football»,  répondit tout de suite un jeune homme; «ces oisifs qui n’ont rien à faire», renchérit un autre. Le débat était ainsi lancé. «C’est parce qu’on les laisse qu’ils ont le courage d’organiser une marche. Je serais à la place des autorités qu’on leur enlèverait une fois pour de bon cette envie », pesta un autre à côté. «Ils font tout ça là même pour quel résultat? Ces  gens n’ont qu’à nous foutre la paix!», cracha encore un autre.

Voilà donc les commentaires qui s’y faisaient au sujet de la manifestation de l’Union des Forces de Changement (UFC). Ces jeunes gens étaient donc amers envers Gilchrist Olympio et les siens. Celui qui a posé la question inaugurant  le débat a parlé de «sa» marche, ce qui traduit toute sa conception de la manifestation. En tout cas il ne se sent aucunement concerné. Pour le reste, ces militants et sympathisants de l’Union des Forces de Changement et autres associés qui ont marché samedi sont des oisifs et méritaient qu’on les réprime.

A première vue, on se  croirait en face de militants extrémistes du Rassemblement du Peuple Togolais (RPT) ou du Comité d’Action pour le Renouveau (CAR), de fanatiques de Faure Gnassingbé ou de véritables talibans du pouvoir. Mais il n’en est absolument rien. Aucun n’a laissé transparaître des indices sérieux de militantisme à tel ou tel autre parti. Quid alors des revendications des marcheurs, au regard de ces commentaires tranchés?

Est-ce à dire que ces jeunes compatriotes apprécient le putsch perpétré par la mouvance présidentielle le 14 septembre dernier pour parachuter Henri Lardja Kolani à la présidence de la Commission électorale nationale indépendante (CENI)? Ici aussi on peut être tenté de le croire. Mais il n’en est rien. Il suffit de suivre les réactions de ces mêmes jeunes hommes au lendemain de la forfaiture du RPT à la CENI et de la validation de ce coup de force par Faure Gnassingbé à travers le décret pris le vendredi 18 septembre confirmant Henri Lardja Kolani , pour s’en rendre compte. L’un d’entre eux justement qualifiait le RPT d’une «grande pègre politique».

Ces compatriotes ne pouvaient donc ne pas se retrouver dans la plate-forme revendicative de la marche: respect de l’article 2 du Règlement intérieur de la CENI, respect de l’esprit de consensus préconisé par l’Accord Politique Global (APG) et confirmé par les derniers accords de Ouaga, annulation du décret nommant Henri Lardja Kolani  à la tête de la CENI, octroi de la présidence de la CENI à l’opposition pour la 1ère fois au Togo, en vue de l’organisation d’une élection juste et crédible et  retour au mode de scrutin uninominal majoritaire à deux tours. Mais qu’est-ce qui justifierait alors ces commentaires amers, ces médisances sur la marche?

Voilà toute l’énigme. Ce contraste de comportements auprès de ce groupe de jeunes actualise un mal récurent dont souffrent les Togolais dans leur grande majorité. Ils sont nombreux à secréter de la bile et tirer à boulets rouges sur le pouvoir au moindre coup de force, mais restent insensibles aux appels et initiatives entreprises par des forces démocratiques et les bonnes volontés pour dénoncer ces procédés du clan Gnassingbé. Le cas du dossier Moov est assez éloquent. Massina Palouki, le patron de l’Autorité de Règlementation des Postes et Télécommunications (ART&P) et le gouvernement ont été traités de tous les noms d’oiseaux et maudits ce lundi 10 août lorsque le réseau fut coupé, laissant un demi-million d’abonnés dans la merde. Cela fait déjà trois manifestations que de bonnes volontés, Fulbert Attisso et Guillaume Coco de l’Association pour le Bien-Etre Juvénile (ABEJ)  organisent pour permettre aux victimes de manifester leur colère et exiger  réparation  des dommages. Mais le plus grand nombre de manifestants enregistré se chiffre à une petite centaine. Et  pourtant ils sont cinq cent quatre-vingt-dix mille (590 000) en tout à s’être abonnés à Moov.

L’autre signe particulier est le réflexe à la critique. Le Togolais est un as en la matière. Il est prompt à la critique, mais malheureusement ne propose rien. Les victimes par excellence de cette «pathologie» sont les leaders traditionnels de l’opposition, Yawovi Agboyibo et surtout Gilchrsit Olympio. Ils sont accusés d’être responsables de ce qui se passe aujourd’hui avec le processus pour avoir mal négocié l’accord de Ouagadougou du 7 août dernier. Certaines catégories de presses se spécialisent en la matière. Mais personne ne fait des propositions concrètes. On est là juste pour sauter sur la première faille des opposants.

Cette «peste» que porte le Togolais ne handicape pas moins l’avènement de l’alternance au Togo. Il se pose un véritable problème de conception, un problème mental. On pense que le combat doit être mené exclusivement par les leaders politiques et on reste les bras croisés, attendant le miracle de la providence pour en jouir. Cela fait dire à un observateur que «les Togolais ont besoin d’une thérapie».

Tino Kossi


 

 

 

 

 

 

           

           

 

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