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Portrait: Yves -Emmanuel Dogbé:*
Ecrivain
et Créateur des Editions Akpagnon
12 novembre 2009
Il avait commencé écrivain. Yves -Emmanuel Dogbé est
l’auteur de plusieurs écrits notamment La
crise de l’éducation, la Victime, l’Incarcéré avant
de se lancer dans la publication d’ouvrages. Le créateur
des Editions Akpagnon est décédé à Paris
le 7 novembre 2004 à l’âge de 65 ans.
Yves – Emmanuel Dogbé était à la
fois enseignant, philosophe, sociologue, écrivain, poète
et éditeur. En dehors du journaliste et écrivain
Félix Couchoro, l’auteur des romans l’Esclave paru
en 1929 et l’Héritage, cette peste que
le Bénin et le Togo n’ont cessé de réclamer,
il faut remonter jusqu’aux années cinquante pour
y situer les prémices de la littérature francophone
togolaise avec Le Fils du fétiche de
David K. Ananou sorti pour la première fois en 1955 aux
Nouvelles Editions Latines à Paris, le créateur
des Editions Akpagnon a eu le mérite d’avoir stimulé le
mouvement littéraire togolais. Très dense, son œuvre
a touché presque tous les genres littéraires.
Le quartier Bè- Kpéhénou No1 à Lomé l’a
vu naître le 10 mai 1939. Après ses études
primaires et secondaires notamment au Togo, au Bénin puis
au Ghana, Yves –Emmanuel Dogbé effectue un bref
passage dans le monde enseignant avant de partir pour la France
où il fera ses études supérieures à l’Ecole
des Hautes Etudes en sciences sociales à la Sorbonne et à l’Université René Descartes
(sanctionnées par un doctorat de 3è cycle avec
une thèse sur la Négritude). Auteur d’une étude
sur la Crise de l’éducation qui lui valut quelques
mois de prison à Lomé, Yves Emmanuel Dogbé a
travaillé au sein de plusieurs organismes de recherche
scientifique en France et au Togo.
Dans ses écrits, Yves Emmanuel Dogbé a touché la
politique, les problèmes sociaux, les conflits entre les
gens, la sociologie, l’amour, la haine… Il a également
passé en revue les nombreux problèmes qui se posent
aux jeunes dans le monde scolaire tout en exposant ses
conceptions et ses expériences en matière d’enseignement,
lequel qui se veut adapté aux réalités africaines.
Dans ses prises de position sur la politique togolaise, l’écrivain
et éditeur s’était attiré les foudres
de l’establishment. Il en avait fait cas en tant que représentant
de l’Association Togolaise des Gens de Lettres (ATGL) à la
Conférence nationale de juillet- août 1991 à Lomé en
délivrant un témoignage ahurissant aux délégués.
Un passage de la communication sur le thème: «Civilisation
noire et devenir de l’Afrique» qu’il avait
rédigea dans le cadre du Festival des Arts et de
la Culture (FESTAC) de Lagos, n’avait pas plu aux autorités
togolaises d’alors. Pour elles, ledit passage qui disait
que «ceux qui nous gouvernent sont des hommes
politiques de formation militaire» était
pris pour de la subversion. Une audace qui ne pouvait rester
impunie.
Mis aux arrêts, Yves-Emmanuel Dogbé transita par
les locaux de la Sûreté nationale avant d’être
conduit au Camp RIT de Lomé-Tokoin. Il y goûtera
aux pires humiliations, coups, injures et intimidations d’usage à cause
de cette phrase anodine. «Tu iras en prison,
on va faire des enquêtes et si nous avons tort, Dieu nous
pardonnera» s’était –il
entendu dire. Et après une nouvelle expérience
carcérale, l’auteur de l’étude sur
la Crise de l’éducation partira pour une seconde
fois en exil.
Une plume au service de la critique sociale
Le rôle premier d’un écrivain engagé,
disait Yves –Emmanuel Dogbé est de faire en sorte
que les choses aillent mieux au sein de sa communauté et
ailleurs. Auteur de plus d’une quinzaine d’ouvrages,
la production littéraire du philosophe et écrivain,
demeure très dense et n’excepte aucun genre. Ecrit
en 1966, Affres, un recueil de poèmes
l’a fait connaître du grand public. Il est aussi
l’auteur de Fables africaines, écrites
sous l’influence de sa lecture des fabulistes français
notamment Jean de La Fontaine ; Flamme Blême,
Nouvelle Anthologie de la poésie togolaise, Morne soliloque,
La Victime, un roman destiné à crever
le silence sur le racisme ; l’Incarcéré,
un autre pour fustiger tous ceux qui l’ont mis en prison,
comptent parmi les œuvres les plus connus de l’écrivain.
On li connaît également Le Miroir,
publié en 1996 tout comme L'homme de Bè.
Yves –Emmanuel Dogbé a par ailleurs écrit
de nombreux essais notamment «La crise
de l’éducation» (1975), «Négritude,
culture et civilisation» (1980), «Lettre
ouverte aux pauvres d’Afrique suivi de participation populaire
et développement» (1983), «Le
renouveau démocratique au Togo». Conteur,
il a publié Contes et légendes du Togo (Togo
Gliwo kple Nutinyawo) paru en deux versions française
et en Ewé.
Pionnier de l’édition togolaise
L’écrivain Yves- Emmanuel Dogbé s’était
aussi intéressé à l’édition.
Revenu au Togo après un premier exil en France, il avait
crée avec le soutien des écrivains notamment le
poète Paul Akakpo Typamm, auteur de Rythmes et cadences
(1er Prix littéraire France –Togo) en 1985
et David Ananou ; l’Association des poètes
et écrivains du Togo (APET) transformée plus tard
en Association Togolaise des Gens de Lettres (ATGL).
D’où l’idée de mettre sur pied une
maison d’édition.
Reparti en exil pour un second exil en France, il crée
alors les éditions Akpagnon en 1980. Dans la première
fournée, l’écrivain s’auto-publie.
Un roman, la Victime, et une étude, la
Crise sur l’éducation et un recueil de
poèmes, le Divin amour orienté sur
le bonheur, la paix, l’amour pour lesquels, Yves –Emmanuel
Dogbé reçut en 1979, le prix Charles Vildrac de
poésie. De cette maison d’édition, ont été aussi
publiés Anthologie de la poésie togolaise, Contes
et légendes du Togo, mais également des œuvres
de Jean Agblémagnon et de Paul Akakpo Typamm. D’autres
auteurs notamment Félix Couchoro, le précurseur
de la littérature togolaise, Nayé Inawissi, Arzouma
Lamboni, David Ananou, Augustin Batita Talakaena, Hilla Lobé Améla,
Richard Dogbeh, Edwige Edorh seront publiés par les Editions
Akpagnon.
Un jour, le 7 novembre 2004, Yves –Emmanuel Dogbé s’en
est allé discrètement à Paris où il étudia
et vécut par deux fois, l’exil avec sa sécurité et
ses conséquences. Mission terrestre terminée pour
un mordu des belles lettres qui s’est tant investi dans
la promotion culturelle sans tomber dans le jeu du ralliement
avec ses «avantage» de toutes sortes. Devenu
depuis les «mille vents qui soufflent», Yves –Emmanuel
Dogbé qui clamait que l’on ne dirige pas un pays
pour soi, mais pour le peuple, pour les autres, nous a laissé ses écrits
en héritage.
Ekoué Satchivi
* Article revisité, précédemment paru sur
le site afrology.com (www.afrology.com/litter/dogbe.html )
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