|
Portrait
d'un homme charismatique:
Qui est
François Akila-Esso
Boko?
24 avril 2005
François est né le
29 janvier 1965 dans les montagnes de Tchitchao, dans un petit
canton perdu à dix
kilomètres de la ville de Kara. Né d’une
famille modeste et nombreuse, son père, sous-officier
de gendarmerie l’a certainement influencé. Les affectations
successives sur tout le territoire national que son père
a connu durant son parcours professionnel, a permis à ce
jeune garçon de découvrir très tôt
les richesses et la diversité culturelle de son pays et
de relativiser la vie. Il débute ses classes maternelles
en 1969, à Sokodé dans une ville au nord à 300
km de Lomé, puis ses études primaires deux ans
plus tard à Kpalimé, dans une ville au sud-ouest
du Togo en 1971.
Depuis lors, son parcours scolaire est mouvementé : de
Sokodé à Kpalimé en passant par Lomé,
Bassar, Dapaong, Aného, il suit son père dans les
différentes affectations professionnelles avant que celui-ci
ne prenne sa retraite en 1978 et ne s’installe définitivement à Sokodé.
Il apprend par son père que la famille du soldat fait
partie de son pacage. Après l’installation de son
père à Sokodé, le jeune Boko poursuit ses études
secondaires dans cette belle ville du Togo qui lui aura tout
donné. Pour subvenir à ses besoins scolaires, il
travaille auprès de certains expatriés le week-end.
Il rencontre à 13 ans un américain, Steve GROGOZA,
qui vivait dans la maison de son père à Sokodé,
qui lui ouvre les portes du reste du monde. Cet américain
avec qui il a gardé des relations pratiquement familiales
est devenu avocat. En 1979, alors qu’il était en
classe de 5ème, cet américain qui travaillait sur
un projet hydraulique est obligé de quitter le Togo parce
que le gouvernement d’alors aurait détourné une
partie des financements de l’Union européenne et
qui aurait permis de creuser les puits en question.
Quelques mois plus tard, il travaille dans une famille allemande
installée à Sokodé, ce qui lui permet de
faire face à ses besoins scolaires. Lorsqu’en 1981
il obtient son BEPC, il choisi de présenter le concours
du collège militaire de Tchitchao qui lui permit d’y
entrer et de faire prendre en charge ses études par l’Etat.
En 1984, il obtient son baccalauréat et choisit de présenter
le concours de Saint-Cyr, après une préparation
de quelques mois assurée par l’Université du
Bénin (actuellement, Université de Lomé).
Il réussit à ce concours et entre dans la prestigieuse
Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr, dans la lande bretonne,
Coëtquidan. Il en garde un grand souvenir et a tissé des
amitiés dans l’armée française qu’il
a mises à profit de son pays. Il est admis à l’école
des officiers de gendarmerie de Melun. Revenu au pays en 1988,
il travaille comme Lieutenant de gendarmerie et assure plusieurs
formations à des militaires de la gendarmerie, à l’école
nationale de la gendarmerie, au centre national d’instruction à Kara, à l’école
des sous-officiers de Témédja et dans plusieurs
casernes des forces armées, où il diffuse avec
l’appui du CICR, les enseignements du droit international
humanitaire à ses frères d’armes.
Il fut influencé confiera-t-il par Marguerite CONTAT,
responsable à l’époque du CICR à Lomé,
avec qui il a géré à Lomé les manifestations
publiques à Lomé en 1991, suite à l’attaque
de la primature, orchestrée par les militaires à la
solde du régime Eyadema. Là commence certainement
son goût, son attention particulière pour la question
des droits de l’homme et se spécialise comme expert
du CICR en droit des conflits armés. Ce qui lui ouvrira
plus tard les horizons de l’Institut international de droit
humanitaire de San Remo (Italie) où, de 1999 à 2003,
il assure des cours à des officiers francophones admis
dans cet institut. Il réalise aussi plusieurs consultations
pour le compte du CICR au Mali, au Niger, où il participe à la
formation des parlementaires de l’UEMOA sur le Droit International
Humanitaire. Mais entre temps, après avoir travaillé cinq
ans durant comme Lieutenant de gendarmerie, de 1988 à 1993,
il est mis en disponibilité à sa demande en octobre
1993 en vue d’assurer ses études à l’Université de
Paris I – Sorbonne, d’où il était déjà titulaire
d’une maîtrise. Ainsi, de 1993 à 1998, il
s’assure successivement, en 1994, un Diplôme d’Etudes
Approfondies, puis en octobre 1997, un doctorat en science politique.
