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Dossier: l’homosexualité au Togo:

Les gays du Togo et leurs partenaires étrangers élisent la «Miss gay» à Lomé

03 novembre 2009

L'homosexualité fait sa route parmi les jeunes couches de la population togolaise. Jusqu'à quand les Africains la regarderaient-elle comme un phénomène normal?  L’homosexualité est cette forme d’inclinaison sexuelle qui conduit un individu (masculin ou féminin) à avoir des rapports sexuels avec une personne de même sexe. Ainsi, une femme qui a des penchants sexuels ou intimes envers une autre femme est appelée «gouine» ou «lesbienne»; de même un homme qui a des rapports sexuels avec un autre homme est appelé «pédé» ou «gay». Ce phénomène prend de l’ampleur sur le «Noir Continent». Le phénomène gay est aussi présent au Togo même si pour l’heure, ceux qui le font, n’arrivent pas à s’afficher. Samedi dernier, les gays du Togo ont organisé dans le quartier Kégué une manifestation dénommée «Miss gay». Un événement qui relance les discussions sur un phénomène considéré par nombre d’Africains comme une «dépravation des mœurs».

Pendant une semaine, l’annonce de cette manifestation des gays a alimenté les discussions sur le forum de «mediatogo». Et chacun y est allé de son commentaire. Un confrère est allé jusqu’à estimer le nombre des homosexuels au Togo à plus de 700. «Le milieu gay est un milieu très discret; de ce fait il  y a beaucoup de gays qui préfèrent vivre dans la clandestinité», a-t-il ajouté.

Pour cette élection Miss gay qui a eu lieu samedi dernier dans un hôtel du quartier Kégué, l’un de nos reporters a fait le tour sur les lieux, mais il lui était difficile d’entrer. Il y avait cette peur d’être déniché comme un espion et de subir l’ire des gays. Ayant été prévenu que les dispositions ont été prises à l’entrée de la salle fortement sécurisée et que l’accès était subordonné à un mot de passe que seuls les membres connaissaient, il ne pouvait que constater de loin les mouvements de ces hommes tirés à quatre épingles à l’entrée du lieu devant abriter la manifestation.

Aux dernières nouvelles, on apprend à travers un confrère que la soirée se serait bien déroulée et qu’elle aurait enregistré la présence des délégations gay venues de la France,  de la Belgique, du Bénin, du Ghana, du Nigeria et du Sénégal. Ils seraient un peu plus de 120 homos à assister à cette cérémonie. A l’issue de la manifestation, c’est un gay togolais qui a été élu pour porter la couronne de Miss gay au cours de l’année 2009-2010. Les échanges et discussions auraient ensuite porté sur l’organisation dans la semaine d’un séminaire pour les homos à Lomé, pour sensibiliser et informer les membres de ces associations sur les risques de contamination au SIDA en cas de négligence des dispositifs de prévention au VIH. Quant aux billets d’entrée, poursuit le confrère, ils auraient été vendus par personne interposée à travers un circuit sécurisé mis en place par les organisateurs de cette soirée et les membres de ces associations. Il s’agissait de faire passer les billets d’entrée sur réservation sur un numéro mobile mis en place par le staff et qui ne serait connu que par les membres, et ceci à travers une série de questionnaires à laquelle tout membre était tenu de répondre avant d’identifier si tel ou tel est ou non membre des associations.

L’homosexualité et le VIH/SIDA
Ce phénomène expose ses pratiquants à beaucoup de risques. Selon un article publié l’année dernière par l’agence de presse africaine «APA», 60% des homosexuels au Togo ne savent pas que les rapports sexuels non protégés quelle que soit la voie est un mode de transmission du VIH. «50 % des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes ne savent pas que les objets tranchants peuvent transmettre de VIH», a indiqué un responsable d’ONG togolaise s’appuyant sur une enquête menée auprès de cette cible. Il a révélé aussi que 32 % des homosexuels togolais ont au moins deux partenaires sexuels et déploré la faiblesse des connaissances des modes de contamination et de prévention du VIH auprès des homosexuels. «Ce groupe émerge dans notre pays, et nous pensons qu’il doit être pris en compte dans toutes nos actions de préventions», a-t- il ajouté.

En 2007, une étude sur les homosexuels au Togo avait été menée par l’URD (Unité de recherche démographique de l’université de Lomé), avec l’appui technique de PSI (Population Services International), et avait pour but de mettre à la disposition du Gouvernement togolais et des Responsables de Programmes de Santé de la Reproduction (SR), des informations fiables pour la lutte contre le SIDA au sein de la communauté des homosexuels. L’étude a été principalement réalisée à Lomé et ses environs, mais aussi dans quelques villes de l’intérieur du Togo, à savoir Aneho, Kpalimé et Kara. Deux catégories de populations ont été enquêtées. D’une part, la population cible composée d’homosexuels de sexe masculin, communément appelés gays. Ce choix est fondé sur des raisons de prudence méthodologique et de pertinence des résultats compte tenu de la complexité du phénomène. Parmi les gays composant la population de l’étude, il y a  ceux qui sont identifiés comme les «pairs» et qui sont chargés de recruter les autres homosexuels pour les entretiens individuels. Le nombre de pairs retenu est vingt (20) et chaque pair a recruté au moins cinq (5) homosexuels. Le nombre total d’homosexuels enquêtés s’élève à cent vingt-deux (122). Cette étude a mis en évidence une prévalence du VIH plus élevée au sein de cette communauté

La perception de l’homosexualité
«L’homosexualité est une tare de la société blanche, qui ne s’applique pas aux Africains!». Cette citation du président zimbabwéen, Robert Mugabé, avait été prononcée en 1998 lors de l’inauguration de la foire du livre d’Harare. Furieux de découvrir des stands de livres gays, il s’était violemment emporté et avait aussitôt ordonné l’arrestation de tous les jeunes qui les tenaient. Ce n’était que grâce à l’intervention de la Cour européenne des droits de l’Homme que les «parias» ont été libérés quelques jours plus tard. Ceci n’est que l’exact reflet de ce qui se passe en Afrique.

