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Togo: Elections présidentielles
de 2010:
Kofi Yamgnane: «Si je dois
mourir pour que le Togo soit un pays démocratique,
j'y suis préparé»
17 novembre 2009
Kofi Yamgnane, ancien député socialiste franco-togolais,
se porte candidat à la présidence de son pays natal
pour y réaliser une «véritable démocratie»...
«Un démocrate jusqu’au bout des ongles.» C’est
ainsi que se définit lui-même Kofi Yamgnane, premier
maire noir de France en 1989, et candidat à la présidence
du Togo, son pays natal, le 28 février prochain.
Il aurait pu choisir la solution «beaucoup plus confortable
de rester en France, et par exemple de pantoufler au Sénat», explique-t-il à 20minutes.fr,
mais l'ancien député socialiste considère
que le peuple togolais est dans une situation «insupportable»:
les gens ne mangent pas à leur faim, il n'y a pas d'hôpitaux,
de réseau d'eau potable, de routes, et surtout, le peuple
est maintenu dans la peur en permanence.
Pas un héros, ni un martyr
«Il manque tout alors que le Togo est indépendant
depuis 50 ans, et que ce n'est pas un pays pauvre», assène
l'ancien maire de Saint-Coulitz (Finistère). Il raconte: «Tous
les soirs, l'argent récolté par la douane au
port de Lomé est transporté directement au palais
présidentiel. Il n'y a pas de Trésor Public.
La démocratie ne peut fonctionner comme ça.»
«Le Togo est un pays très dangereux»,
concède Kofi Yamgnane. Et notamment pour les hommes politiques:
deux frères du président Faure Gnassingbé ont été écroués
pour une tentative de coup d'Etat déjouée début
avril. Kofi Yamgnane lui-même a été persona
non grata durant près de 10 ans au Togo après avoir écrit
un article au vitriol sur la famille Eyadèma. Cependant,
celui qui était surnommé le Celte noir en France
est décidé à y aller quand même: «Je
ne suis pas un héros ni un martyr, mais on ne peut continuer
ainsi. Si je dois mourir pour que le Togo soit un grand pays
démocratique, j'y suis préparé.»
«Ça suffit comme ça»
Kofi Yamgnane est actuellement en tournée en France et
en Europe pour demander des garanties pour la transparence du
scrutin à venir et pour que tout se fasse dans le calme.
En 2005, il rappelle que les observateurs étrangers ont
dénombré 500 morts lors des émeutes post-électorales. «Nous
avons besoin de beaucoup d'observateurs de France, d'Europe,
de l'organisation de la Francophonie, mais aussi de l'ONU».
Il souhaite aussi que la France cesse de soutenir Faure Gnassingbé. «Je
ne peux croire que la France a des intérêts si importants
et si occultes au Togo que seul un dictateur puisse protéger.
Les Français doivent savoir qu'un démocrate peut
tout aussi bien défendre ces intérêts.»
Cette tournée est aussi l'occasion d'affermir sa base électorale.
Se présentant sans étiquette, «car il
y a déjà 94 partis au Togo, ce serait redondant
d'en créer un supplémentaire», Kofi
Yamgnane dit s'appuyer sur la société civile togolaise. «J'ai
une vraie notoriété au Togo», indique celui
qui a quitté son pays à 19 ans pour venir s'installer
en France. Depuis un an qu'il est retourné vivre à Lomé,
il multiplie les réunions dans les villages. «Je
vais regarder les Togolais dans les yeux comme disait Valéry
Giscard d'Estaing. Je les invite à me dire ce dont ils
ont besoin. C'est d'ailleurs eux qui mont trouvé mon slogan
de campagne, "Ça suffit comme ça!"» De
plus, dans chaque village qu'il visite, il demande de créer
un comité de soutien s'il les habitants le souhaitent.
Il y en aurait ainsi déjà plus de 1.000 à travers
le pays.
Mobilisation de la diaspora togolaise
Kofi Yamgnane recherche aujourd'hui le soutien de la diaspora
togolaise de France, d'Allemagne, des Pays-Bas, mais aussi
des Etats-Unis, via son site Internet. Le candidat leur demande
un soutien financier, et les appelle à donner des indications
de vote à leur famille restée au pays. Il plébiscite également
un «vote utile», en faveur d'une personne capable
d'obtenir le pouvoir car, dit-il, «c'est le moment
ou jamais d'obtenir une démocratie, qu'il y ait un changement
dans la paix et la sérénité».
L'ingénieur des Mines nommé secrétaire
d'Etat à l'Intégration sous le second mandat
de François Mitterrand compte se servir de ce qu'il
a appris des institutions françaises pour faire naître
cette nouvelle ère démocratique. Il souligne
qu'il sera prêt, dès le lendemain de l'élection, à se
mettre au travail.
Mais encore faut-il gagner. Kofi Yamgnane note que les deux
principaux partis, le Rassemblement du peuple togolais (RPT)
et l'Union des Forces de Changement (UFC), «font au
maximum 20 à 30 points chacun. Il reste donc un espace
de 40% à conquérir».
L'élection présidentielle est à un tour
au Togo, donc à la majorité simple. Mathématiquement,
il pourrait l'emporter. D'autant plus qu'il travaille depuis
un an à une alliance possible avec les autres partis pour être
l'unique troisième homme. Une alliance qu'il a «bon
espoir» de concrétiser avant la date imite
de dépôt des candidatures, en janvier prochain.
Bérénice Dubuc, 20minutes.fr
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