Il présente une thèse sous le direction du Professeur
Charles ZORGBIBE, qu’il obtient avec la mention ‘‘Très
Honorable, avec les félicitations du jury’’,
intitulée: «La problématique prétorienne
dans la construction de l’Etat de droit en Afrique Noire
francophone». Nanti de ce diplôme, il entre
dans la prestigieuse Ecole de Formation du Barreau (EFB) de Paris,
où, en 1998, il obtient le Certificat d’Aptitude à la
Profession d’Avocat (CAPA). Ce parcours universitaire n’aurait
pas été possible si François BOKO n’avait
pas rencontré sur son chemin, grâce à des
amis, Madame Michèle SWANG-GRAILLOT, qui décide
d’octroyer une bourse FAC à ce jeune officier, rentré de
France pour enterrer son père décédé en
juin 1994.
Dans sa résidence estudiantine d’Antony, il fit
la connaissance d’une jeune antillaise avec qui il forma
un couple et donna naissance à un garçon. Celle-ci
se décide de le suivre partout et même dans les
risques qu’il prenait pour sa vie. C’est ainsi qu’elle
le rejoint à la fin de ses études universitaires
avec leur fils en décembre 1998 pour une vie casanière
au camp de la gendarmerie dans une petite villa. Après
ses études universitaires, François BOKO rentre
au pays en mai 1998. Très vite, il entre en conflit avec
certains de ses chefs, qui s’évertuent à persister
dans des anciennes méthodes. En juin 1999, le conflit
est ouvert et Feu Eyadema a du mal à arbitrer entre un
de ses fidèles serviteurs, chef des bases besognes et
un officier qui lui promet la réhabilitation de son régime,
grâce à de nouvelles méthodes. Ce conflit
atteint son paroxysme le 14 juillet 1999, lorsque la villa où loge
la famille BOKO est perquisitionnée et fouillée
sans le moindre respect de la procédure pénale,
sous de fallacieux prétexte de recherche de munitions
et d’armes cachées par ce dernier.
La perquisition n’ayant rien donné, BOKO ouvre
l’épreuve de force avec son chef qui avait ordonné cet
acte et les généraux s’y obligent en le sortant
de la gendarmerie en septembre 1999 pour le détacher auprès
du Ministre de la justice comme Conseiller juridique. Dans ce
ministère, il découvre un autre environnement,
s’y adapte et ouvre d’autres chantiers relatifs à la
réforme du système judiciaire togolais. Il travaille
et réoriente le «Projet d’appui à l’Etat
de droit et au renforcement des capacités judiciaires
du Togo», projet financé par la France. Il
réussit à mettre fin au système du juge
unique et arrive à convaincre le gouvernement d’ouvrir
la quasi-totalité des juridictions des parquets d’instance.
Il initie l’ouverture de la deuxième cour d’appel à Kara
comme moyen permettant, non seulement de rapprocher l’appareil
judiciaire du justiciable, mais aussi d’assurer la présence
fort dissuasive d’un corps de magistrats dans cette partie
du pays, où les atteintes aux droits de l’homme
orchestrées par le fameux Ernest GNASSINGBE étaient
monnaie courante.
En synergie avec les partenaires au développement, il
tentait en vain de les convaincre de la nécessité d’une
deuxième cour d’appel à Kara, conformément à l’ordonnance
1978 jamais appliquée par le gouvernement et pour cause.
Durant la même période, il réussit à convaincre
l’Union Européenne, grâce à l’oreille
attentive de Monsieur Philippe VENDAME, d’initier un projet
pour humaniser les prisons togolaises: le PAUSEP (Programme d’appui
d’urgence au secteur pénitentiaire). Il trouve sa
source et envisage une réforme du système pénitentiaire
avec à la pointe une régionalisation qui distingue
les maisons d’arrêt des prisons. Ce projet ambitieux,
outre son volet ‘‘humanisation’’ avait
pour objectif de préparer la réinsertion sociale
des prisonniers à travers des apprentissages qui seraient
assurés dans les prisons aux personnes condamnées à une
peine définitive. Ainsi, grâce à l’appui
de la coopération et de l’Union Européenne,
François BOKO s’épanouit dans ses nouvelles
responsabilités de Conseiller juridique auprès
du Garde des Sceaux, Ministre de la justice et réussit à mettre
la machine judiciaire du Togo dans une perspective de réforme.
En 2002, son espoir et son ambition s’estompent lorsque
successivement tous ses partenaires avec lesquels il partageait
les mêmes objectifs sont amenés à quitter
le pays parce qu’en fin de mission : Messieurs Henri Luc
THIBAULT, Richard MOUTHUY, Philippe VENDAME et tant d’autres
d’ailleurs sont ceux avec qui il partageait des perspectives
plus prometteuses de réforme de l’appareil judiciaire.
En décembre 2002, il est surpris par sa nomination au
poste de Ministre de l’Intérieur, de la sécurité et
de la décentralisation par le Général Eyadema,
qui lui donne pour mission de gérer ce département
dans l’optique de rendre service à la Nation et
de présenter une autre image de la sécurité en
garantissant l’exercice effectif des libertés publiques.
