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Portrait: Gilchrist Olympio, du mythe à la
réalité (Acte 2):
Son programme politique, ses forces et ses faiblesses,
la vision du peuple sur la personne
La participation de l’homme aux différentes élections
présidentielles
09 octobre 2009
Selon l’avis de bon nombre de Togolais, Gilchrist Olympio
serait rentré en politique par pur souci de vengeance
sur ceux qui ont assassiné son père,
Sylvanus Olympio. Est-ce vrai? Est-ce faux? Lui seul pourra le
témoigner. Toujours est-il que grâce à l’amnistie
signée par le Général Eyadèma, Gilchrist
Olympio a pu revenir au pays et participer aux différentes élections
présidentielles.
Ainsi, celui-ci déposera, pour la première fois,
sa candidature à l’élection présidentielle
de 1993 au moment où les événements de Soudou étaient
encore vivaces dans la mémoire de la population. Le Général
Eyadema, sachant qu’il n’avait aucune chance de l’emporter
contre le fils de Sylvanus Olympio, dut chercher des voies et
moyens pour écarter celui-ci. Sa candidature fut rejetée
par la Commission Electorale Nationale, chargée de l’organisation
de l’élection pour «non-conformité de
certificats médicaux».
En effet, l’opposant au régime de Gnassingbé Eyadema
avait en sa possession, deux certificats médicaux, l’un
délivré par les médecins français
du Val de Grâce et l’autre par l’Hôpital
américain de Paris, au lieu de médecins togolais
résidant au Togo.
Sylvanus Olympio se battra pour se présenter à l’élection
présidentielle suivante, c’est-à-dire à celle
de 1998. Par bonheur, sa candidature fut retenue avec interdiction
de faire campagne dans les régions septentrionales du
pays. Il remportera néanmoins, avec brio, cette élection
et faillit même pendre le pouvoir au Général,
car, en dépit de toutes les menaces du régime,
Mme Awa Nana, présidente de la Commission Electorale
Nationale, décidera de proclamer les résultats
tels que sortis des urnes. Mais, le ministre togolais de l’intérieur
de l’époque, M. Séyi Memene, interviendra
in extremis pour changer le cours de l’histoire. Celui-ci
va vite faire de dissoudre la Commission Electorale, «en
pleine proclamation des résultats». Selon les
témoins de cette élection, le président
Eyadema, acculé par les événements, appela
son ministre de l’intérieur et lui dit: «je
vous ai tout donné ; n’est ce pas? Maintenant
c’est à votre tour de m’aider. Je ne sais
pas comment, mais faites quelque chose». Ce qui témoigne
du grand désaroi qui s’était emparé du
Général. Le pouvoir était aux abois et ne
savait plus à quel saint se vouer.
Dans une émission sur une radio internationale, l’opposant
dénoncera plus tard, ce nième hold-up électoral
comme le «coup d’Etat permanent de Gnassingbé Eyadèma».
Les détracteurs du président de l’UFC affirment
que, «Gilchrist Olympio, depuis cette victoire volée
de 1998, se considère comme un actionnaire majoritaire
d’une entreprise et pense que les autres ont le devoir
de lui faire allégeance. Gilchrist Olympio n’a
pas de sentiment, disent-ils, il est un joueur et il
joue pour gagner».
Le pouvoir togolais, va inclure, à l’élection
présidentielle de 2003, des lois discriminatoires dans
le code électoral pour empêcher la candidature de
l’opposant. Ainsi, malgré ses efforts, il ne put
participer à l’élection, il dut désigner
son Vice-président, Emmanuel Bob Akitani pour être
le candidat du parti à la présidentielle du 1er
juin 2003. Ce dernier gagna l’élection mais ne fut
pas proclamé vainqueur ; comme toujours, la victoire du
peuple lui fut refusée. Les multiples protestations et
manifestations se heurtèrent à la force brutale
du régime en place. Il fallait donc reprendre à zéro.
Le même scénario se répétera trois
ans après. En effet, à la mort du quatrième
président du Togo, une élection présidentielle
fut organisée. Toujours empêché de se présenter à l’élection
présidentielle, Gilchrist Olympio va, selon Logo Dossouvi,
imposer Bob Akitani à la tête de la coalition de
parti de l’opposition. Et comme il fallait s’y attendre,
la victoire de l’UFC lui fut refusée une fois de
plus, entraînant le pays dans un bain de sang.
Les adversaires du président de l’Union des Forces
de Changement ont du mal à pardonner à l’homme
son intransigeance et sa volonté à se présenter
mordicus à toutes les élections présidentielles
au Togo. «Pour M. Olympio, nous confia un observateur,
contraindre le régime RPT à quitter le pouvoir
est un devoir sacré même si c’est au prix
de la misère des Togolais. Sur ce point il fait preuve
d’un entêtement qui frise la déraison. Il
fonde sa popularité sur le mythe. Conscient de cet avantage
il en abuse parfois».
