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Togo: Insécurité grandissante:
A qui profite le crime?
Des bandes armées
et bien organisées défient avec succès
les services de sécurité Et s’ils en sont
membres?
03 novembre 2009
Les Togolais doivent-ils vraiment faire confiance à leurs
forces de sécurité? Première interrogation
d’entrée de jeu. Cette question est importante dans
la mesure où l’insécurité semble
ne plus être une affaire de nuit où tous les chats
seraient gris. En pleine journée, et même sans avoir
besoin d’être cagoulés, des bandits armés
dont le Ministère de la Sécurité et de la
Protection civile insinuera plus tard dans un communiqué,
qu’ils seraient d’origine étrangère
parce qu’ils parleraient anglais, tiendront en respect
pendant une vingtaine de minutes à Soviépé,
les agents de Togocellulaire et tous les habitants de la zone,
y compris les passants, alors qu’à deux minutes
de route des lieux du théâtre macabre, se trouve
le camp militaire d’Adidogomé. Incroyable!
Avant d’aller plus loin, nous tenons à dire
ceci: que les malfrats soient des nationaux ou des étrangers,
cela importe peu pour les pauvres Togolais et nous aussi dans
notre analyse, car ce qui est le plus important, c’est
que les autorités devraient tout faire pour que les centaines
de policiers et gendarmes recrutés en complément
d’effectif peu avant les dernières élections
législatives d’octobre 2007 et qui quadrillent la
ville de Lomé (?) dans le cadre de l’opération
Araignée, puissent au moins contribuer à ce que
les citoyens vaquent librement à leurs occupations et
dorment au moins sur leurs deux oreilles la nuit, à défaut
de connaître un minimum de bonheur par rapport à ce
que connaissent leurs frères et sœurs des pays voisins
du Ghana, du Bénin et du Faso.
Deux braquages coup sur coup dans la même
semaine et en moins de 24 heures dans une banlieue de Lomé et
puis à Lomé même, c’était le
mercredi 21 octobre 2009 vers 16h et le jeudi 22, aux environs
de 9h30. Bilans respectifs 82 millions de francs CFA emportés
et 1 blessé par balle du côté des victimes;
10 millions de francs CFA et deux morts dans les rangs des militaires
togolais. La première expédition aura eu pour cadre
Baguida, une banlieue située à une dizaine de kilomètres à l’ouest
du port autonome de Lomé sur la Nationale N°2 et la
seconde à l’Agence de Togocellulaire de Soviépé sur
la route menant à Adidogomé.
En effet le mercredi 21 octobre, une voiture
immatriculée au Bénin a été interceptée
sur la route menant de Lomé à Aného. A bord
de celle-ci se trouvaient des commerçants nigériens
se rendant au Bénin. Les passagers ont été dépouillés
de leurs biens dont 82 millions de francs CFA. Il faut rappeler
qu’il y a quelques semaines, le siège du CACIT (collectif
des associations contre l’impunité au Togo) en l’espace
de quelques semaines, a été deux fois cambriolé.
Nous n’oublions pas le cabinet de Me Djovi Gally qui a
reçu dans le courant du mois de septembre dernier la visite
des malfrats, probablement les mêmes que ceux du CACIT,
et pour cause. Ce fut en pleine journée.
Ce qui d’emblée surprend, c’est
l’incapacité de nos autorités de diligenter
de sérieuses enquêtes et avec célérité en
vue de mettre la main sur ces groupes d’individus détenteurs
d’armes qui narguent résolument les forces de sécurité togolaises.
Sur ce petit rectangle de terre qui ne couvre qu’une cinquantaine
de kilomètres carrés, que l’on soit incapable
pour une fois, de mettre la main sur ces malfrats qui ont réussi à faire
du Togo une terre de sauf-conduit pour de pareilles crimes, c’est
un peu révoltant. Qu’en serait-il, si le ministère
togolais de la Sécurité et de la Protection civile
avait affaire à un territoire aussi vaste que le Nigeria
(à peu près 20 fois le Togo) ou la RDC (environ
40 fois)?
Il faut s’étonner que le ministère
de la Sécurité ait pu avoir des données
aussi importantes que la marque du véhicule (BMW), le
numéro d’immatriculation (TG 2674 AI), même
si c’est une fausse immatriculation; et nous estimons que
connaissant la marque du véhicule, la couleur ne devrait
pas lui échapper. Ces données auraient suffi donc,
avec de la bonne volonté, à mettre le paquet en
vue de relever ce défit que vient de leur lancer le groupe
des six gangsters qui, comme si cela ne suffisait pas, se sont
emparés des armes des deux militaires tués pour
se fondre dans la nature. Cela aurait été une affaire à caractère
politique, qu’on aurait déjà fait beaucoup
de bruits autour et mis la main sur des présumés «suspects»,
auxquels on aurait déjà administré à tort
de mauvais traitements dans le but de leur extorquer des aveux.
Dans le cas d’espèce Dieu seul sait si cette affaire
connaîtra une suite.