En tout cas, telle a été la lecture faite pas François
BOKO de sa nomination à ce poste sensible. Pendant six
mois, il travaille à assurer au régime Eyadema
une respectabilité en cherchant surtout à le concilier
avec le suffrage universel. Mais les challenges sont difficiles à relever.
Eyadema a promis aux togolais de ne plus se présenter
en 2003 et de ne pas modifier la Constitution. Les faucons du
régime ne l’entendent pas de cette oreille et l’y
obligent.
La Constitution est modifiée et le code électoral également
et le chemin semble être balisé pour le triomphe
d’Eyadema avec la caution de celui qui jusque-là pouvait
se prévaloir d’une virginité politique. La
Constitution est instrumentalisée et François BOKO
se prête à ce jeu qui constituera l’un de
ses premiers passages sombres dans sa nouvelle carrière
politique. Après l’élection de juin 2003,
il est reconduit au gouvernement et tente de retrouver sa technicité à travers
plusieurs chantiers de réforme qu’il ouvre dans
son département. Il entreprend d’ouvrir les perspectives
d’un développement politique à travers l’enracinement
de la démocratie à la base, qui passe par la consolidation
de la décentralisation. Il est suivi par les partenaires
en développement qui voient l’occasion unique de
renforcer la démocratie et de moderniser l’Etat.
Il est incompris cependant par l’opposition qui voit une
manière fine de détourner son attention sur les
questions essentielles. «La démocratie n’est
ni à la base, ni au sommet. La démocratie c’est
la démocratie», lui réplique les extrémistes
ou les radicaux de l’opposition qui refusent de répondre à son
appel. N’empêche, ce projet aboutit à un atelier
au début du mois d’avril 2004, qui accoucha d’un
programme national de consolidation de la décentralisation
au Togo prévu pour être exécuter sur cinq
ans et qui ambitionnait une communalisation intégrale
du territoire national et une vie institutionnelle aux cinq régions
du pays, avec à la pointe, des élections municipales
et régionales.
Les avant-projets de texte rédigés par les experts
du PNUD et de l’Union Européenne, en collaboration
avec les experts nationaux étaient en étude sur
la table du gouvernement quand le Président Eyadema décéda.
Un autre chantier très ambitieux que François BOKO
décide d’ouvrir fut celui de la lutte contre le
trafic illicite des drogues. Chantier qui lui valut tant d’ennuis
qui devaient le décourager à poursuivre son combat
pour la réhabilitation du Togo dans la lutte internationale
contre les stupéfiants. Il initia l’Office central
de répression des drogues et du blanchiment et promit
une lutte sans merci aux grands trafiquants en vue de démanteler
des réseaux mafieux. Sur ce point et sur les résultats
obtenus, François BOKO a toujours préféré garder
le silence pour garantir la confidentialité nécessaire à assurer
le succès dans ces genres de projets. Toujours est-il
que, en un an, grâce à ses initiatives hardies,
le Togo a su éviter que ce territoire continue de servir
de plaque tournante à des trafics de drogue.
Pour compléter le dispositif de cette lutte, François
BOKO initie et obtient non sans difficultés, la création
de la Direction générale de la documentation nationale,
dispositif chargé de gérer les questions d’immigration
dans l’optique, non seulement d’assurer la sécurité des
documents de voyage, mais aussi de participer grâce au
système de traçabilité à la surveillance
des frontières togolaises et des circuits financiers.
C’est dans tous ces dossiers que naviguait non sans mal
le Ministre BOKO, au moment où le Chef de l’Etat
décède. Pour lui, cette disparition, en même
temps qu’elle ouvre des incertitudes, était l’occasion
unique pour réconcilier ce pays et le placer définitivement
dans une perspective d’ouverture vis-à-vis des partenaires
en développement et de la communauté internationale.
Tous ceux qui ont eu la chance de connaître et de fréquenter
cet officier de la gendarmerie nationale, savent qu’il
est têtu et plein de conviction au point de donner l’impression
qu’il ne mesure pas les risques qu’il prend. Mais
ce n’est qu’une impression puisque ceux qui le fréquentent
savent «qu’il réfléchit beaucoup
avant d’agir» cf. Combat du peuple du lundi
25 avril 2005 Pour lui, le temps de la réflexion doit être
assez long pour que l’action soit brève mais efficace.
A présent, qu’envisage cet enfant prodige de Tchitchao?
Jeter définitivement l’éponge pour se consacrer à sa
famille, ou prendre du recul pour mieux ouvrir d’autres
perspectives ? Pour des raisons de sécurité, les
autres acteurs encore présents sur le terrain qui ont
permis à François BOKO de s’épanouir
dans sa vie professionnelle ne seront pas cités.
|
|