Les ambitions de Gilchrist Olympio pour le Togo
«Contraindre le régime RPT à quitter le pouvoir
est un devoir sacré», c’est ce que pensentles détracteurs
de Gilchrist Olympio sur les ambitions de ce dernier pour le pays.
Mais l’homme dit n’avoir pas une vision si égoïste
du combat politique. « Ma vision pour le Togo, confie-t-il,
est celle de tout un peuple debout pour réaliser le changement
réel des institutions et des hommes sous le règne
de l’Etat de droit et dans la tradition revivifiée
d’Ablodé». L’opposant septuagénaire
expose son projet de société sur le site qui lui
est dédié en exprimant son ambition pour le Togo
en ces points:
-Attachement aux idéaux de liberté, de démocratie,
de justice, de solidarité, de paix et au respect des droits
de l’homme, tels que pratiqués par les Pères
fondateurs de l’Indépendance et de la Nation;
Bien-être pour tous par la garantie des droits universels
fondamentaux soutenus par une économie à croissance
forte et durable;
-Lois et institutions républicaines au service de tous,
dans une société sans discrimination ni exclusion,
garantissant une justice indépendante et l’égalité des
chances pour tous ;
-Ordre et sécurité comme fondement de la responsabilité citoyenne,
du respect du bien public et des valeurs morales de notre société,
de la lutte contre la discrimination, la corruption, la criminalité et
l’impunité;
-Développement durable et partagé dans le cadre
d’une démocratie participative, de la bonne gouvernance
et de stratégies fiables, en partenariat entre l’Etat,
le marché et la société civile ;
-Entente avec les pays voisins et ceux de la région en
vue d’une coopération pour la paix, la solidarité et
l’intégration économique et sociale.
Mais ses détracteurs n’en démordent guère
et reviennent à la charge en affirmant que M. Olympio
n’est pas prêt à se sacrifier physiquement
pour le bien-être du peuple comme l’avait fait en
son temps le pasteur noir américain, Martin Luther King. «Pour
ses réels sentiments à l’égard des
Togolais, il porte toujours le masque. Cependant tout porte à croire
que M. Olympio n’est pas prêt à se sacrifier
physiquement pour notre cause commune», clame un politologue.
Mais le député Habia Nicodème de l’UFC
ne semble pas être de cet avis. «Sa philosophie
pour le pays est grande, martèle-t-il, il porte
jusqu’aujourd’hui les balles de l’attentat
de Soudou dans son corps. Il a des cicatrices sur sa peau, mais
il continue à lutter néanmoins pour le Togo.»
La vision de l’opinion sur la personnalité
Comme tout être humain, Gilchrist Olympio n’échappe
pas aux critiques de ses compatriotes. Certaines critiques se
veulent modérées pour ne pas s’attaquer au
mythe, d’autres sont plus acerbes.
Selon nombre d’intellectuels togolais, le fils de Sylvanus
Olympio n’est plus la personne adéquate pour assurer
l’alternance politique au Togo. Pour ces derniers, «le
combat politique de Gilchrist Olympio se réduit
aujourd’hui à un règlement de compte entre
les familles Olympio et les familles Gnassingbé».
Ils soutiennent que les «Gnassingbé n’accepteront
jamais laisser le pouvoir au fils du premier président
du Togo, sachant que celui-ci les traînera devant les juridictions
et voudra se venger. Raison pour laquelle, malgré les
multiples victoires de l’UFC, le RPT a toujours préféré garder
le pouvoir par tous les moyens, y compris dans le sang».
A la question de savoir si Gilchrist Olympio est le leader qu’il
faut pour l’opposition togolaise en 2010, Apedoh-Ama Togoata
affirme qu’ Olympio n’est pas l’homme de la
situation aujourd’hui pour le Togo. L’a-t-il jamais été?
Se demande-t-il avant d’ajouter «qu’il
n’y a plus d’opposition au Togo, s’il
s’agit de l’ancienne opposition officielle (CAR,
UFC, CDPA, PDR, CPP, UDS et autres conneries). Ils sont tous
devenus les complices du RPT fasciste, le parti qui fait le malheur
du peuple martyr depuis plus de quarante ans. Tous les Togolais
ont constaté que lors des élections législatives
bidon de 2007, Gilchrist Olympio n’a pas fait campagne
contre le RPT, mais exclusivement contre le CAR qui, de son côté,
n’a combattu que l’UFC en épargnant soigneusement
les RPToches. Avant, tout était clair: l’ennemi
du peuple togolais était le RP ; aujourd’hui, depuis
l’Accord Politique Global (APG), un accord scélérat
signé par des bandits qui ont bradé la lutte du
peuple contre des maroquins ministériels, des postes de
préfet, des postes juteux et des prébendes, tout
est flou pour la population qui ne sait plus qui est qui. Que
font de vrais opposants dans une assemblée «nationale» frauduleuse
où les soi-disant députés lèvent
la main automatiquement au coup de sifflet de leur président?