Il y a quelques jours, et plus précisément
le jeudi 22 octobre, le jour même où survenait l’attaque macabre
qui aura coûté gratuitement la vie à deux
militaires, nous publiions un article intitulé «Les
forces de sécurité togolaises à l’œuvre:
agents de sécurité ou agents de rackets ».
Dans cet article, nous mettions en exergue cet exercice lucratif
pour les forces de sécurité togolaises, mais qui
ne rend pas du tout service à la nation dans la mesure
où, au lieu de faire réellement la sécurité,
pour empêcher les vols de véhicules et autres ou
récupérer les motos volées, nos forces de
sécurité excellent dans les rackets, alimentant
leurs poches. Dans le même article, nous évoquions
le cas des agents chargés des colis à l’aéroport
de Lomé. Ceux-ci forcent les cadenas des valises pour
en soutirer des objets. Ce n’est pas nous qui avons inventé cette
information, elle se trouve sur le site internet du gouvernement.
N’est-ce pas dommage que ceux qui doivent
aider leurs concitoyens à se sentir en sécurité n’inspirent
pas confiance? N’est-ce pas à la police et à la
gendarmerie qu’il incombe le devoir d’arrêter
et de réprimer les auteurs de ces vols tels qu’opérés à l’aéroport
sur les valises des voyageurs? C’est dommage que dans ce
petit pays, on n’ait pas été capable jusqu’ici
d’annoncer l’arrestation de ces criminels qui ont
emporté des armes et attenté à la vie de
quelques-uns de nos compatriotes.
Dans son communiqué, le Ministère
de la Sécurité fait un rapprochement entre les
malfrats qui ont opéré le mercredi et ceux du jeudi à Soviépé,
insinuant qu’il s’agirait probablement du même
groupe. C’est grave comme rapprochement et cela nous amène à dire
que si le même groupe qui avait opéré quelques
heures plus tôt et devrait chercher à se terrer
et voir passer l’orage avant de revenir à la charge,
déjà le lendemain matin, réédite
l’exploit de la veille, n’est-ce pas la preuve que
ces bandits connaissent le degré de passivité ou
de somnolence de nos forces de sécurité ? Les forces
de sécurité togolaises doivent se ressaisir et
faire preuve de plus de professionnalisme dans toutes les matières.
Il y a quelques trois mois, le commandant de
la gendarmerie de Lomé disait à un groupe de journalistes
marchant légitimement pour protester contre l’agression
de l’un des leurs par les services de sécurité : « Si
vous faites encore 5 mètres, on vous rentre dedans!».
Ce n’est pas à des journalistes qui marchent sans
armes qu’il faut tenir ces propos, mais à ceux qui
ont des armes et se permettent d’abattre dans leur forfait
quelques-uns de nos militaires et s’enfuient avec leurs
armes. Au Togo, pour une petite marche de protestation légitime,
parce qu’on a la force des armes, on sort tout un attirail:
grenades lacrymogènes, gourdins, camions de transport
de troupes, casques de sécurité, etc., on bombe
le torse devant de pauvres citoyens aux mains nues.
Le Togo ne manque pourtant pas de cadres de
la police ou de la gendarmerie. Non, loin de là. La police
togolaise a des commissaires titulaires d’un doctorat en
criminologie et autres. De même à la gendarmerie
nationale, des têtes comme Me François Boko qui
monnaie présentement en Europe et au Tchad ses talents,
ne manquent pas. C’est une question de volonté politique
de mettre des gens qu’il faut à la place qu’il
faut et le Togo, au plan sécuritaire, s’en porterait
mieux.
Malheureusement on est dans un pays où après
avoir déboursé des fortunes pour assurer la formation
des cadres, ceux-ci ont à peine voix au chapitre et toutes
leurs compétences ne servent donc à rien. C’est
bien dommage pour le Togo ! Les Togolais savent combien d’enquêtes
sont ouvertes depuis des lustres et qui ne sont jamais refermées
par manque de volonté politique. Nous espérons
que les forces de sécurité pour une fois réussiront à mettre
la main sur ces bandits qui ont pillé et mis avec
une facilité déconcertante un terme à des
vies humaines. Le Ministre de la Sécurité et de
la Protection civile doit veiller à ce que ses administrés
s’occupent réellement de la sécurité des
citoyens au lieu que ceux-ci se considèrent comme formés
pour se servir d’abord, en rackettant leurs compatriotes.
Alors que les autorités parlent de relance
de l’économie nationale et dépensent des
fortunes pour séjourner en France, en Israël, etc.
dans le but d’attirer les investisseurs étrangers
au Togo, on trouve curieux que ces mêmes autorités
ne font pratiquement pas grand-chose en vue de sécuriser
la vie dans ce même pays où ils voudraient que les étrangers
viennent pour y investir. C’est quand même surprenant!
Quels investisseurs étrangers aimeraient venir se faire
harakiri dans un pays où perdure pareille insécurité au
nez et à la barbe des autorités et avec l’impuissance
criarde des forces de l’ordre et de sécurité?
Alain SIMOUBA
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