Les Togolais ont aussi leur avis sur la question. Tous ceux que nous avons rencontrés, rejettent cette pratique. «Le phénomène d’homosexualité au Togo, c’est certainement un phénomène de mode parce que ce n’est pas une pratique d’origine togolaise ou africaine. En ce début du 21è siècle, l’homosexualité est de plus en plus exhibée comme pratique normale aux yeux de l’opinion occidentale. Au Togo, c’est une mode; on a envie de ressembler aux gens et de faire comme les occidentaux. En outre, cette pratique est due au besoin de survie. La misère aidant, les gens se prêtent à cette pratique pour gagner de l’argent. Enfin, pour certains, c’est une pratique mystique. Les gens optent pour cette voie pour s’enrichir ou pour être riches ou encore pour être respectés dans les milieux mystiques, dans les sectes», explique un journaliste. Pour lui, les homosexuels ne doivent pas être considérés comme des parias. «Quand bien même cette pratique ne vient pas de nos cultures, nous nous devons d’être tolérants et respecter leur choix».

Un confrère en ligne s’inscrit dans les mêmes veines: «L’homosexualité masculine en Afrique aujourd’hui n’est plus une maladie hormonale mais une maladie du ventre. Et c’est là la triste réalité, nos frères se prostituent et versent dans cette homosexualité de subsistance dans leur impuissance à s’offrir une vie descente, la faute à des dirigeants qui entretiennent la misère et la pauvreté de leur peuple. D’autre part et cela est certain, nos populations voient leur alimentation changer, les produits surgelés, les fast food et autres pizzerias changent nos habitudes alimentaires et donc notre métabolisme, ce qui ajouté à la misère qui pousse beaucoup de jeunes à s’accoupler avec cette indécence occidentale, dégrade de jour en jour nos tissus sociaux et la morale, tout simplement notre culture».

Pour Afiwa, revendeuse du riz, l’homosexualité est une mauvaise chose parce qu’elle n’est pas recommandée par la Sainte Bible. «Les gens ont tenté ça à Sodome et Gomorrhe et selon la Bible, c’est ça qui a amené Dieu à détruire cette ville. En tant que chrétienne, je crois que ce n’est pas une bonne chose. C’est de la saleté», s’emporte-t-elle. Et d’ajouter: «Si j’apprends que quelqu’un est homosexuel, je vais tenter de le ramener sur la bonne voie. S’il persiste, il n’a qu’à comprendre que Dieu l’attend au tournant». A la question de savoir ce qu’elle pense de la Miss gay organisée samedi dernier, elle a éclaté de rire avant de mentionner que «ces Togolais sont perdus».

«Moi, je considère l’homosexuel comme une déviance parce qu’il est inconcevable que les gens de même sexe puissent entretenir des rapports intimes entre eux. Mais ce qui est curieux, c’est que ces homosexuels sont obligés d’adopter des enfants. Si tout le monde se comportait ainsi, où trouveront-ils des enfants à adopter?», se demande Simon, menuisier.

«Voir des hommes s’embrasser, c’est ignoble, affirme un fonctionnaire. Je ne peux pas tolérer ça. Le jour où j’apprendrai qu’un ami est homosexuel, je l’éviterai parce que dans les traditions africaines, on n’a jamais vu ça. On doit empêcher que cette pratique touche les couches paysannes parce que c’est à Lomé qu’on voit ça».

«Je ne conçois pas que les hommes se fassent l’amour entre eux ou les femmes entre elles, alors que naturellement Dieu a créé l’homme pour qu’il fasse l’amour avec une femme et réciproquement. En Europe, quand je vois les gens défendre ces pratiques, ça m’écœure», souligne une coiffeuse. Sur la manifestation de samedi qui a débouché sur l’élection de Miss gay, elle déclare: «C’est le comble. C’est la dépravation des mœurs».

Parmi toutes les personnes contactées, seul un jeune étudiant trouve cette pratique normale. «Ce sont des gens qui ont opté pour ce choix. Ils vivent leur sexualité comme bon leur semble. Et moi, je trouve mal que les gens les blâment. Ils font partie de la société et méritent les mêmes égards que les hétérosexuels», soutient-il.

L’homosexualité est sévèrement réprimée dans plusieurs pays africains. Au Cameroun, par exemple, l’homosexualité est punie d’un emprisonnement de six mois à 5 ans, au Maroc de 6 mois à 3 ans, au Sénégal de 1 à 5 ans, en Tunisie de 3 ans pour sodomie. Qu’en est-il au Togo? Même si le législateur n’est pas trop explicite sur le sujet, on lit dans l’article 88 du Code pénal que «sera puni d’un emprisonnement d’un à trois ans et d’une amende de 100 000 à 500 000 francs quiconque aura commis un acte impudique ou contre nature avec un individu de son sexe».

R. K. & C. T.

 


 

 

 

 

 

 

           

           

 

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