Cela dit, puisque l’ex-opposition officielle s’est
vendue avec armes et bagages au petit Timonier National, Olympio
ne peut plus, en aucun cas, se faire passer pour un leader
de l’opposition démocratique. Aucun démocrate
sincère ne peut signer un torche-cul comme l’APG.
On dit d’un leader que c’est l’homme de la
situation. Or la situation qui prévaut au Togo, est
celle du coup d’Etat permanent du clan Gnassingbé.
Ne peuvent combattre la dictature militaire que les vrais démocrates
patriotes. Pas les opportunistes, les traîtres et les
chenapans partis bouffer dans l’écuelle des cochons
comme la CDPA de Gnininvi-RPT (comme l’appellent certains
militants qui ont refusé de suivre les copains et les
coquins sur la voie de la trahison)».
Pour l’ancien Secrétaire Général
de la Ligue togolaise des droits de l’homme, l’UFC
est un parti extrémiste et ségrégationniste. «l’UFC,
a toujours été un parti dominé par le népotisme
au niveau de son bureau exécutif où des membres
des familles guin alliées aux Olympio tiennent le haut
du pavé. Faut-il s’en étonner? C’est
tout à fait normal puisque Olympio ne connaît pas
le Togo du fait de quarante-six années d’exil quasi
ininterrompu. Il ne connaît bien que les membres de sa
famille et des familles alliées».
Si certains sont prompts à le critiquer, en des termes acerbes
parfois, à la limite discourtois, d’autres
trouvent plutôt qu’il est un homme rassembleur et
fédérateur. «C’est un exemple que
nous devons avoir comme leader au Togo, affirment-ils.
C’est un homme très humble. Au parti, tout le monde
l’appelle « Fo-Gil, Fo-Gil » (frère
Gil), c’est pour dire qu’il est ouvert à tous,
qu’il reçoit tout le monde chez lui à la
maison et se met au même niveau que ses collaborateurs».
La vision du peuple sur la personne Gilchrist Olympio
le sauveur
Le leader de l’Union des Forces de Changement jouit d’une
grande considération aux yeux du peuple togolais. Rares
sont ceux qui osent s’afficher comme opposés à la
personne. Il bénéficie, dans le pays, de
l’image d’un homme mythique, capable de mobiliser
d’immenses foules partout où il passe. Ce qui va
fait naître ces dernières années, le phénomène
de mode, dit « Détia » ( le Palmier
) avec des tenues de couleur jaune, chacun voulant s’identifier à ce
symbole de victoire et de résistance à la dictature
RPT.
Une femme au bord du délire, nous confiait récemment
lors d’une marche organisée par le parti que, «Gilchrist
est comme un dieu pour nous. Quel que soit ce qu’on peut
lui reprocher, je continuerais à le soutenir».
La popularité de l’homme transcende les clivages
claniques et régionalistes habituels au Togo. Il est connu,
aussi bien dans le sud que dans le nord du pays.
Gilchrist Olympio le fossoyeur
Il faut reconnaître que si certains sont unanimes à accorder,
même les yeux fermés, leur voix au candidat de l’UFC,
d’autres par contre ont perdu leur rêve en la personne. «Gilchrist
n’est pas l’homme qu’il faut à notre
pays, disent-ils, il est à l’origine des
malheurs de ce pays. Depuis qu’on lui accorde nos voix,
s’il pouvait nous apporter l’alternance, il l’aurait
déjà fait. Il est le fossoyeur de ce peuple»,
concluent-ils.
Aujourd’hui, à la veille d’un nouveau rendez-vous électoral,
certains Togolais se demandent si le président de l’Union
des Forces de Changement, briguera une fois de plus, la magistrature
suprême ou s’il va laisser la chance à un
autre leader de représenter l’opposition.
Ses détracteurs et «adversaires intimes» voudraient
bien voir se réaliser la seconde hypothèse. Mais
une chose est sûre, c’est que l’UFC a déjà positionné son
candidat en la personne de Gilchrist Olympio lors de son congrès
national de juillet 2008 et aucun signe de désistement
n’est perceptible. C’est peut-être là un
débat entre aspirant au fauteuil présidentiel.
Pour le peuple, peu importe l’origine politique de ce candidat
de l’opposition. Pourvu qu’il réalise l’alternance
tant rêvée depuis des décennies par les Togolais.
(Fin)
Olivier Adja
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