Coupe du monde 2010: Passage du trophée à Lomé:
L'incroyable show de
Faure Gnassingbé pour se redorer un blason très
terni
23 octobre 2009
Dans le cadre de la Coupe du monde 2010 qui se déroulera
sur les terres africaines pour la toute première fois
de l’Histoire, la compagnie Coca Cola, sponsor officiel
de cette fête mondiale a décidé de faire
avec le trophée une tournée à travers le
continent pour partager la joie de l’évènement.
C’est ainsi que Lomé notre capitale a accueilli
le samedi 17 octobre le joyau. Le dimanche 18 octobre le trophée était
en exposition à Coconut Beach où une foule de curieux
ont pu le contempler.
La venue de ce trophée à Lomé a donné lieu à une
agitation au sommet même de l’Etat. Même si
les organisateurs ont prévu réserver l’honneur
au Président de chaque pays visité de toucher en
premier le trophée, l’évènement a
permis à Faure Gnassingbé de se mettre en vedette.
La menace folklorique
Le «Leader nouveau» a profité de
la tribune pour aborder publiquement pour la toute première
fois la crise à la Fédération Togolaise
de Football (FTF). Dans son allocution de circonstance, il a
presque menacé les «belligérants» du
Bureau exécutif, Rock Gnassingbé et Gabriel Améyi
qui ont brillé par leur absence à la cérémonie. «C’est
la dernière fois que ces membres nous créent des
problèmes», a-t-il averti, et de prévenir
qu’à la prochaine crise, le gouvernement n’hésiterait
pas à saisir la Fédération Internationale
de Football Association (FIFA) pour les écarter.
C’est en somme une bien belle sortie. Mais malheureusement,
elle vient un peu trop tard. La crise d’ego actuelle n’a
pas commencé la veille de l’arrivée du trophée
de la Coupe du monde à Lomé. Elle couvait depuis
l’élection du 18 janvier 2009, même depuis
le Mondial allemand. Les différentes péripéties
mouvementées n’ont pas ému Faure Gnassingbé à taper du
poing sur la table. Devant certains épisodes de la crise,
beaucoup d’observateurs se demandaient s’il y avait
même un Président dans ce pays.
Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts avant que
le gouvernement ne réagisse timidement en envoyant une
mission à Zürich requérir une nouvelle élection à la
FTF. Il a suffi de quelques jours seulement après le congrès
du 18 janvier qui a scellé le départ de Tata Adaglo
Avlessi pour que le naturel des deux capitaines de
la liste de l’Espérance ne revienne au galop. La
crise partie de simples ego est devenue ouverte au point d’affecter
la cohésion du Bureau Exécutif. Les performances
de l’équipe nationale ont aussi pris un coup. L’animosité entre
le Président de la FTF et son Vice est devenue telle que
les deux «ennemis intimes» circuleraient
avec des milices armées.
On aurait voulu que le Chef de l’Etat tape très
tôt du poing sur la table et les ramène à la
raison. Mais pas une seule fois on ne l’a vu prendre ses
responsabilités. Il a fallu que le trophée de la
Coupe du monde arrive dans notre capitale pour que Faure Gnassingbé rompe
le silence sur cette crise. Ce qui veut dire que le trophée
n’aurait pas débarqué à Lomé que
Faure n’aborderait jamais le sujet. C’est en somme
de l’hypocrisie que de feindre de hausser le ton devant
des acteurs du football mondial et des responsables de la Compagnie
Coca-cola, car la crise de la FTF est loin d’être
simplement sportive. Elle est d’abord, sinon exclusivement
politique. C’est un secret de polichinelle, ce sont les
politiques qui tirent les ficelles, même si fondamentalement
les deux protagonistes du Bureau sont égocentriques.
Par cette sortie devant les caméras, Faure Gnassingbé a
juste voulu se donner bonne conscience.
Politique de promotion du football, vous avez dit?
Ce séjour à Lomé du trophée a aussi
donné lieu à une récupération politique
monstre et à un griotisme au profit du «Leader
nouveau». Pour les confrères de la Télévision
nationale, il n’y a qu’un seul sportif, Faure Gnassingbé.
Les commentateurs de l’évènement ont loué à maintes
reprises une certaine politique de développement du sport
en général et en particulier du football, de sa
part. Les confrères ont ainsi vu en l’honneur fait
par les organisateurs de la tournée de lui présenter
le trophée et l’offre d’un maillot griffé Coca-Cola
une reconnaissance à cette pseudo politique.
Beaucoup de téléspectateurs ont cru rêver
en écoutant ces mots, car les effets de cette soi-disant
politique de développement du football n’existent
pas du tout. Un vrai amoureux du sport roi ne peut pas regarder
se jouer depuis lors la tragicomédie à la FTF sans
réagir plus tôt. Il aurait appelé depuis
les deux «belligérants» à la
raison et cherché une solution au problème. Faure
en a d’ailleurs les moyens. Il lui suffisait de taper du
poing sur la table et tout serait rentré dans l’ordre.
Lui attribuer une certaine politique de promotion du football
au Togo ne peut que répondre à d’autres
objectifs. Et les observateurs avisés ont vite fait de
situer cette récupération politique dans les manœuvres
politiciennes pour faire redorer le blason à Faure Gnassingbé dans
la perspective de l’élection présidentielle
de l’année prochaine. Et l’occasion s’y
est beaucoup prêtée.
Tino Kossi
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